Jean du Moulin plus connu sous le nom de Jean de Saint-Samson (1571-1636) est un moine de l'ordre des Grands carmes à Dol-de-Bretagne puis à Rennes. Il participe et soutient la réforme du carmel de Rennes dite aussi réforme de Touraine.
Aveugle dès l'enfance, il devient musicien avant d'entrer au Carmel à 35 ans. Grand mystique, il dicte de nombreux traités, lettres, poésies et ouvrages qui seront par la suite publiés. Son tombeau, au couvent des Carmes de Rennes est un lieu de visites et de dévotion importante (nombreux ex-votos) jusqu'à la Révolution française qui provoquera la destruction du couvent et de l'église.
Une partie de ses reliques a été remise aux Grands carmes, lors de leur réinstallation à Nantes en 1990. Si Jean de Saint-Samson n'a jamais fait l'objet d'un procès en béatification, son titre de vénérable, attribué par son premier biographe (Albert le Grand), est resté dans les usages.
Biographie Enfance Jean du Moulin, en religion Jean de Saint-Samson (ou Joannes a Sancto Samsone, Jan de Sainct-Samson )., né à Sens le , de Pierre du Moulin, contrôleur des tailles, et Marie d'Aiz, dans une famille de trois enfants, il devient aveugle à cause d'un accident à l'âge de deux ans. (Albert le Grand écrira pour sa part qu'il était aveugle dès le berceau après avoir contracté une petite vérole). Albert Le Grand, dans sa biographie, en fait un adolescent mystique prédestiné et appelé à la sainteté dès l'enfance, d'autres biographes comme Brémond le décrivent comme un mendiant aveugle, devenu mystique à partir de sa rencontre providentielle avec Matthieu Pinault à Paris.
Orphelin de père et de mère à l'âge de dix ans, il est élevé par un tuteur, Zacharie d'Ais, qui lui apprend les lettres latines et à jouer de la musique : de l'épinette, de la viole, de la mandore, du luth, de la harpe, de la flûte et surtout, de l'orgue. À douze ans, il tient l'orgue du couvent dominicain de sa ville. Il aime également beaucoup les vers de Ronsard.
Voyage à Paris et entrée au Carmel thumb|Vestiges de l'ex-couvent des Visitandines, auxquelles succédèrent les Bénédictines à Dol-de-Bretagne|alt=Vestiges de l'ex-couvent des Visitandines, auxquelles succédèrent les Bénédictines à Dol-de-Bretagne En 1603 Jean monte à Paris pour rejoindre un frère, secrétaire et trésorier de la Gendarmerie de France. Il alterne la vie chez son frère et la vie de mendiant et musicien aveugle (il jouait de quatorze instruments de musique) dans le quartier latin. Il loge chez un épicier, et, le matin, un petit garçon le conduit dans l'église du carmel de la Place Maubert où il joue de l'orgue, communie chaque jour, se confesse au Père Jacques, puis reste en oraison. Parfois il se confesse à un père Carme du nom de Père Jacques. Il rencontre Matthieu Pinault du carmel de la Place Maubert qu'il commence à conseiller spirituellement. Jean fait connaitre autour de lui la littérature mystiqueÉtant aveugle, Jean ne peut lire les textes et se les fait lire par d'autres personnes., et un petit cercle spirituel se forme autour de lui. Après la mort de son frère, il cède son héritage aux pauvres et part loger quelque temps dans une cellule du Carmel (sans pour autant vouloir entrer dans l'ordre). En 1606, lorsque Matthieu Pinault a fini ses études et décide de rentrer au couvent de Dol, Jean déclare vouloir le suivre pour entrer lui aussi au Carmel. Jean du Moulin entre ainsi au noviciat des Carmes, dans le couvent de Dol-de-Bretagne en 1606, comme frère convers.
Le frère Jean prononce ses vœux en 1507 et prend le nom religieux de Jean de Saint-Samson en l'honneur du saint du lieu, Samson de Dol.
