Le héron garde-bœufs (Ardea ibis) ou encore pique-bœufs, est une espèce d'oiseaux échassiers, de la famille des Ardéidés, qui compte les hérons, les aigrettes, les butors et apparentés.
On le trouve dans les régions tropicales, subtropicales et tempérées chaudes. Originaire d'Afrique et d'Europe, il a connu une expansion rapide de son aire de répartition et s'est répandu avec succès à travers le continent américain.
C'est un oiseau trapu blanc, orné de plumes de couleur chamois pendant la saison de reproduction, qui niche en colonies, habituellement à proximité des plans d'eau et souvent avec d'autres échassiers. Le nid est une plate-forme de branches placée dans les arbres ou les arbustes. Contrairement à la plupart des autres hérons, il se nourrit dans les habitats herbeux relativement secs, accompagnant souvent le bétail ou d'autres grands mammifères, se nourrissant d'insectes et des petits vertébrés perturbés par ces animaux. Certaines populations sont migratrices et d'autres se dispersent aussitôt après la période de reproduction.
Le héron garde-bœufs a peu de prédateurs, mais des oiseaux ou des mammifères peuvent piller son nid, les poussins peuvent mourir de faim, de carence en calcium ou de perturbation par d'autres grands oiseaux. Cette espèce supprime les tiques et les mouches provenant de bovins, mais elle peut être un danger pour la sécurité des aérodromes et a été impliquée dans la propagation de maladies animales transmises par les tiques.
Description vignette|Camargue (France). vignette|Camargue (France). vignette|gauche|Un héron garde-bœufs en plumage nuptial dans le Tarn.
Le héron garde-bœufs est un oiseau trapu de 88 à d'envergure, de 46 à de longueur et pesant entre 270 et . Il a un cou relativement court et épais, un bec robuste et une posture voûtée car il rentre son cou dans les épaules. L'adulte, hors période de reproduction, a un plumage principalement blanc, le bec jaune et les pattes d'un gris-jaunâtre. Au cours de la saison de reproduction, les adultes de la sous-espèce nominale développent un plumage orange chamois sur le dos, la poitrine et la couronne, alors que le bec, les pattes et les iris deviennent rouge vif pour une brève période avant l'accouplement. Les deux sexes sont semblables mais le mâle est légèrement plus grand et a un plumage nuptial un peu plus étendu que la femelle. Les juvéniles n'ont pas de plumes colorées et ont un bec noir. Il a une espérance de vie d'une quinzaine d'années..
vignette|Tête du héron garde-bœuf.
L'adulte en plumage internuptial et le juvénile se distinguent aisément de l'aigrette garzette par le bec jaune (toutefois certains juvéniles peuvent présenter un bec foncé), l'absence de contraste existant chez cette espèce entre les doigts jaune pâle et les pattes noirâtres, et l'allure nettement plus massiveBeaman M. & Madge S. (1999) Guide encyclopédique des oiseaux du Paléarctique occidental. Nathan, Paris, 872 p..
A. i. coromandus (parfois élevé au rang d'espèce sous le nom de gardebœuf d'Asie) diffère de la sous-espèce nominale par le plumage nuptial, lorsque la couleur chamois s'étend de la tête sur les joues et la gorge et que les plumes sont plus de couleur dorée. Le bec et le tarse de cette sous-espèce sont en moyenne plus longs que chez A. i. ibis. A. i. seychellarum est plus petit et a les ailes plus courtes que les autres sous-espèces. Il a les joues et la gorge blanches, comme A. i. ibis, mais les plumes nuptiales sont dorées, comme chez A. i. coromandus.
Le positionnement des yeux lui permet d'avoir une vision binoculaire pendant qu'il mange et des études physiologiques suggèrent que cette espèce peut être en mesure d'avoir une activité crépusculaire ou nocturne. Adaptée à la recherche de nourriture sur le sol, elle a perdu la capacité possédée par ses parents des zones humides de corriger avec précision la réfraction de la lumière sur l'eau.
Cette espèce lance un calme, rauque « rick-rack » en période de reproduction, mais sinon est le plus souvent silencieuse.
Répartition et habitat vignette|gauche|Vol de hérons dans son habitat typique de prairie au Kolkata. vignette|droite|Son expansion en Amérique.
Le héron garde-bœufs a connu l'une des plus rapides et importantes extensions naturelles de toutes les espèces d'oiseauxTelfair II, Raymond C. (2006). "Cattle Egret (Bubulcus ibis), The Birds of North America Online (A. Poole, Ed.). Ithaca: Cornell Lab of Ornithology; Retrieved from The Birds of North America Online doi:10.2173/bna.113. Originaire des régions du sud de l'Espagne et du Portugal, d'Afrique tropicale et subtropicale et d'Asie tropicale humide et subtropicale, il était connu dans l'Égypte antique dès l'ancien empire, où il est représenté sous forme de hiéroglyphe. À la fin du , il a commencé à élargir son territoire vers le sud de l'Afrique, la première reproduction connue dans la province du Cap ayant eu lieu en 1908Martínez-Vilalta, A. & A. Motis (1992) "Family Ardeidae (Herons)" in del Hoyo, J.; Elliot, A. & Sargatal, J. (editors). (1992). Handbook of the Birds of the World. Volume 1: Ostrich to Ducks. Lynx Edicions. , 401–402. Le héron garde-bœufs a été aperçu pour la première fois en Amérique à la frontière de la Guyane et du Suriname en 1877, après avoir apparemment survolé l'océan Atlantique. Ce n'est que dans les années 1930 qu'on considèrera que l'espèce s'est implantée dans la région.
