Paul Dundes Wolfowitz, né le à New York, est un homme politique américain.
Il a été secrétaire adjoint à la Défense de 2001 à 2005 sous la présidence de George W. Bush puis président de la Banque mondiale de 2005 à 2007. Il a posé sa démission et a quitté ses fonctions à la suite de son implication dans une affaire de népotisme.
Biographie
Né le à New York, Paul Wolfowitz est le fils du mathématicien juif polonais Jacob Wolfowitz, lui-même immigré aux États-Unis en 1920, alors qu'il n'était âgé que d'une dizaine d'années.
Paul Wolfowitz fait d'abord des études de physique-chimie avant de se tourner vers les sciences politiques à l'université de Chicago. Il est alors politiquement un jeune trotskiste. C'est à l'université Cornell, où enseigne son père, que Paul rencontre le professeur Allan Bloom, un des élèves du philosophe Leo Strauss et référence des néo-conservateurs.
Auprès de Bloom, Wolfowitz rejette la philosophie du relativisme alors en vogue dans les années 1960 et qui, selon lui, nie la « légitimité universelle des valeurs américaines et s'accommoderait de la tyrannie ».
À l'université de Chicago, c'est auprès d'Albert Wohlstetter, théoricien de la stratégie nucléaire, que Wolfowitz rédigea sa thèse sur le danger de prolifération nucléaire au Moyen-Orient.
En 1972, Wolfowitz entame une carrière dans l'administration fédérale américaine. On le retrouve aussi bien auprès de démocrates, comme Dean Acheson, que de républicains. Il s'oppose dès le début à la realpolitik d'Henry Kissinger et entre au Pentagone en 1977 sous l'administration de Jimmy Carter.
Il souligne dès cette époque le facteur d'instabilité régionale causé par l'Irak de Saddam Hussein alors que le gouvernement de Carter veut en faire un contrepoids à l'Iran de l'ayatollah KhomeiniEn 1979, travaillant alors sous les ordres d'un adjoint au secrétaire à la Défense, chargé des programmes régionaux, il avait détaillé la menace que représentait Saddam Hussein pour ses voisins. Cependant, en pleine révolution khomeyniste en Iran, la politique du gouvernement de Jimmy Carter consistait à chercher des contrepoids, et l'Irak pouvait en être un..
Le démocrate Wolfowitz est déçu par l'administration de Jimmy Carter et c'est avec enthousiasme qu'il accueille la victoire de Ronald Reagan en novembre 1980. Celui-ci incarne mieux à ses yeux son idéal démocratique.
Entre 1982 et 1985, il se retrouve secrétaire d'État assistant pour l'Asie de l'Est et le Pacifique dans le gouvernement de Reagan. C'est à cette fonction qu'il organise la transition politique des Philippines après le renversement de Ferdinand Marcos, ancien allié des États-Unis.
En 1986, il est nommé ambassadeur en Indonésie. Le journaliste américain Peter J. Boyer écrit à son sujet : Le mandat de Wolfowitz en tant qu'ambassadeur a été un succès notable, en grande partie dû au fait qu'il est devenu autochtone. Avec l'aide de son chauffeur, il a appris la langue et s'est plongé dans la culture. Il a assisté à des séminaires universitaires, escaladé des volcans et visité les quartiers de JakartaPeter J. Boyer, "The Believer: Paul Wolfowitz Defends His War", online posting, The New Yorker, November 1, 2004, accessed November 26, 2014 (7 pages)..
Pour Dewi Fortuna Anwar, conseillère aux affaires étrangères du président indonésien B. J. Habibie (1998–99), qui succède à Soeharto, « Wolfowitz était un envoyé compétent et populaire, mais il n'est jamais intervenu pour promouvoir les droits de l'homme ou lutter contre la corruption. » Sa femme Clare est une anthropologue spécialiste de l'Indonésie, notamment de la culture javanaise.
De 1989 à 1993, sous la direction de Dick Cheney, il est sous-secrétaire à la Défense chargé de la planification, où il élabore une nouvelle définition de la stratégie et de l'organisation des forces armées américaines après la fin de la guerre froide.