Au couvent de Rennes thumb|left|Rennes, grande maison des carmes. thumb|200px|Rennes, ancienne chapelle des carmes. En 1612, Jean de Saint-Samson est appelé au couvent de Rennes où il restera jusqu'à sa mort en dehors de différents déplacements qu'il réalisera afin de faire appliquer la réforme des couvents. Peu de temps après son arrivée, une épidémie de peste se déclare dans la région. Au couvent plusieurs moines décèdent. La communauté décide de partir. Seul Jean de Saint-Samson et un jeune novice restent au couvent. Ils vont alors se dévouer pour soigner les victimes de la peste, accompagner les agonisants. Mais à leur tour ils sont contaminés par l'épidémie, et doivent rejoindre l’hôpital installé au Champ de Saint-James. Un jour, alors que son frère moine est malade, après une prière du frère Jean, le moine guérit miraculeusement. La nouvelle de son don de thaumaturge commence alors à circuler.
Après la fin de l'épidémie de peste, les deux moines retournent au monastère. La réputation de thaumaturge du frère Jean se répand sur une grande distance, et les malades viennent de très loin pour être guéris des fièvres. Le frère Jean prononce sur eux l'oraison qui se disait à Saint-Pierre de Rome : « »« Seigneur Jésus, qui as guéri la belle-mère de Pierre des fièvres qui la prenaient, guéris ce malade ton ami, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Ainsi soit-il. ». Un jour, l'évêque Antoine de Revol, inquiet de voir s'installer une superstition dans son diocèse, vient au couvent avec un médecin observer les agissements du moine. Après avis du médecin, il confirme Jean de Saint-Samson dans sa mission de thaumaturge. L'évêque deviendra par la suite son fils spirituel.
Le réformateur du Carmel
Jean de Saint-Samson fut le principal collaborateur du Philippe Thibault, carme angevin célèbre, à l'origine de la réforme de Touraine. Le père Philippe Thibault, qui s'interrogeait sur la capacité d'un simple moine convers d'enseigner des frères carmes sur l'oraison, et des questions très spirituelles, demanda au frère Jean de dicter un texte sur la manière de faire oraison. Ce texte, qui deviendra son premier traité De la consommation du Sujet en son Objet, fut transmis pour étude et approbation à des carmes déchaux, des capucins et des jésuites. Tous confirmèrent le haut niveau spirituel du frère carme. Néanmoins, le père Thibault poursuivit un temps son étude, avant d'avoir pleinement confiance dans le frère Jean et de lui demander d'instruire spirituellement les autres moines du couvent et de poursuivre ses rédactions d'ouvrages. Jean s'occupe alors pendant 25 ans des novices au couvent de Rennes, leur apportant des conseils spirituels (mais sans avoir directement la charge de maitre des novices). Plusieurs de ses disciples poursuivront son œuvre de réforme et sa mystique après sa mort.
Cette réforme consistait à remettre la prière et l'oraison au centre de la vie carmélitaine. Elle incluait la pratique du jeune, le silence, la prière des offices durant la journée ainsi que la suppression de certains privilèges. Cette réforme était moins rigoureuse que la réforme thérésienne (menée par Thérèse d'Avila) auprès des couvents que l'on nommera déchaussés. Albert le Grand dira du frère Jean que . Certains auteurs le qualifieront même de (à cause de ses nombreux écrits mystiques).
Installé au couvent de Rennes, Jean de Saint-Samson y enseigne la réforme de la vie carmélitaine dans son couvent, par son exemple et ses enseignements. Il fera quelques déplacements au couvent de Dol pour y mettre en place et enseigner la réforme.
Sa mort thumb|Cellule de Carme Il meurt à Rennes le , jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix en prononçant ces mots « » et il est enterré dans l’ancienne église de Toussaints. Le jour de ses obsèques, la foule accourt. On fait toucher à son corps des chapelets, on prend ses vêtements comme reliques, on fait des images de cire et les fidèles prononcent des vœux. Il est vénéré comme un saint.
Le premier éditeur de ses écrits fut le P. Donatien de Saint-Nicolas. L'écrivain Albert Le Grand mentionne Jean de Saint-Samson dans son livre, Les vies des saints de la Bretagne Armorique et le déclare vénérableLes vies des saints de la Bretagne Armorique ensemble un ample catalogue chronologique et historique des evesques d'icelle... et le catalogue de la pluspart des abbés, blazons de leurs armes et autres curieuses recherches... ( éd.) / par fr. Albert Le Grand,... ; revu et corrigé par messire Guy Autret, chevalier, seigneur de Missirien ; augmenté de plusieurs vies des saints de Bretagne, par le mesme, par missire Julien Nicole, mais il ne fut jamais béatifié à RomeIl n'y a pas eu d'enquête canonique comme ce fut l'usage plus tard dans l'Église..
