vignette|Logo du Festival panafricain d'Alger. Le Festival panafricain d'Alger (Panaf) est l'une des plus grandes manifestations culturelles d'Afrique. Elle regroupe des artistes et des intellectuels africains, ou issus de la diaspora africaine. Elle s'est déroulée en 1969 puis 40 ans après en à Alger.

Le festival comprend des concerts, des spectacles de rue, des expositions, des projections, des concours ainsi que des conférences. Les disciplines représentées sont : la musique, la danse, le théâtre, la littérature, le cinéma et les arts visuels. Son ouverture est fêtée par une parade dans les rues d'Alger au cours de laquelle défilent tous les pays participants.

Le premier festival s'est déroulé sept ans après la décolonisation de l'Algérie. Le contexte politique africain était assez mouvementé. C'était l'époque des Indépendances. Les leadeurs africains de mouvements de libération et les Black Panthers des USA étaient présents. Le film documentaire réalisé par William Klein, Festival panafricain d'Alger 1969, le montre assez bien.

Festival culturel Panafricain d'Alger 1969 Contexte historique général Ayant lieu du au , le FCPA se déroule à un moment charnière de l’histoire de la décolonisation. À la suite de la Seconde Guerre mondiale, les grands empires européens font face à des demandes soutenues pour l’égalité et l’autodétermination menant parfois à des révoltes de la part des peuples sous occupation. Cette réalité occupera une place prépondérante sur la scène internationale durant le siècle.

La victoire Vietnamienne à Dien Bien Phu en 1954 face à l’armée française encouragera le peuple algérien à commencer sa propre guerre de libération. Celle-ci durera près de 8 ans, sera marquée par la mort de 300 000 à 1 000 000 d’algériens() et se soldera par l’accès à l’indépendance officielle de l’Algérie le .

Menant d’un côté sa guerre d’indépendance, le Front de Libération Nationale n’hésitera pas à appuyer les mouvements de libérations des autres territoires du continent africain. Il aidera à la formation de combattants dans ses camps et fournira un appui sur la scène internationale au travers les ramifications de son gouvernement provisoire. Nelson Mandela sera un de ses activistes qui recevront une formation militaire à cette époque. Une fois l’indépendance acquise, le FLN prend le pouvoir et ne lésine pas. Son aide est renforcée. Le président Ahmed Ben Bella se rapproche des grandes figures du mouvement des non-alignés tels que Fidel Castro, Gamal Abdel Nasser et Che Guevara. Ben Bella et Guevara voient en l’Afrique « le maillon faible de l’impérialisme ». Ce dernier se servira d’Alger comme d’une arrière base pour appuyer des mouvements révolutionnaire, notamment lors de son implication dans le conflit du Congo-Kinshasa.

Malgré l’éviction de Ben Bella, le gouvernement mené par Houari Boumediene à partir de continuera son appui indéfectible aux guérilleros et activistes du monde. En 1969, la capitale algérienne regroupe 27 mouvements de libération d’à travers le monde, dont 7 issus du continent africain. Ceci vaudra à Alger le titre de Mecque des révolutionnaires ou de Capitale du Tiers-Monde.

L’Algérie elle-même a été appuyée matériellement et diplomatiquement par nombre de pays lors de sa lutte pour l’indépendance. La liberté acquise, plusieurs pays continuent d’envoyer leur aide. Le peuple algérien s’en souviendra longtemps et malgré sa situation économique précaire, il restera solidaire des mouvements de libérations planétaires.

