La Périchole (prononcer « Péricole ») est un opéra bouffe de Jacques Offenbach, sur un livret de Ludovic Halévy et Henri Meilhac créé le au théâtre des Variétés dans une version en deux actes, puis dans une version remaniée en et le , toujours aux Variétés.

L'opéra est inspiré d'une comédie de Prosper Mérimée : Le Carrosse du Saint-Sacrement. À Lima au siècle, deux chanteurs ambulants indigents réussissent après plusieurs quiproquos à se moquer du vice-roi du Pérou, impénitent phallocrate.

Genèse

Contexte En , Jacques Offenbach travaille, avec Henri Meilhac et Ludovic Halévy, sur Le Château à Toto créé le Jacques Offenbach, Correspondance avec Meilhac et Halévy, Séguier, p. 128., et sur Vert-VertLudovic Halévy ne sera pas crédité comme librettiste pour Vert-Vert. et Les Brigands qui ne seront créés respectivement que le et Jacques Offenbach, Correspondance avec Meilhac et Halévy, Séguier, p. 126.. Il semble ne s’être mis à composer La Périchole que durant l’été 1868Jacques Offenbach, Correspondance avec Meilhac et Halévy, Séguier, p. 140..

Écriture

Les librettistes utilisent quelques éléments de la saynète de Prosper Mérimée, extraite du Théâtre de Clara Gazul et intitulée Le Carrosse du Saint-SacrementRevue et gazette musicale de Paris, 11 octobre 1868 présentée à la Comédie Française en 1850. Le Carrosse du Saint-Sacrement a déjà fait l’objet d'une adaptation sous le nom La Périchole au théâtre du Palais-Royal en 1835, avec Virginie Déjazet dans le rôle principalLe Ménestrel, dimanche 11 octobre 1868..

La Périchole s’inspire de la vie de l’actrice et courtisane péruvienne Camila Périchole, qui s’est elle-même inspirée de la figure historique de Micaëla Villegas, connue sous le nom de « la perra chola » (littéralement la « chienne métisse »), actrice et maîtresse de Manuel de Amat y Juniet, vice-roi du Pérou entre 1761 et 1776. C'est le vice-roi Amat, lui-même, qui la surnomme Pericholi, mais il existe plusieurs explications quant à la signification de ce sobriquet. Certaines racontent qu'Amat l'appelait dans l'intimité, ce qui en catalan signifie . D'autres rapportent que le terme était utilisé à cette époque comme diminutif, donc ou signifierait tendrement . L'explication la plus en vogue était colportée par les ennemis du vice-roi : elle dit que lors d'une querelle entre les amants, Amat, en colère, l'aurait appelée «perra chola» (chienne indigène, cholo ayant, le plus souvent une connotation péjorative), ce qui, avec son accent catalan, aurait donné « perri choli ». L'anecdote circule au palais et dans la haute société de Lima – qui n'apprécie pas l'actrice – et, pour l'humilier, l'appelle « La Perricholi ».

Dès le , la Revue et gazette musicale de Paris annonce la création d’une nouvelle œuvre de Henri Meilhac, Ludovic Halévy et Jacques Offenbach en octobre au théâtre des VariétésRevue et gazette musicale de Paris, 5 juillet 1868. Début août, Jacques Offenbach remet la musique de cette nouvelle pièce en deux actes intitulée La Périchole.

Répétitions

L'œuvre est lue par la troupe la semaine du , avec Hortense Schneider et José Dupuis dans les rôles principauxRevue et gazette musicale de Paris, 9 août 1868.. Fin août, l’œuvre entre en répétitionRevue et gazette musicale de Paris, 23 août 1868..

Fin , les éditions Brandus et Dufour acquièrent la partition de La PéricholeRevue et gazette musicale de Paris, 30 août 1868. qui avait d’abord été proposée aux éditions HeuJacques Offenbach, correspondance avec Meilhac et Halévy, Séguier, p. 133..

La création est d’abord annoncée pour le Le Figaro, vendredi 25 septembre 1868., puis autour du Revue et gazette musicale de Paris, 27 septembre 1868., puis le Revue et gazette musicale de Paris, 4 octobre 1868.. Elle est créée le .