En 1991, Paul Wolfowitz organise le financement de la guerre du Golfe et parvient à convaincre Israël de ne pas intervenir militairement pour maintenir la cohérence interne de la coalition qui comprend de nombreux pays arabes. Il prêcha également mais sans succès la loyauté envers les chiites du Sud et les Kurdes du Nord de l'Irak que le gouvernement américain a poussé à se révolter contre Saddam Hussein.
Dès 1992, dans un rapport confidentiel, il prône la « guerre préventive » pour renverser le président irakien. En 1998, il signe avec une vingtaine d'autres néoconservateurs une lettre ouverte au président Bill Clinton dans laquelle ils lui enjoignent de renverser le gouvernement irakien par la force.
Durant la présidence de Bill Clinton, Paul Wolfowitz est doyen de l'École d'études internationales avancées de l'université Johns-Hopkins à Washington de 1994 à 2001.
Le quotidien israélien anglophone The Jerusalem Post l'élit l'homme de l'année 2003Man of the Year, The Jerusalem Post, 2003.
Rôle auprès de l'administration Bush vignette|250px|Le président George W. Bush et Paul Wolfowitz en 2005. En , il est nommé par George W. Bush au poste de secrétaire adjoint à la Défense, sous les ordres de Donald Rumsfeld. C'est à ce poste qu'il se fait l'artisan et l'ardent défenseur du renversement du régime de Saddam Hussein et de l'invasion militaire de l'Irak dès le lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Il a en outre qualifié les événements du d'opportunité pour la mise en place d'une nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient. vignette|gauche|180px|Lettre de Paul Wolfowitz aux ministres des États membres de l'Union européenne en , illustrant la campagne de lobbying des États-Unis contre Galileo.
Catalogué comme l'un des plus radicaux des néo-conservateurs, il est chargé de trouver les justifications juridiques de l'invasion de l'Irak et est considéré comme le principal responsable des déconvenues de l'armée américaine, notamment dans sa recherche des armes de destruction massive. Il affirmait alors que « les revenus du pétrole irakien au cours des deux ou trois prochaines années allaient apporter 50 à 100 milliards de dollars, qui viendraient rembourser la propre reconstruction du pays et plus encore »Copinage et corruption : Wolfowitz à la Banque mondiale - Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde (CADTM), Mohamed Hakki, 24 mars 2006.
Dans un entretien au magazine Vanity Fair, publié le , M. Wolfowitz reconnaît le mensonge d'État. Il reconnaitra plus tard que la décision de mettre en avant la menace des armes de destruction massive pour justifier une guerre contre l'Irak avait été prise « pour des raisons bureaucratiques […] parce que c'était le seul argument sur lequel tout le monde pouvait tomber d'accord ».
Le , devant des partisans d'Ariel Sharon lors d'une réunion publique à Washington, il reconnaît, sous les huées, les souffrances endurées par le peuple palestinien sous occupation israélienneLe , Wolfowitz a parlé des souffrances subies « par les Palestiniens et les Israéliens » et prononcé les mots « Palestine indépendante », ce qui a déclenché les huées ; Voir aussi Sharon Samber et Matthew E. Berger, United Jewish Communities, [Speakers Stick to Consensus Theme at National Solidarity Rally for Israel], 15 avril 2002.
Le , au cours d'une visite à Bagdad, il échappe de justesse à un attentat. Une trentaine de roquettes sont tirées contre l'hôtel Al Rachid où il loge. Un colonel américain meurt au cours de cette attaque et dix-sept autres personnes sont blessées. Paul Wolfowitz est indemne.
Il met en place le Threat and Local Observation Notice (TALON) en 2004, qui recense, entre autres, des manifestants opposés à la guerre d'Irak. En janvier 2005, il s'engage personnellement dans le déploiement de l'aide américaine aux victimes du tremblement de terre du 26 décembre 2004, en particulier en Indonésie.
