Mohamed Mzali (), né le à Monastir (Tunisie) et mort le à , est un homme d'État tunisien.
Jeunesse et militantisme Mohamed Mzali est originaire de la tribu des Aït Mzal, peuple berbère du Souss, dans la région d'Agadir au Maroc. Son ancêtre s'arrête à Monastir après un pèlerinage à La Mecque, en 1670 et décide de s'y établir.. Il a par ailleurs un lien de parenté avec Mohamed Salah Mzali, dont les biens sont confisqués par Habib Bourguiba.
Son père, Chaâbane, faillit épouser la sœur de Bourguiba, Najia. Mais les fiançailles sont rompues par Ali Bourguiba, le père de la fiancée, qui trouve que Chaâbane ne fait pas beaucoup de cadeaux à sa promise, alors qu'il s'agit d'une tradition de la ville. Malgré cela, Najia garde de bonnes relations avec la famille Mzali.. La famille Bourguiba a pourtant déjà un lien de parenté avec les Mzali, la grand-mère maternelle de Bourguiba, Khadouja, étant la tante de Chaâbane. Ce n'est qu'en 1913 que le père de Mzali épouse Aïchoucha, d'origine turque. Ensemble, ils ont deux enfants : Saïda, née en 1921 et Mohamed, né le .
vignette|gauche|Monastir, ville natale de Mohamed Mzali.
Son père travaille en tant qu'épicier à Monastir, puis à Radès en 1937 et à Sbeïtla en 1939. En 1925, il adhère au Destour puis au Néo-Destour en 1934 ; le jeune Mohamed accompagne alors son père lors des rassemblements politiques de la cellule de Monastir et se trouve même à ses côtés lors des événements du 9 avril 1938. La détermination de son père à militer contre le protectorat français marque le début de son militantisme. Il effectue ses études dans une école coranique avant de poursuivre sa formation à l'école franco-arabe de Monastir. Ses parents sont ravis lorsqu'il obtient son certificat d'études primaires car ce diplôme permet à ses titulaires d'échapper à l'obligation militaire dans l'armée française.
Il est par la suite admis à passer le concours d'entrée au prestigieux collège Sadiki, qui a lieu au lycée de Sousse et qu'il réussit. Il se rend alors à Tunis, où il est hébergé par son oncle Allala Ghédira, commis à la direction des finances à El Omrane. En , il entre en classe de sixième C au collège. Lors de son entrée en cinquième, son oncle informe son père qu'il ne peut plus l'héberger ; ce dernier vend sa boutique à Monastir puis se fait engager en tant que cuisinier auprès de la société Al Khiriya à Tunis, pour que son fils puisse continuer ses études, grâce à l'aide de Hadj Ahmed Bourguiba, frère aîné de Habib. Les employés de la société sont en effet nourris et logés gratuitement, ce qui permet à Mohamed de poursuivre ses études et de développer son goût pour la lecture. Lorsqu'il a du temps libre, il se rend au stade, car il est un grand supporteur de l'Espérance sportive de Tunis..
vignette|gauche|Mzali rejoint le prestigieux collège Sadiki en 1940.
Le , lors de la Seconde Guerre mondiale, les forces armées allemandes atterrissent à l'aéroport de Tunis et se déploient dans les quartiers de la capitale. Le même jour, le collège est fermé et Mzali doit regagner Monastir avec son père. Des affrontements ayant lieu à Sousse, les habitants de la ville se réfugient à Monastir où on héberge les enfants dans les locaux de l'école de jeunes filles musulmanes, où Mzali est inscrit en quatrième A, dans une classe mixte. Brillant dans ses études, il obtient une bourse d'internat au collège Sadiki qu'il regagne en , en classe de troisième. En , il réussit son brevet d'arabe. Alors que son père meurt., sa scolarité connaît quelques turbulences : il prononce en effet le nom d'un professeur en arabe, ce qui lui vaut d'être sanctionné.