Le rôle du Panafricanisme Le Panafricanisme est un mouvement qui tire ses origines à la fin du XIXe siècle et qui s’ancre dans l’histoire avec la tenue d’une première conférence panafricaine à Londres en 1900. Durant les décennies suivantes, grâce à la tenue de divers congrès, les leaders de la diaspora africaine font pression sur les puissances mondiales pour que soit reconnus des droits égaux aux personnes de couleurs. Ils en viendront plus tard à prôner l’indépendance et l’union politique des peuples d’Afrique. Cette prise de conscience engagée par des leaders tel W.E.B. Dubois et Jean-Price Mars encouragera des mouvements intellectuels comme celui de la Négritude, véhiculé par des auteurs comme Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire. Les écrits de Frantz Fanon, tels Peau Noire, masques blancs et Les damnées de la terre, marqueront quant à eux les mouvements révolutionnaires du monde.

En 1957, le Ghana accède à l’indépendance, et son premier président Kwame N’Krumah est un promoteur du panafricanisme et d’unité continentale. Il convoque à Accra en 1958 un congrès qui réunit officiellement des représentants des 7 autres pays africains indépendants de l’époque : l’Éthiopie, la Libye, le Maroc, le Soudan, le Libéria, la Tunisie et l’Égypte. Des délégations d’autres territoires y sont présentes, notamment l’Algérie représentée par Frantz Fanon et le Congo par Patrice Lumumba.

De 1958 à la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), en 1963 à Addis-Abeba, il y aura plusieurs conférences panafricaines où se polarisent deux visions : celle des « réformateurs » du groupe de Monrovia et celle des « révolutionnaires » du groupe de Casablanca.

La dissension est marquée au sein du groupe de Casablanca et c’est l’influence du groupe de Monrovia, groupement plus près des intérêts occidentaux, qui aura préséance. Cet ascendant marquera la charte de l’OUA, ratifiée au terme de la conférence.

Les pays africains s’entendent alors sur la nécessité de lutter pour l’élimination du colonialisme en Afrique, sur le renforcement de l’unité et de la solidarité africaine, l’amélioration des conditions de vies et la coordination de leurs politiques. Au lieu de pencher vers une union, les « réformateurs » s’assurent que le respect des souverainetés sera le fondement de l’organisation.

Le début des années 1960 voient les « modérés » prendre l’avant-place des débats sur la scène africaine. À cette époque, les nations indépendantes sont pleines des espoirs que leur confère leur nouveau statut et croient que leur développement suivra naturellement.

À l’été 1969, lors de la tenue du Panaf, un changement s’est opéré et ce sont maintenant les « révolutionnaires » menés par le leadership algérien entre autres qui ont le vent en poupe et qui influencent la politique africaine en faisant la promotion d’un panafricanisme révolutionnaire.

L'organisation du festival C’est sous l’égide de l’Organisation de l’unité africaine que sera promue l’idée d’un festival culturel panafricain. Le Président algérien Houari Boumediene est aussi le président de l’OUA. L’Algérie, symbole de la lutte anti-impérialiste, invitera donc l’Afrique entière et sa diaspora à venir célébrer l’africanité sur son territoire.

Pour les organisateurs, le festival doit faire la promotion de l’indépendance africaine. Plusieurs pays d’Afrique vivent encore colonisés à l’époque. Ce festival se veut aussi une vitrine de la réussite des indépendances déjà acquises. C’est pourquoi l’Algérie finance la majeure partie de l’événement grâce aux revenus des hydrocarbures exploités par sa compagnie nationale Sonatrach.

Cet événement est vu comme une opportunité pour tisser des liens entre les peuples des différents pays. L’Algérie souhaite devenir un pôle économique d’importance et espère que le festival encouragera le développement du commerce avec de nouveaux partenaires africains. Seulement 1% de ses échanges commerciaux sont réalisés avec le continent à l'époque, contre deux tiers avec l’ancienne métropole, la France. Cette dépendance envers les anciennes métropoles est une réalité pour la majorité des pays Africains des années 1960.

