Christophe-Paul de Robien, dit le président de Robien ( au château de Robien à Saint-Thuriau de Quintin, aujourd’hui Le Fœil - à Rennes), est un magistrat, historien, naturaliste et collectionneur d'art français, conseiller au Parlement de Bretagne (1720-1726), président à mortier au Parlement de Bretagne (1724-1756). Il est inhumé dans la collégiale de Quintin où reposent sa mère et d'autres parents.
Biographie
Famille Christophe-Paul de Robien, marquis de Robien, vicomte de Plaintel, baron de Kaër (titres de courtoisie), chevalier, est issu d’une famille noble de parlementaires. Il est le fils de Paul de Robien, vicomte de Plaintel, baron de Kaër, alors conseiller au Parlement de Bretagne, et de Thérèse Olive du Louët, fille de Robert du Louët, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi.
Christophe-Paul de Robien grandit à l'Hôtel de Robien, un hôtel particulier de Rennes acheté par son père en 1699.
Christophe-Paul de Robien se marie avec Julienne de Robien-Kerambourg, sa cousine au quatrième degré, le 20 juin 1728. Celle-ci meurt à 26 ans en laissant sept enfants. Grâce à cette union, il hérite d’une fortune considérable qui assoit son autorité.
En 1764, ses enfants héritent de treize seigneuries situées dans le pays de Quintin, s'y étendant dans huit paroisses, le Trégor et le pays Vannetais et vingt-quatre de ses paroisses. Ces propriétés furent la cause de procès, principalement avec les vassaux contestant ses droits de seigneur. Les contentieux s’élevèrent à cent cinquante mille livres d’après les héritiers.
Formation et vie politique
Le renom de la famille de Christophe-Paul de Robien et notamment de son arrière-grand-père, Christophe I de Robien, nommé chevalier de l’ordre de Saint-Michel et gentilhomme de la chambre du roi par Henri IV, lui permet d’être placé chez les Jésuites de Rennes, maison prestigieuse fondée par le même roi. Il fait ensuite un séjour dans une académie d'exercices parisienne, avant d'obtenir sa licence en droit à Nantes en 1718. Il est reçu conseiller le 17 mai 1720, puis président à mortier le 24 octobre 1724. Il est alors l'un des plus jeunes parlementaires.
En 1730, grâce à sa formation d'avocat, il devient premier président de la chambre de la Tournelle. Il y est responsable des débats concernant la répression des crimes passibles de peine de mort. Son rôle politique demeure relativement méconnu. La même année, il rédige avec d'autres conseillers une remontrance contre la Déclaration royale sur la bulle Unigenitus.
À partir de 1731, Christophe-Paul de Robien traverse un différend avec les autorités concernant des églises, dont il se considère le seigneur-fondateur. Des arrêts du conseil d'État s'opposent à ses prétentions et le condamnent à retirer ses armoiries des églises de Pluvigner et de Brec'h, considérées comme une négation de la supériorité du Roi. S'il paraît s'incliner dans ses réponses aux autorités, il réitère l'opération dans plusieurs chapelles et églises bretonnes. Il ne connaît pas la conclusion de ce contentieux : c'est en 1763, sept ans après sa mort, que les prééminences et droits honorifiques des Robien sont reconnus dans les églises de Crach, Landaul, Landévant, Locmariaquer et Pluvigner ainsi que dans douze chapelles.
De 1738 à 1744, Christophe-Paul de Robien assiste en tant que représentant du roi aux assemblées de l'État en Bretagne. Il tient son rôle jusqu'au 22 mars 1756 puis meurt le 5 juin 1756.