En 1947, il est influencé par son professeur et se spécialise en philosophie malgré ses penchants pour la médecine. Le , il est renvoyé pendant plusieurs jours, pour avoir essayé de participer aux festivités liées à la création de la Ligue arabe. Il participe par ailleurs aux activités culturelles de l'Association des anciens élèves du collège Sadiki mais aussi aux activités théâtrales monastiriennes au sein de l'association La Jeunesse littéraire, devenue après une scission L'Étudiant monastirien, dont il devient président. En 1944, il adhère à l'Union théâtrale de Tunis. Toutes ses activités occupent son temps extra-scolaire et lui permettent d'assister à des débats comme ceux d'Ali Belhouane et Mohamed Fadhel Ben Achour.
En , il obtient son baccalauréat et pense à aller étudier en France. Convoqué par le directeur du collège, il lui déclare que sa pauvreté ne lui permet pas d'entamer des études en France et lui propose le poste de surveillant ou d'instituteur.. Mzali se débrouille toutefois pour gagner de l'argent : il vend 48 pieds d'olivier qu'il a hérité de son père et que son oncle propose d'acheter. Par ailleurs, son salaire étant insuffisant, il doit vendre un burnous qui appartenait aussi à son père. Prêt à partir, il pense à sa mère, laissée seule et sans ressources après que sa sœur s'est mariée à l'âge de quinze ans, et renonce à des études de médecine pour devenir chirurgien et entame des études de philosophie qui durent moins longtemps..
En , il s'embarque sur le Chanzy en direction de Marseille comme passager de quatrième classe. Arrivé sans incident particulier, il se dirige vers la gare Saint-Charles puis arrive à la gare de Lyon à Paris. Grâce à l'aide d'un nouvel ami qu'il a rencontré durant le trajet, ils peuvent passer cinq nuits à l'hôtel Sorbonne, chez un étudiant monastirien qui accepte de les héberger provisoirement. Il y rencontre une assistance sociale qui travaille au service des œuvres sociales pour les étudiants. Elle lui propose une chambre à l'hôtel Savoie, rue de Provence dans le neuvième arrondissement (derrière les Galeries Lafayette), dont le loyer correspond à ses moyens. L'année suivante, il obtient une chambre dans une maison d'étudiants située au numéro 9 du boulevard Auguste-Blanqui, dans le treizième arrondissement..
Il s'inscrit à la Sorbonne où il suit les enseignements de prodigieux professeurs : Henri Gouhier, René Poirier, Jean Wahl, Pierre-Maxime Schuhl, Gaston Bachelard et René Le Senne.. Durant ces études, il participe à plusieurs débats et activités intellectuelles et sportives, ce qui l'empêche d'être un militant actif et assidu lors des réunions de l'Association des étudiants musulmans nord-africains, dont le local se situe au numéro 115 du boulevard Saint-Michel. C'est lors de ces réunions qu'il rencontre plusieurs militants tunisiens, algériens et marocains qui vont jouer un rôle crucial dans la libération de leurs pays et par la suite devenir ministres.. Il milite aussi à la Fédération des étudiants destouriens de France dont il est élu vice-président par deux fois, tandis que Mohamed Masmoudi en est le président et Taïeb Mehiri, le secrétaire général, et se charge de la vente des journaux du parti, Al Horria (Liberté) dirigé par Belhouane et Mission dont le rédacteur en chef est Hédi Nouira..