Dévotion des fidèles Plusieurs miracles furent rapportés comme ayant eu lieu sur sa tombe, dans l'église des Carmes de Rennes, à la chapelle Notre-Dame de Pitié, près du tombeau de Robert Cupif (+1659), évêque de Dol.. Sa tombe sera régulièrement visitée par les fidèles qui viennent y prier et y faire célébrer des messes sur l'autel de la petite chapelle. De nombreux ex-voto sont ajoutés dans la chapelle en remerciementEn remerciement pour les guérisons et grâces reçues par l'intercession du Saint (d'après les fidèles). par les fidèles..
Un président du Parlement de Rennes, Luc Godard, seigneur des Loges, fit la promesse de lui construire un tombeau s'il guérissait d'un mal incurable. Une fois guéri "miraculeusement", il lui fit déposer sur son tombeau une plaque de marbre gravée de l'épitaphe suivante :
Épitaphe Latin FrançaisHOC SUB MARMORE QUIESCIT VEN. FR.JOANNES A SANCTO SAMSONE Carmel. Reform. Laïcus, Observantiae Rhedonensis Vere caecus Illuminantissimus, quo Sapientius aut fusius hoc saeculo scripsit nemo de rebus mysticis, et vera contemplatione. VITAM DUXIT Austeritate et laboribus asperam Coelestium contemplatione suavem Daemonum continuo conflictu horribilem Angelorum consortio jucundissimam Humilitate ad ima depressam Ardore Seraphico in Deum transformatum QUOTIDIANA SYNAXI REFECTUS Pabulum caeleste ccasto pectore etiam ad sex horas inconsumptum nativo calore in amorem verso. Quippe delicias putat Christus, purissimo sinu teneri. QUID PLURA in vita sua fecit monstra, in morte mirabilia opreatus est; Quae si linguae mortalium sileant, istius saxa sepulchri perpetuo loquentur.
SISTE ITAQUE VIATOR Et, si me amas, hic Deum adora in suis gloriosum Obiit in Carmelo Rhedonensi vere mundo Crucifixus, in Festo exaltationis S. Crucis, 14 Septembris 1636.SOUS CE MARBRE REPOSE LE VENERABLE JEAN DE SAINT SAMSON Carmel réformé, laïc, Observance de Touraine, Aveugle vraiment illuminé, Très sage et inspiré en ce siècle il écrivit beaucoup de choses sur la mystique, et la contemplation IL PASSA SA VIE Dans l'austérité et ses travaux, il parvint à une suave contemplation des choses célestes, par son combat continuel contre les démons, Dans un dialogue très agréable avec les anges Dans l'humilité il s'est enfoui dans les abîmes Transformé en Dieu par une ardeur toute Séraphique
QUE DIRE DE PLUS ? Durant sa vie il fit des merveilles, durant sa mort des miracles Si les langues se taisent, les pierres de son sépulcre parleront toujours
« Et, si tu m'aimes, adore ce Dieu glorieux en ses œuvres »
Crucifié au monde dans le Carmel de Touraine, Fête de l'Exaltation de la Sainte Croix
Postérité Jean de Saint-Samson a eu plusieurs disciples qui ont transmis sa pensée et sa mystique après sa mort : Dominique de Saint-Albert, Léon de Saint-Jean., Marc de la Nativité, Maur de l'Enfant-Jésus, et Léon de Saint-Jean (conseiller de Marie de Médicis et ami de saint François de Sales).
Ses principaux biographes et éditeurs sont le P. Donatien de Saint-Nicolas puis le P. Sernin-Marie de Saint-André (O.C.D.). Il publie sa Vie et ses Œuvres en 1641 à Paris.
En , une conférence a lieu à Rennes sur Jean de Saint-Samson. Elle est menée par le frère carme Yves de Sainte-Marie, et le père Yves Jausions du diocèse de Rennes.
Sa mémoire liturgique est célébrée le .
Tombeau et reliques Sa tombe a disparu avec la chapelle Notre-Dame de pitié du couvent de Rennes.