Un collectionneur scientifique et un amateur d'art
Le rayonnement régional et national de la collection Depuis Rennes, le président de Robien semble avoir été en lien régulier avec la capitale. Son cabinet apparaît comme un lieu majeur en raison de l’importance de ses collections pour le patrimoine local et national. Son collectionnisme le rapproche des cercles parisiens et permet d’inscrire sa région dans les réseaux intellectuels du royaumeMaïder Hervieu. Un « curieux de papier » dans la Bretagne des Lumières : étude de la collection d'estampes du président Christophe-Paul de Robien (1698-1756). Art et histoire de l'art. Université Rennes 2, 2022 (NNT : 2022REN20001), .. En Bretagne, comme à Paris, Christophe-Paul de Robien se forge la réputation d'un amateur provincial « excentrique »Gauthier Aubert, « Le président Robien en sa ville : de la famille de Robien en général et de Christophe-Paul en particulier », dans François Coulon, Le monde à portée de sens : un cabinet de curiosités chez Christophe-Paul de Robien au siècle, Rennes, Musée des Beaux-Arts de Rennes, 2020 , .
Les nombreuses descriptions de son cabinet par ses contemporains suggèrent que sa collection est de « stature nationale ». S’il ne semble pas avoir atteint le même éclat que d’autres cabinets parisiens et qu’aucune pièce ne paraît avoir attiré l’attention de collectionneurs comme Dezallier d’Argenville, il est néanmoins cité parmi les onze cabinets de province recensés par celui-ci dans son étude des cabinets français. Pour les visiteurs moins familiers des cabinets, comme Desforges-Maillard, l’ensemble recueilli revêt un caractère plus exceptionnel ; « le plus beau cabinet que [les soins du président] ont acquis ». Si l’éclat des collections ne semble pas avoir été mis en avant par ses contemporains, tous reconnaissent l’importance d’une collection inscrite dans le paysage intellectuel local, à l’image des ambitions intellectuelles portées par son propriétaire, Robien. L’originalité de la collection ne réside donc pas tant dans les collections en soi que dans sa géographie. La collection du président de Robien figure même dans un guide de la Bretagne, inscrivant le cabinet comme une étape intellectuelle pour les voyageurs.
La visite du cabinet reste réservée aux visiteurs sélectionnés par le président de Robien et ce dernier prend plaisir à jouer le rôle de guide et à présenter sa collection, aux scientifiques ou curieuxMaïder Hervieu. Un « curieux de papier » dans la Bretagne des Lumières : étude de la collection d'estampes du président Christophe-Paul de Robien (1698-1756). Art et histoire de l'art. Université Rennes 2, 2022 (NNT : 2022REN20001), .. Cependant, il n'exerce aucune influence sur les peintres locaux et ne s’entoure pas d’artistes dans son cabinet.
Un scientifique vignette|222x222px|La Roche-aux-Fées, description de Robien (1737-1756) bibliothèque des Champs-libres, Rennes. Christophe-Paul de Robien s'ouvre sur les curiosités du monde entier mais demeure fasciné par la Bretagne, dont il essaye d’exposer les particularismes. C'est un fervent adepte d’Histoire, de philosophie et de sciences de la Terre. Son approche est interdisciplinaire, il est d'ailleurs considéré à titre posthume comme naturaliste, géologue et archéologue.vignette|233x233px|Antiquités gauloises de Locmariaquer, Description de Robien (1737-1756) bibliothèque des Champs-libres, Rennes.|gaucheIl dispose d’une très riche bibliothèque - entre et ouvrages sont recensés en 1749-, qu’il utilise à des fins scientifiques. Il possède également au sein de son cabinet des instruments scientifiques destinés à la physique et à la chimie. Il s’intéresse par ailleurs à la question de la formation de l’électricité, mais surtout à l’analyse des minéraux qu'il collecte régulièrement. Ainsi, ses prélèvements de terrain enrichissent sa collection au fil des années.
En archéologie, Christophe-Paul de Robien se tient informé des dernières découvertes récentes, bien qu'il ne mène pas de fouilles archéologiques lui-même. Lorsqu'il s'agit de l'étude de la Bretagne antique, le collectionneur se concentre sur quatre zones, proches de ses lieux de résidence ou qu'il connaît bien : du Trégor aux marais de Dol (Côtes-d'Armor), Rennes et ses environs, Vannes et ses vestiges et le pays de Léon (Finistère).
