Robert LaPalme (Montréal, 1908 - Longueuil, 1997) est un caricaturiste, peintre, illustrateur et muraliste québécois. Actif au Canada au , il est connu pour ses caricatures politiques et son style de dessin influencé par le cubisme. Il a contribué à la reconnaissance de la caricature comme discipline artistique, notamment par la fondation du Salon international de la caricature de Montréal. Ses œuvres portent un regard critique sur la politique québécoise, en particulier durant l'époque du duplessisme. Il a également été directeur artistique de l'Expo 67 et a réalisé des œuvres d'art public pour le métro de Montréal.

Biographie

Robert LaPalme, de son vrai nom Joseph-Anatole-Thomas-Robert Gaboriau, est né le à Montréal. Il grandit dans une famille nombreuse et peu fortunée. Protégé et soutenu par sa mère, qui lui prédit un avenir dans le domaine de la caricature ou de l’étalage, il se considérait pourtant comme le raté de la famille.

En 1918, il a quitté la ville avec sa famille pour aller vivre dans une ferme en Alberta. Il a vécu près de la rivière de la Paix de 10 à 17 ans. Lui et sa famille ne reviendront à Montréal qu'à la fin de la Première Guerre mondiale. LaPalme échouera au concours d'entrée des Beaux-Arts. Il accumulera alors les petits boulots (confectionneur de crucifix, fleuriste, ouvreur…) tout en commençant à dessiner de son côté. Il s'intéressera à la caricature, en s'inspirant principalement des formes géométriques.

Il aura droit à sa première publication en 1933 dans l'Almanach de la langue française, avec des caricatures de personnages politiques, ce qui lui apportera une certaine notoriété dans le monde de l'art contemporain. On commence à associer son style au cubisme, on le qualifie d’ailleurs de "Picasso de la caricature politique au Canada". Il revendique ses influences auprès de Miguel Covarrubias et de l'affichiste italien Paolo Garetto..

En 1934, Olivar Asselin lui offre son premier emploi stable en tant qu'illustrateur au sein du quotidien de langue française l'OrdreAsselin a aussi fondé La Renaissance l'année suivante. Il n'est pas dit si ce dernier a remplacé l'Ordre. http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=12762&type=pge. Ses dessins, en première page du journal, viseront à la fois les personnalités politiques, littéraires, culturelles et sportives. On publie également ses caricatures dans la revue new-yorkaise , ainsi que dans celle L'Écho de Paris.

En 1935, LaPalme part avec sa femme s'installer à New York pendant 2 ans, pour tenter une carrière internationale. Il travaillera en tant que pigiste pour plusieurs périodiques, dont The Nation, le Ringmaster et le Public Ledger de Philadelphie.

Lorsqu'il rentre au Canada en 1937, il sera le caricaturiste du journal d'Ottawa Le Droit. En 1938, il sera bibliothécaire de l'École des beaux-arts de Québec et le caricaturiste de l'Action catholique et de La Patrie.

En 1941, il fonde la Galerie municipale du Québec, ce qui permet à l'art contemporain d'avoir enfin une place et un lieu d'exposition dans la capitale québécoise. Dans cette période de guerre, il va commencer à enseigner l'histoire de l'art, le dessin et l'architecture à l'Université Laval. À ce moment, ses caricatures sont publiées dans L'Événement-Journal, L'Action Catholique, La Patrie et Le Devoir.

De 1943 à 1959, il est le caricaturiste politique officiel du journal Le Devoir, où il s'en prendra notamment au premier ministre Maurice Duplessis. Il recevra un prix au concours national de journalisme en 1952.

En 1945, encouragé par Jean Paul Lemieux, il commence à peindre. Il débute ainsi une série de tableaux et de murales, ayant pour thème la guerre et l'histoire de la médecine. Une suite de tableaux, Histoire de guerre, est exposée à Toronto en 1946, puis à São Paulo et à Rome, et enfin à Paris.

Au cours des années 1950, on le verra dans des émissions télévisées, animateur de Ma ligne maligne, avec son ami Normand Hudon. Il tiendra également un rôle de nain dans la série québécoise Nérée Tousignant. Cette même année, il se verra recevoir le National Newspaper Award pour la meilleure caricature de l'année.