Création

Accueil

La musique est très bien accueillie et cinq numéros musicaux sont bissés le premier soir : les couplets du vice-roi, la complainte L’Espagnol et la Jeune indienne, l’air de la griserie à l’acte I, le chœur de femme « Eh bonjour monsieur le mari », le trio « Les femmes, il n’y a qu’ça » à l’acte II. La Revue et gazette musicale de Paris précise que la partition est l’« une des meilleures bien certainement d’Offenbach ». La lettre est particulièrement remarquée, la Revue et gazette musicale de Paris et Le FigaroLe Figaro, mercredi 14 octobre 1868. publient la partition dans leurs colonnes quelques jours après la première.

Mais les critiques sont plutôt prudents sur la postérité de l’œuvre. Le Constitutionnel fait l’écho de vagues provoquées par La Périchole. La Gazette des Étrangers pressent que l’« on critiquera (…) et [qu’]on louera et [que] tout sera pour le mieux dans l’intérêt (…) des auteurs ». Le Pays parle de « sévérités [du] public » et observe que « pièce et musique sont incontestablement plus délicates que les précédentes »Revue et gazette musicale de Paris, 18 octobre 1868.. Le Ménestrel évoque « des chuts, voire des sifflets, vers la fin de La Périchole » en raison « de quelques effets de mauvais goût qui ont choqué ».

Jean-Claude Yon, dans sa biographie d’Offenbach analyse : « Les critiques semblent ne pas avoir vu combien (…) La Périchole est différente des œuvres qui l’ont précédée. Elle atteint une noirceur qui paraît à priori incompatible avec le genre de l’opéra-bouffe. (…) Dans ce monde corrompu, le musicien a donné une fois de plus le beau rôle aux femmes : (…) la Périchole est le seul personnage à agir avec dignité. [Sa] lettre (…) est une merveille de tact et de simplicité et sa “griserie-ariette” suggère l’ivresse sans vulgarité »..

Pour Louis Oster et Jean Vermeil , Offenbach et ses librettistes raillent Napoléon III et la cour de L'Impératrice Eugènie, l'air "Il grandira car il est espagnol, gnol, gno..." moquant l'accession rapide des hispaniques à la courLouis Oster et Jean Vermeil, Guide raisonné de l'Opéra-comique et de l'opérette, Fayard, 2008. L'Opéra étant une charge politique sur les aventures de Napoléon III avec les femmes, dont Hortense Schneider, autant que celle de l'Empire au Mexique et dans différentes aventures coloniales.

Remaniements

Dès la deuxième représentation, l’œuvre subit des remaniements. Certaines scènes sont raccourcies, certains numéros musicaux sont remplacés ou supprimés, d’autres sont déplacés.

Créateurs

RôleCréateur(Théâtre des Variétés, )La Périchole, opéra-bouffe en 2 actes, partition chant et piano arrangée par Léon Roques, Édition G. Brandus et S. Dufour, Paris.Créateur(Théâtre des Variétés, )La Périchole, opéra-bouffe en 3 actes in Théâtre de Meilhac et Halévy, Calmann-Lévy, 1900.Piquillo, chanteur des ruesJosé DupuisJosé DupuisDon Andrès de Ribeira, vice-roi du PérouPierre-Eugène GrenierPierre-Eugène GrenierLe comte Don Miguel de Panatellas, premier gentilhomme de la ChambreChristianBaronDon Pedro de Hinoyosa, gouverneur de la ville de LimaLecomteLéonceLe marquis de Tarapote, chambellan du vice-roiCharles BlondeletCharles BlondeletUn vieux prisonnierDaniel Bac (, ténor)BordierBordier (, ténor)HortonMontiUn geôlierCoste (, basse)Videix (, basse)HalsercLa Périchole, chanteuse des ruesHortense Schneider Hortense SchneiderGuadalena (, soprano)LegrandJ. GrandvilleBerginella (, soprano)CarlinLina BellMastrilla (, mezzo-soprano)C. RenaultSchweskaManuelita (, soprano)Julia H.MartinNinetta (, soprano)BénardValpréBrambilla (, mezzo-soprano)Gravier Estelle LavigneFrasquinella (, mezzo-soprano)A. LatourJulia H.