Il rentre en Tunisie après avoir obtenu sa licence en philosophie. Il poursuit son cursus universitaire tout en travaillant et prépare son diplôme d'études supérieures en philosophie à Tunis ; son mémoire est intitulé Études comparative sur une polémique entre Ghazali et Ibn Rochd. Il est par la suite affecté en tant que professeur d'arabe au collège Sadiki, malgré ses tentatives pour obtenir un poste de professeur de philosophie. Néanmoins, on lui consent d'enseigner sa matière à l'instar de ses collègues français, Mzali se chargeant de la philosophie arabo-musulmane à Sadiki, à la Khaldounia et à la Zitouna.. Il trouve important d'inculquer aux élèves une pensée sur le sentiment national et de les aider à développer leur amour pour la patrie, ce qui inquiète le directeur du collège qui décide un jour d'assister à son cours, sans que ce dernier soit averti. À la suite d'une grève des élèves du collège, le directeur en renvoie la majorité, ce que Mzali dénonce en encadrant plusieurs de ces élèves renvoyés. Des tensions ont alors lieu avec le directeur qui obtient sa mutation au collège Alaoui. Son nouveau patron, M. Brameret, est franc avec lui dès son entrée en fonction, connaissant son activité politique et son militantisme au sein du Néo-Destour, et lui demande de rester neutre durant les heures de cours, sans influencer les élèves. Mzali continue toutefois d'exercer son activité professionnelle et milite en parallèle, en participant aux réunions des cellules destouriennes de Monastir et Montfleury, où il habite..
Le , il fait partie de la délégation de la ville de Monastir, composée de cinquante membres, soutenant le bey dans son refus de signer plusieurs réformes soumises par le résident général Jean de Hauteclocque. Sur les conseils de Sadok Mokaddem et Farhat Hached, Lamine Bey décide de soumettre le projet des réformes au conseil de la Choura dont Mzali fait partie avec 39 autres membres. Sur le plan syndical, il retrouve son ancien professeur au collège Sadiki, Mahmoud Messadi, membre de l'Union générale tunisienne du travail. C'est par ailleurs dans son appartement dans le quartier du Passage, au centre-ville de Tunis, qu'il rencontre Hached. Entre 1950 et 1956, il milite notamment au sein du comité exécutif du syndicat de l'enseignement secondaire, son secrétaire général étant Lamine Chebbi. Ce syndicat est actif et œuvre notamment pour la multiplication des classes, l'enseignement de l'arabe et l'intégration dans les programmes tunisiens de l'étude de l'histoire et de la géographie de la Tunisie..
Il s'affirme aussi sur le plan du journalisme en contribuant à la rédaction régulière du journal du Néo-Destour, Al Horria, tout en publiant des articles dans le quotidien Assabah et le mensuel Al Nadwa. Il écrit son premier livre intitulé Démocratie qui paraît en 1955 et dont la célébration a lieu lors du retour triomphal de Bourguiba à La Goulette, le , alors qu'il fait partie du comité d’accueil. Ce n'est qu'en 1955, qu'il crée sa revue , qui lutte contre le colonialisme et pour la cause de la lutte arabe et qu'il codirige avec Béchir Ben Slama.
Premiers postes à l'État Chef de cabinet Après l'indépendance, il devient proche de Lamine Chebbi et soutient ses positions en tant que ministre de l'Éducation. Ce dernier lui propose le poste de chef de cabinet qu'il accepte après avoir hésité, ne voulant pas renoncer à son poste d'enseignant et de directeur de la revue Al Fikr, sur l'insistance de Chebbi qui consent à le laisser cumuler ses fonctions de chef de cabinet avec la direction de la revue et quelques heures d'enseignement de la philosophie musulmane à la Zitouna.. Dans sa nouvelle fonction, il accomplit plusieurs travaux en recevant des délégations de différents gouvernorats réclamant des enseignants pour les classes disponibles dans les écoles récemment construites. Il œuvre aussi à la politique d'arabisation progressive de l'éducation et à « tunisifier » l'administration du ministère.. En , Messadi propose à Chebbi des professeurs parisiens pour rejoindre les jurys des examens de passages des normaliens de première en deuxième année, tout en proposant Régis Blachère pour la section d'arabe. Par la suite, Mzali propose à Chebbi le nom de Taha Hussein qui accepte et arrive à Tunis le . Mzali l'accompagne lors de ses visites et activités officielles. Le , l'écrivain égyptien proclame les résultats de la promotion jugée bonne et qui, parmi les étudiants qui réussissent, comptait Béchir Ben Slama et Mohamed Sayah. Il suggère par ailleurs à Hussein de tenir une conférence au cinéma du Palmarium que Mzali a l'honneur de présenter devant une salle remplie et en présence du Premier ministre Bourguiba..