En 1959, ému de quitter Le Devoir, il entre au journal La Presse, où il ne restera que deux ans, avant d'aller travailler au Nouveau Journal jusqu'à sa fermeture en 1962.

Très influencé par le cubisme à ses débuts, il est un ami d'Alfred Pellan, sur qui on dira qu'il a eu une certaine influence, de même que Jean Paul Lemieux, dont il fut l'assistant.

Il sera ensuite nommé directeur du Salon international de la caricature, qui se déroulera chaque année à Montréal de 1963 à 1988. Tout caricaturiste était libre de présenter une caricature de son choix, un catalogue répertoriant toutes les caricatures exposées était publié chaque année. Ainsi, Montréal devint la capitale de la caricature, où se retrouve chaque année des caricaturistes du monde entier.

On lui confiera ensuite la tâche de directeur artistique de l’Expo 67 (exposition universelle de Montréal). Il participera à de nombreux projets, comme la création de fresques murales pour le nouveau métro de Montréal, pour lequel il prévoira des œuvres pour chacune des stations. Néanmoins, seulement quelques-unes d’entre elles verront le jour. Il fonde également le Pavillon de l'Humour (1967-1968). En 1968, le maire de Montréal Jean Drapeau, un ami de longue date, lui demande de réitérer l'expérience du Pavillon de l'Humour à Terre des Hommes (exposition). Le pavillon accueillera plus de pendant trois mois. Il réalise pour la Place d'accueil de l'Expo 67, trois tableaux dont les thèmes sont la science, la culture et les divertissements. Ces tableaux sont installés dans le métro de Montréal, station Berri-UQAM en 1970, à la demande du maire Jean Drapeau.

En 1972, il reçoit de la Société nationale des caricaturistes de New York un diplôme reconnaissant les services rendus au monde de l'humour. Cette même année, on le nommera membre de l'Ordre du Canada pour sa contribution à l'art canadien.

En 1973, il tente sans succès de relancer Le Canard, fondé par Hector Berthelot en 1877. Après quelques numéros, la publication s'arrête. LaPalme continue de peindre et d'exposer. Il collabore au Macleans.

À la fin de sa vie, il est le sujet d'un recueil d'entretiens avec Jean-François Nadeau intitulé LaPalme, la caricature et autres sujets sérieux. Le livre a été publié aux Éditions de l'Hexagone en 1997.

Robert LaPalme s'éteint le , à Longueuil..

En 2006, l'organisme Visages donne un prix annuel nommé Prix Robert LaPalme en son honneur.

Formation

Robert LaPalme est un autodidacte, il considère que le dessin s'apprend seul. Bien qu'il ait été refusé à l'École des beaux-arts de Montréal, il a continué à dessiner, à peindre et à développer son style. Il commence d'ailleurs très jeune à dessiner, vers l'âge de . Il déclare même qu'il est né caricaturiste. Il ne se considère pas meilleur que les autres, mais son intérêt et son amour pour le dessin sont des éléments qui l'ont poussé à évoluer dans le domaine, même sans l'apprentissage scolaire. Il dira : "Ce qui m'amuse le plus dans cette histoire, c'est qu'après j'en ai battu plusieurs qui avaient passé leur diplôme comme il faut et qui sont devenus professeurs"Alain Stanké, Motobiographie ou Le joyeux testament de La Palme entretiens avec Alain Stanké ; suivi de Ma vie de chien avec Lambert Closse : une fantaisie historique, Montréal, Montréal Stanké, 1997, ..

Contexte historique québécois

Entre 1936 et 1939, ainsi qu’entre 1944 et 1959, le parti de droite L’Union nationale, de Duplessis, est à la tête du gouvernement provincial. Le Québec devient tranquillement une province plus moderne, sous l’œil réprobateur de l’autorité religieuse et de la droite. La province canadienne connaît un développement des moyens de communication en lien avec l’évolution de la technologie (journaux, radio, cinéma, télévision).