En s'intéressant à l'histoire gallo-romaine et gauloise de sa province, Robien cherche à y déceler des traces de romanité, notamment par les voies romaines qui « sont une preuve que la Bretagne n’a pas été indigne des soins de ces maîtres du monde ». Il étudie les mégalithes de la Roche-aux-Fées, les alignements de Carnac ou encore le site de Corseul. Le président se rend sur ce dernier en 1727 et fait réaliser un dessin de la cité et de ses monuments antiques. Il propose aussi une identification des capitales des Vénètes : Locmariaquer puis Vannes. Sur le site de Locmariaquer, le président explique par exemple que les tumuli sont des tombes gauloises. Il est le premier à donner cet usage et cette origine à ces monticules, encore appelés « buttes de César ». Robien réalise les premiers relevés cartographiques de nature archéologique en Bretagne au . Il est l'un des seuls à reconnaître le talent bâtisseur des peuples celtes et à le mettre à égalité avec celui des romains.
Son œuvre pour l’histoire bretonne lui vaut d’être reconnu par ses pairs, tel que Piganiol de la Force ou Arthur de la Borderie, qui au , l'érige en « père de l’archéologie bretonne ». Le président de Robien est aujourd’hui considéré comme le prédécesseur des archéologues armoricains. Christophe-Paul de Robien s'est également intéressé à la généalogie et à l'héraldique et a retracé sa généalogie familiale, avec le projet de rendre visible le rang de sa famille. Il défend également la création d'une Académie bretonne des sciences et des arts. Pourtant son projet est rejeté deux fois, en 1727 et 1738. L'Académie est érigée après sa mort. En 1755, il devient toutefois membre de l'Académie royale des sciences et des arts de Berlin.
Diverses études publiées vignette|328x328px|Vue de la montagne de Polignay, Description de Robien (1737-1756) bibliothèque des Champs-libres, Rennes. Son cabinet et les objets le composant forment un terrain fertile à l’élaboration d’études savantes publiées par Robien tout au long de sa vie.
En 1731, il rédige la Dissertation sur la formation de trois différentes espèces de pierres figurées qui se trouvent dans la Bretagne. Cette courte étude, s’attèle à décrire différentes pierres ayant servi à la construction d’un manoir rennais, suivie par des observations sur la chiastolite et la staurolite du Morbihan.
Cette première Dissertation sur les pierres est éditée en 1751, avec un second écrit sur Les nouvelles idées sur la formation des fossiles. Il y étudie attentivement les pièces de sa collection, classifie une partie du monde minéral, et tente d’expliquer l’histoire de la formation de la planète. Il y glisse des références bibliques, comme celle du Déluge, qui aurait causé l’empilement des couches de sédiments et les montagnes.
Dans les années 1730, il commence en parallèle sa Description historique et géographique de la Bretagne. Complétée à nouveau en 1755, cette œuvre conséquente reste inachevée et ne voit le jour qu’après sa mort en 1974, lorsqu'elle est rééditée par Jean-Yves Veillard. Le manuscrit est conservé dans la bibliothèque des Champs Libres à Rennes. Il comprend 367 feuillets et 141 illustrations, dont certaines sont de sa propre main. Le plan de l'ouvrage est tripartite :
Description historique et topographique de l'ancienne Armorique ou Petite Bretagne, de la conquête des Romains jusqu'au passage des Bretons insulaires dans la province.
Description historique et topographique de l'ancienne Armorique ou Petite Bretagne du passage des bretons insulaires jusqu'à présent.
Description historique et naturelle de la province de Bretagne. Pour rédiger son ouvrage, Robien entreprend des recherches entre 1727 et 1737. Durant cette première phase, il se rend sur des sites historiques majeurs et dans des villes bretonnes. Ces collectes d'informations et d'objets sur le terrain sont accompagnées de plans topographiques (Lorient, Quimperlé, Carhaix...). En 1755, il rédige la préface de son ouvrage. Il y fait allusion à sa volonté de proposer la description la plus large et la plus complète de la Bretagne et ressent une certaine fierté à être le premier à écrire un tel livre sur sa province.