Succès

À Paris alt=Illustration servant de page de présentation de la partition de La Périchole, de 1869. Caricature présentant les personnages de l'opéra bouffe.|vignette|Illustration et caricature de La Périchole par Louis Morel-Retz, pour la page de garde de la partition, 1869 La troisième représentation atteint 4 300 francs de recettes qui se maintiennent au-dessus de 4 700 francs de la quatrième à la huitième.. Mi-octobre, les rôles sont appris en doubleLe Figaro, mercredi 21 octobre 1868. Le succès se maintenant, le directeur des Variétés décide fin novembre de ne pas donner de revue comme c’est l’habitude pour les fins d’annéesRevue et gazette musicale de Paris, 29 novembre 1868..

Les airs détachés paraissent à la fin du mois d’Revue et gazette musicale de Paris, 25 octobre 1868 et le piano-chant le mercredi Revue et gazette musicale de Paris, 1er novembre 1868.. La partition pour piano seul paraît à la fin du mois de .

Si l’œuvre est diversement appréciée par la critique, sa musique est très largement reprise et diffusée : « Dès le lendemain de la première représentation, que de refrains étaient populaires! » s’exclame Henri Lavoix plusieurs années plus tardRevue et gazette musicale de Paris, 3 mai 1874.. Début , le théâtre de l’Eldorado propose une parodie de l’œuvre, intitulée La Péri-colle. Le mardi , lors de l’inauguration des bals du Cirque de l’impératrice exécute des quadrilles composés sur la musique de La PéricholeRevue et gazette musicale de Paris, 22 novembre 1868.. Les revues de fin d’année s’inspirent largement de l’œuvre, comme au café-concert de l’Alcazar qui la baptise La ChilpericholleRevue et gazette musicale de Paris, 10 janvier 1869..

Le , le prince et la princesse de Galles assistent à une représentation au théâtre des Variétés.

La dernière est présentée à Paris le lundi Le Figaro, 28 décembre 1868Dans sa biographie Offenbach, en page 374, Jean-Claude Yon parle d’une « dernière et soixante-treizième représentation (…) le 10 janvier 1869 » alors que dans le programme du Figaro, la dernière apparaît le 28 décembre., le lendemain, le théâtre des Variétés reprend La Grande-Duchesse de Gérolstein pour quelques représentationsLe Figaro, 29 décembre 1868.. « Le mauvais départ du premier soir sera largement rattrapé mais jamais opéra-bouffe d’Offenbach, Meilhac et Halévy n’aura connu une carrière aussi courte aux Variétés » note l’historien Jean-Claude Yon.

En province et à l’étranger

La Périchole est rapidement mise à l’étude à Bruxelles, Marseille, Bordeaux, Nice (première le jeudi Revue et gazette musicale de Paris, 3 janvier 1869.), Avignon, Châlons, Dunkerque, Valenciennes, Cambrai, Genève, New-York (première en français le Revue et gazette musicale de Paris, 7 février 1869.) et Rio-de-JaneiroRevue et gazette musicale de Paris, 6 décembre 1868..

Elle est créée en 1869 à Saint-Pétersbourg dans une orchestration locale malgré les interdictions des auteurs et de l’éditeurLe Figaro, mardi 4 janvier 1870.. Hortense Schneider présentera l’œuvre elle-même en dans cette villeLe Figaro, lundi 22 janvier 1872. avec un succès phénoménal : « Dans La Périchole, mademoiselle Schneider a dû répéter tous ses morceaux (…). Ajoutez à ce triomphe douze rappels dans le courant de la pièce ou à la chute du rideau. » Elle ira présenter l’œuvre à Londres en Le Figaro, samedi 6 juillet 1872..

La Périchole est représentée à ToulonLe Figaro, dimanche 7 février 1869., à Avignon.

Seconde version

Création

Une seconde version « dont le troisième acte serait complètement refait » est annoncée en Le Figaro, mardi 2, mercredi 3 avril 1872.. La lecture, par les librettistes, de ce nouveau troisième acte en deux tableaux a lieu le mercredi Le Figaro, vendredi 3 avril 1874.. Jacques Offenbach dont la santé est très chancelante assiste à la répétition du jeudi Le Figaro, samedi 25 avril 1874..

D’abord prévue pour le , la seconde version est créée le au théâtre des Variétés, en raison d’« une indisposition du maestro Offenbach »Le Figaro, dimanche 26 avril 1874..