La Révolution tranquille, qui s’amorce dans les années 1950, amène des changements dans toutes les sphères de la société : économique, sociale, éducative, politique. Des conditions de vie favorables et une économie florissante encouragent l’urbanisation. Un changement des mentalités s’opère, contribuant à la contestation du régime duplessisme, qui s’adapte difficilement à ces changements : « Le niveau socio-économique de la population évolue rapidement, tandis que les institutions sont incapables de s’ajuster à la nouvelle réalité, comme l’illustrent si bien La Palme et Hudon, qui se déchaîneront contre le gouvernement Duplessis »Robert Aird, Mira Falardeau, Histoire de la caricature au Québec, Montréal, VLB éditeur, 2009, ..

Engagement politique

Robert LaPalme, dans une lettre qu'il a écrit pour le journal Le Devoir : « Parfois, on m'a reproché d'être sévère et cruel envers certains politiciens, de manquer de respect envers l'autorité. Je crois pouvoir me justifier en faisant remarquer que, de bonne foi, ne dessinant sous la dictée de personne, j'ai refusé de vénérer nos Batista qui se prostituent et qui trahissent pour avoir le plaisir orgueilleux de gouverner. Avilie, l'autorité devient méprisable et il est impérieux pour tous les journalistes honnêtes de la dénoncerAlain Stanké, Motobiographie ou Le joyeux testament de LaPalme entretiens avec Alain Stanké ; suivi de Ma vie de chien avec Lambert Closse : une fantaisie historique, Montréal, Montréal Stanké, 1997, .. »

Robert LaPalme a publié plus de 2500 caricatures dans le journal Le Canada.

Dans les années 1950, il réalise ses caricatures les plus connues : de véritables pamphlets qui incarnent toute une époque de luttes contre le duplessisme, luttes auxquelles LaPalme participe très activement. Néanmoins, Robert LaPalme n'est pas l'homme d'un parti; il démontre clairement ses différentes opinions politiques dans ses caricatures. D'abord favorable à Duplessis, il devient son plus grand détracteur à partir des années 1940, on dit même qu'il contribuera à faire tomber le régime. Dans les années 1960, il s'oppose au nucléaire et appuie le Nouveau Parti québécois. Plus tard, il prend parti pour Pierre Elliott Trudeau en raison d'une certaine hostilité envers les indépendantistes québécois, bien qu'il admire René Lévesque, leur principal chef de file.

Il collabore avec de nombreux journaux dits engagés, comme L'Ordre et La Renaissance d'Olivier Asselin, The Nation, Le Devoir, Combat, Vrai de Jacques Hébert et Cité Libre.

Robert LaPalme et Duplessis

Dans le domaine des caricatures, Robert LaPalme est reconnu pour son travail acharné et sa méchanceté envers le régime de Duplessis. Il a produit une très grande quantité de caricatures évoquant son opinion négative envers Duplessis, qu’il surnommait d’ailleurs le Cheuf, en faisant allusion à un dictateur. Parmi celles-ci : « Vas-y » (Le Canada, 1948), « Laissez-moi finir mon œuvre » (Le Devoir, ), « Le bill 34 » (Le Devoir, 1953), « L’immoraliste » (Le Devoir, ), « Quand la canaille a besoin d’un allié », (Le Devoir, ), « Lendemain d’élections » (Le Devoir, ), etc.

Des éléments caractéristiques de Duplessis se retrouvent dans plusieurs des caricatures de LaPalme : l’accentuation et la déformation de son nez, pointu ou allongé selon le discours ; des lignes courbes et sinueuses sont évocatrices de sa vie personnelle. Dans plusieurs de ses caricatures, LaPalme fait allusion à la relation de Duplessis avec sa maîtresse, en y intégrant parfois le nom de la rue où le premier ministre du Québec la rencontrait. Le caricaturiste désapprouve également l’anti-syndicalisme de Duplessis. De plus, il lui reproche son rapport avec l’évolution grandissante d’une injustice sociale québécoise, ainsi qu’un aveuglement face à la situation difficile des plus démunis. Il s’attaquera au bill 34, une loi qu’il jugeait anti-démocratique.