La Caisse d'escompte est un organisme financier français, apparu une première fois en 1767 sous Louis XV, dissout deux ans plus tard, réinstitué par Louis XVI en 1776 pour être définitivement dissout le sur ordre de la Convention nationale. Elle est considérée comme l'ancêtre de la Banque de France. Elle n'eut jamais ce statut ni le pouvoir d'émettre de la monnaie papier ayant cours légal.

Histoire

Une première caisse

vignette| Jeton de présence de la première Caisse d'escompte, gravé par Duvivier (1768). Initiée en tant que pendant à la caisse générale d'amortissement fondée par l'édit royal de , aux fins de permettre la libération des dettes de l'État, la première Caisse d'escompte est lancée suivant les conseils de François de L'Averdy en en tant que société par actions« Arrêt du conseil d'état portant établissement d'un dépôt volontaire des actions interessées dans la Caisse d'escompte» , janvier 1767 — sur Gallica.P. Harsin, Crédit public et Banque d’État en France aux , Paris, 1933, .. La fondation de cette première Caisse fait suite principalement aux difficultés de trésorerie et de fonds de roulement de la Compagnie française des Indes orientales lourdement frappée après la fin de la Guerre de Sept Ans.

La Caisse est établie pour une durée de 10 ans. Elle compte 15 administrateurs nommés « les directeurs » et qui se réunissent en conseil : les gardes du Trésor royal que sont Micault d'Harvelay et Savalette de Magnanville ; les trésoriers généraux de l'extraordinaire des guerres Thomas de Pange et Boullongne ; les receveurs généraux des finances Meulan père, Boutin fils, Richard, Beaujon et Pâris de Trefond ; les fermiers généraux Roslin, DouetJean-Claude Douet, qui sera exécuté avec son épouse lors des procès des fermiers généraux sous la Terreur., Edme Gauthier d'Hauteserve et Magon de La Balue ; et enfin le secrétaire du roi, Devin, et le banquier du roi, Jean-Joseph de Laborde« Arrest du Conseil d'état du Roi, portant établissement d'une Caisse d'escompte », règlement et liste — sur Gallica..

Les deux caissiers dont Dollé et Bertrand Dufresne. L'un de ses gros actionnaires privés est le banquier Magon, qui va récupérer ensuite l'immeuble du siège social de la Caisse, l'hôtel de Ségur« La Conspiration Magon : récits de temps révolutionnaires. I. Les dessous d'une accusation - II. Le massacre des innocents » par Ernest Daudet, dans : Revue des deux Mondes, 1911/03, - lire sur Wikisource..

Le capital est divisé en actions de . La répartition du premier dixième est décidé par tirage au sort sous forme d'une loterie organisée aux Tuileries. L'intérêt annuel est de 4 %. Les actions sont numérotées et signées par Jean-Joseph du Pin et Boniface Barthelemy. Le roi s'octroyait au départ actions, ce qui en fait l'actionnaire principal.

La liquidation de cette première caisse devient inévitable dès 1769, et ses comptes sont apurés le .

La famine au Bengale de 1770 affaiblit à son tour la Compagnie britannique des Indes orientales, le tout déclenche une grave crise financière en 1772, et provoque une série de faillites en cascade partout en Europe. C'est dans ce climat que va s'imposer la création d'une nouvelle caisse.

Refondation de la Caisse d'escompte (1776) vignette|redresse| Portrait de Turgot, administrateur des finances sous Louis XVI. vignette|redresse| Allégorie et devise de la Caisse d'escompte, dessin d'Augustin Dupré (musée Carnavalet)Notice œuvre, sur Paris-Musées Collections.. vignette|redresse| Jeton de la Caisse gravé par Pierre-Joseph Lorthior (cuivre, avers et revers, 1776). Créée suite à la requête de Jean-Baptiste-Gabriel Besnard, par les arrêts du Conseil du Arrest du Conseil d'état du Roi, portant établissement d'une caisse d'escompte. Du 24 mars 1776., sur Gallica. et du Arrest du Conseil d'état du Roi, qui, en dérogeant à celui du 24 mars 1776, dispense..., sur Gallica., lesquels nomment Pierre de Mory (1716-1791) caissier général Annonces, affiches et avis divers , Paris, 19 janvier 1778, — sur Gallica., qui exercera la même fonction auprès la Compagnie des Indes« Hôtel de la Compagnie des Indes sis rue Neuve des Petits-Champs, paroisse Saint-Eustache. § Vente de maison à Pierre de MORY », sur France Archives..

L'établissement appelé d'abord sous la dénomination « Caisse d'Escompte, Besnard et Compagnie » reçoit l'appui de l'administrateur des finances Turgot, et du banquier anglo-suisse Isaac Panchaud, théoricien de l’amortissement, admirateur de la révolution financière britannique, par ailleurs conseillé par le négociant écossais Thomas Sutton de Clonard : cette caisse s'inspire en grande partie de la Banque d'Angleterre et la Banque d'Écosse. Le dit Besnard est bien entendu un prête-nom, un proche de Panchaud, de même que ce dernier implique les frères Pache, très investis dans le commerce maritime vers les Indes Herbert Lüthy, La banque protestante en France : de la Révocation de l'Édit de Nantes à la Révolution, tome 3, Paris, EHESS, 1999, — sur Gallica..

Les premiers administrateurs au nombre de sept sont : Panchaud, Sellonf, Pache de Montguyon, de Mory — également caissier —, de Lessert, de Saint-Janvier et MarkGazette numismatique française, 1909, — sur Gallica..