L'ex-fonctionnaire américain s'est opposé, durant son mandat, à la chaîne qatarie Al Jazeera en faisant pression sur le gouvernement du Qatar pour en changer la ligne éditorialeL'effet Al-Jazira, Mohammed El Oifi, Persée.
Rôle à la Banque mondiale En mars 2005, George W. Bush préfère l'éloigner de son administration en lui offrant une promotion, la succession de James Wolfensohn en tant que président de la Banque mondiale (en règle générale, celle-ci est laissée aux États-Unis quand le Fonds monétaire international est laissé aux Européens). Il devrait son élection au soutien des Européens, qui l'acceptèrent en échange de la nomination de Pascal Lamy à la tête de l'OMCLa Banque mondiale dans la tourmente - Libération, Esther Duflo, 14 mai 2007.
Il a fait l'objet de vives critiques au sein de la Banque mondiale pour s'être entouré de collaborateurs venus avec lui du Pentagone et de la Maison-BlanchePaul Wolfowitz invité à démissionner de la Banque mondiale - La Tribune, 19 avril 2007. Il a par exemple nommé l'ancien porte-parole du vice-président des États-Unis Dick Cheney, Kevin Kellems, au poste de directeur de la stratégie de la communication.
Dès son entrée en fonction en , Paul Wolfowitz dresse une liste de pays en voie de développement à privilégier et confirme l'Afrique comme zone prioritaireM. Wolfowitz énonce le Plan d'action de la Banque mondiale pour l'Afrique - Propos de Wolfowitz au sommet Sullivan.
Crise tchadienne Le , l'Assemblée nationale tchadienne, sous la présidence d'Idriss Déby adopte plusieurs amendements à la loi sur le pétrole de 1999. À la suite de cette modification, Paul Wolfowitz, alors président de la Banque mondiale, annonce l'arrêt des programmes de financement au Tchad, soit 124 millions de dollarsTchad, bras de fer avec la Banque mondiale - RFI, . La Banque mondiale conteste certains des amendements opérés tels la suppression du fonds pour les générations futures, l'inclusion de la sécurité et de l'administration comme secteur prioritaire ainsi que l'augmentation de la part revenant au Trésor.
À la demande du département d'État, il abandonne la lutte contre la corruption au Tchad pour permettre à cet État d'utiliser l'argent du pétrole pour contrer les attaques venues du SoudanLâché par la Maison-Blanche, Paul Wolfowitz démissionne - Le Monde, 18 mai 2007.
Planning familial en Afrique Juan Jose Daboub, un haut fonctionnaire nommé par Paul Wolfowitz à la direction de la Banque mondiale, aurait ordonné en 2007 que toute référence au planning familial soit effacée du plan d'assistance à long terme concernant Madagascar Leak prompts fear over World Bank health policies - Sarah Boseley, The Guardian, 16 avril 2007.
Affaire Wolfowitz à la Banque mondiale
Héros autoproclamé de la lutte anti-corruption dans les pays en développement, Paul Wolfowitz a été impliqué dans une affaire de favoritisme au sein de la Banque mondiale concernant Shaha Riza, une collaboratrice avec laquelle il entretenait une liaisonLe président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, accusé de népotisme, Le Monde, 11 avril 2007et a dû démissionner en , deux ans après sa nomination.Paul Wolfowitz reconnaît son implication dans une affaire de favoritisme au sein de la Banque mondiale, Le Monde, 12 avril 2007.
En 2003, selon l'association américaine luttant contre la corruption dans les administrations publiques Government Accountability Projet, Paul Wolfowitz, alors secrétaire à la Défense, aurait insisté pour que Shaha Riza obtienne un contrat de consultant pour une firme de conseil privée entre mars et mai 2003, au moment du déclenchement de la guerre et ce alors qu'elle travaillait pour la Banque mondialeBanque mondiale: l'étau se resserre sur Wolfowitz, de plus en plus contesté - 24 heures, .
Trois mois après son arrivée à la tête de la Banque mondiale en 2005, Paul Wolfowitz obtenait un poste au département d'État pour son amie Shaha Riza. Ex-responsable de la communication de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient, elle restait néanmoins encore payée par la Banque mondiale.