Déroulement

Le défilé d'ouverture C’est à 16 heures, le que le coup d’envoi du défilé est donné par un baroud de la délégation algérienne. Le défilé franchit une dizaine de kilomètres au total et sera joint par 200 000 Algériens. Des troupes de danseurs, des musiciens, des acrobates de toutes les régions du continent sont présents et participent à cette grande fête. On observe la richesse culturelle du continent de par la multitude d’habits, d’apparats, les différentes danses, chants, le tout supporté par les instruments de musique traditionnels d’Afrique. La marche se ferme par des délégations de différents mouvements de libération nationale africains qui paradent avec leurs habits militaires. Plus de 4000 participants défileront sous les yeux des foules d’Alger. Les journaux nationaux et les dirigeants algériens parleront d’une réussite qui rappelle la liesse de la proclamation d’indépendance algérienne le . Ce défilé sera utilisé par l’establishment africain comme preuve de l’unité africaine légitimant sa lutte pour la libération et le développement.

Le "Panaf" Des artistes et des troupes venus de toute l'Afrique et de la diaspora africaine ont participé à cette première édition. Parmi les artistes figurent : Demagh Mohamed ,Tayeb Saddiki, Miriam Makeba, Archie Shepp, Choukri Mesli, Barry White, Manu Dibango, Nina Simone, Ousmane Sembène, Aminata Fall, André Salifou, Albert Memmi, Grachan Moncour III, Sunny Murray, , , Alan Silva, , Oscar Peterson, , Maya Angelou, Don Lee, Ted Joans. On assiste à des spectacles en amphithéâtre, mais plusieurs performances sont aussi offerte à ciel ouvert et accessible à toute la population. Musique, théâtre et danses feront la joie des festivaliers.

Plusieurs de ces performances ont marqué les esprits. Les performances de Miriam Makeba, chanteuse Sud-africaine en exil pour son militantisme face au régime d’apartheid sont de ceux-ci. Durant une de ses performances, Mme. Makeba chantera en arabe pour la foule « Ana Houra fi El Djazair », « Je suis libre en Algérie » une vibrante ode à la libération des peuples africains et au peuple algérien, qui, à cette époque, supporte les combats de libération africains toujours en cours. La chanteuse se verra octroyer la citoyenneté algérienne à la conclusion du festival pour faciliter ses déplacements à l’étranger.

En fin de festival, Archie Shepp, étoile américaine du jazz, montera sur scène avec ses musiciens et une large troupe de musiciens et danseurs Touaregs. C’est un moment d’anthologie qui démontre bien le rapprochement des cultures de la diaspora africaine prenant place durant le festival. Un enregistrement en direct du concert a été réalisé et publié en 1969, . On peut y entendre un mélange de musique traditionnelle du Sahara accompagnée d’une improvisation free jazz. Shepp proclamera « We are still Black and we have come back… Jazz is a Black Power! Jazz is an Africain power. Nous sommes revenus! “ Les Touaregs inviteront par la suite Shepp et ses musiciens à les visiter dans les déserts du sud pour d’autres performances. Il confiera plus tard y avoir vécu « une des expériences les plus profondes de sa vie. » [traduction libre].

Durant le festival a été tenue la Semaine du Cinéma Africain, dans la salle Ibn Khaldoun. Le symposium des cinéastes se déroule le matin, en après-midi et en soirée on assiste à la projection de films africains, on engage des débats et des tables-rondes avec les différents auteurs des œuvres. Par des ratés organisationnels, la plupart des cinéastes anglophones d’Afrique n’ont pas participé au festival.

C’est dans le Théâtre National Algérien, fraîchement rénové, qu’a eu lieu une compétition théâtrale entre les différentes délégations. Chaque pays avait le droit de faire la représentation d’une œuvre pour l’occasion. Le Sénégal remportera le premier prix avec la pièce L’exil d’Albouri.

Le festival panafricain et les colloques qui s'y déroulent sont l'occasion pour l'Afrique de démontrer que sa culture n'est pas figée dans l'exotisme de ses traditions, en s'affirmant comme une culture consciente de ses racines et tournée vers la modernité et l'universalisme.