La nouvelle Caisse d'escompte a pour mission d'escompter les lettres de change et autres effets de commerce afin de faire baisser le taux d'intérêt du crédit commercial et de fluidifier les échanges ; idéalement, elle devait servir de cautionnement. Elle réussit à stabiliser le taux d'intérêt (plafonnés à 4 %) des emprunts publics, qu'elle s'est mise progressivement à racheter sur le marché, au prix d'un endettement conséquent — au passif, sont en effet enregistrées les avances du Trésor royal.

Le capital de départ annoncé est de 15 millions de livres divisé en de , ce qui place le montant de la souscription à un seuil relativement élevé. Les actionnaires sont réunis en commandite. Le remboursement des mises de fond est étalé sur 15 années. Secondé par le caissier et deux administrateurs, Panchaud assure la direction les premières années et rencontre de vives difficultés pour réunir le capital qui est abaissé à 12 millions en Arrêt du conseil d'Etat du roi, concernant l'administration de la caisse d'escompte., Paris, 7 mars 1779 — sur Gallica.. Le dividende versé se monte à 1 %, ce qui n'est pas jugé suffisant par le marché. L'ensemble des banques de la place de Paris va alors aider la Caisse en souscrivant le solde du capital resté en suspens.

Les premiers billets sont émis en . La Caisse reçoit alors le soutien de Jacques Necker, nommé en juin directeur général des finances. En , huit nouveaux administrateurs sont élus : Le Coulteulx du Moley, Tourton, Théodore Rilliet, Pierre Cottin, Jean Girardot de Marigny, Jean-Baptiste Vandenyver, Pache de Montguyon et Jean-Louis Julien (1748-1792)Ducloz-Dufresnoy, 1789, — sur Gallica.. Durant les six derniers mois de l'année 1778, plus de 33 millions en lettres de change avec intérêt annuel de 4 % sont échangéesJean-Baptiste Grosier, Journal de littérature, des sciences et des arts, , [avril] 1779, — sur Gallica.. Beaucoup sont des relations de Necker : ainsi, Julien est fils d'un banquier, ancien actionnaire de la Compagnie des Indes.

La devise de la Caisse est « sureté dans la confiance ». Elle dispose d'un premier siège social, rue Neuve-des-Petits-Champs, voisin du 6 rue Vivienne, à l'angle de la rue Colbert en des bâtiments autrefois propriété de John Law, et de plusieurs branches, comptoirs ouverts dans certaines grandes villes du royaume.

En 1781, elle obtient le droit de produire ses armoiries et quitte son premier siège pour s'établir dans l'hôtel particulier du banquier Louis Julien, rue Vivienne.

La crise de 1783

Une hausse des bénéfices est constatée jusqu'en 1782, bien que les statuts de la Caisse ne prévoyaient nullement de réserve métallique importante : en cas de ruée aux comptoirs, le risque de banqueroute était donc réel, ce qui faillit arriver au premier trimestre 1783 quand une prise de bénéfice entraîna une chute dramatique du niveau d'encaisse, à savoir livres pour plus de 42 millions de livres sous la forme de titres (billets) en circulation. Le plus gros débiteur était le Trésor qui devait 6 millions.. La crise de 1783 est en grande partie due à la révolution américaine qui se concluait par le traité de Paris ; d'où la peur des créanciers de ne pouvoir récupérer leurs avoirs auprès d'un jeune gouvernement dont la solvabilité était encore douteuse. Le , la suspension des paiements fut prononcée. Le , le Gouvernement lança un emprunt sous forme de loterie, d'un montant de 23 millions qui fut un succès : le , la Caisse reprit les versements. Dans l'intervalle, les actions de la Caisse d’escompte, cotées en Bourse, chutèrent : en , il passa de à livres, laissant supposer que la banqueroute était imminente. Le problème était seulement le manque d’espèces (le « numéraire »), qui empêchait la banque d’échanger ses propres effets de commerce contre des espèces par le biais de l'escompte. Le capital fut porté à 15 millions, ce qui rassura le marché. À la suite de cette crise, Panchaud et le jeune Talleyrand proposèrent un nouveau plan de financement aux actionnaires et le cours remonta..

De 1781 à 1783, et en 1791, l'administrateur principal en fut le banquier Étienne Delessert. L'un des grands promoteur du rôle de la Caisse à un niveau national reste Jacques Necker, qui dès 1783, tente de persuader Louis XVI d'en transformer les statuts sur le modèle de la Banque d'Angleterre.

Le , l'assemblée générale porte le bureau directorial à 13 administrateurs et impose à la Caisse un minimum de 25 % de réserves d'espèces dans ces coffres.

Évolution du cours et crise de 1788 vignette| Billet au porteur à échanger contre livres, émis le 6 avril 1786. vignette| Action au porteur de 300 livres émise par la Caisse d'escompte le 8 mai 1790 avec mention de « promesse d'assignat ».

Lorsqu'en 1787 Calonne devint contrôleur général aux Finances, il voulut élargir le capital de la Caisse à de plus nombreux souscripteurs, afin de produire plus de liquidités pour le Trésor. Ce furent 100 millions annoncés. répartis ainsi : 30 % dans les coffres de la Caisse et 70 % au Trésor. En juin, le titre cotait livres, soit plus de 4 fois le pair.. Durant l'été, se produisit une ruée vers les comptoirs, on échangea pour 33 millions de titres : mauvaises récoltes annoncées, rumeurs diverses autour de Calonne, firent que les coffres de la Caisse se vidèrent.