L'espèce est arrivée en Amérique du Nord en 1941 (des observations plus anciennes ont été initialement rejetées comme trop évasives), s'est reproduite en Floride en 1953 et s'est rapidement propagée, se reproduisant pour la première fois au Canada en 1962. On le rencontre maintenant communément à l'extrême ouest de la Californie. Il a d'abord été enregistré comme se reproduisant à Cuba en 1957, au Costa Rica en 1958, et au Mexique en 1963, même s'il s'était probablement installé là avant cette date. En Europe, l'espèce a historiquement commencé de décliner en Espagne et au Portugal, mais à la fin du , elle s'est étendue à travers la péninsule ibérique, puis a commencé à coloniser d'autres parties de l'Europe : le sud de la France en 1958, le nord de la France en 1981 et l'Italie en 1985. Sa reproduction au Royaume-Uni a été enregistrée pour la première fois en 2008, un an seulement après avoir été vue sur place l'année précédente. Un vol de héron garde-bœufs a été signalé en Irlande pour la première fois en 2008. En , un héron garde-bœufs a été observé en Norvège dans le Comté de Sør-Trøndelag Article de NRK du 11.09.2014 Dagros fikk eksotisk besøk (consulté le 11.11.2015).. Puis en , une quarantaine d'oiseaux ont été observés un peu plus au nord, à Inderøy, dans le Nord-Trøndelag Article de NRK du 10.11.2015 Ku-riøs og sjelden fugl i Trøndelag (consulté le 11.11.2015).. En , il est déclaré, pour la première fois, nicheur dans le Tessin en Suisse.
En Australie, la colonisation a commencé dans les années 1940, avec des individus venant s'établir dans le nord et l'est du pays. Il a commencé à visiter régulièrement la Nouvelle-Zélande dans les années 1960. Depuis 1948, il est devenu résident permanent en Israël. Avant 1948, il était seulement visiteur hivernalArnold, Paula: Birds of Israel, (1962), Shalit Publishers Ltd., Haifa, Israel. .
L'expansion massive et rapide du territoire du héron garde-bœufs est à mettre en relation avec les humains et leurs animaux domestiques. À l'origine, adapté à une relation commensale avec des animaux migrateurs de grande taille, il a pu facilement passer par le bétail et les chevaux domestiques. Comme l'élevage du gros bétail s'est propagé dans le monde entier, il a été capable d'occuper des niches laissées vides. De nombreuses populations de hérons garde-bœufs sont migratrices et se dispersent facilement, ce qui a contribué à l'expansion de l'aire de l'espèce. L'espèce est considérée comme vagabonde dans diverses îles sub-antarctiques, comme la Géorgie du Sud-et-les Îles Sandwich du Sud, l'île Marion et les îles Orcades du Sud. Un petit troupeau de huit oiseaux a également été vu aux îles Fidji en 2008.
En plus d'une expansion naturelle de leur territoire, les hérons garde-bœufs ont été introduits volontairement dans certaines régions. L'espèce a été introduite à Hawaï en 1959, et dans l'archipel des Chagos en 1955. Des tentatives réussies ont également été faites aux Seychelles et sur Rodrigues mais les tentatives d'introduction de l'espèce sur l'île Maurice a échoué. De nombreux oiseaux ont également été libérés par le zoo de Whipsnade en Angleterre, mais les espèces ne se sont jamais installées sur place.
Le héron garde-bœufs ne se nourrit que rarement en eau peu profonde, contrairement à la plupart des hérons ; il est généralement trouvé dans les champs et les zones herbeuses, reflétant sa plus grande dépendance alimentaire vis-à-vis des insectes terrestres que des proies aquatiques.
Migration et dispersion Certaines populations de hérons garde-bœufs sont migratrices, tandis que d'autres sont dispersives et la distinction entre les deux peut être difficile pour cette espèce. Les populations de nombreuses régions, peuvent contenir des individus sédentaires et migrateurs. Dans l'hémisphère nord, la migration se fait des régions les plus froides vers les zones les plus chaudes, alors que les hérons garde-bœufs qui nichent en Australie en zone chaude migrent vers la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande plus froides en hiver et reviennent au printemps. La migration en Afrique de l'Ouest est adaptée à la pluie et certains oiseaux migrateurs d'Amérique du Sud se rendent au sud de leur aire de reproduction en dehors de la saison de reproduction. Les populations du sud de l'Inde semblent effectuer les migrations locales en fonction de la mousson. Elles se déplacent au nord de Kerala après septembre. Pendant l'hiver, de nombreux oiseaux ont été vus volant la nuit avec des troupeaux de crabiers de Gray (Ardeola grayii) sur la côte sud-est de l'Inde et on a noté également un afflux hivernal de cet oiseau au Sri Lanka.
Les jeunes oiseaux sont connus pour pouvoir s'éloigner de de leur zone de reproduction. Les groupes peuvent voler sur de grandes distances et on en a vu sur les mers et les océans, y compris au milieu de l'océan Atlantique.
Statut . D'autre part son expansion et son installation sur des territoires plus vastes ont conduit à la classer comme une espèce envahissante (bien que peu, voire aucun impact n'ait été encore noté.).
Comportement Reproduction vignette|redresse|Œuf récolté par René de Naurois – Muséum de Toulouse. upright|gauche|vignette|Adulte nourrissant ses oisillons. vignette|gauche|upright|Un adulte au plumage hivernal mangeant une grenouille en Gambie. vignette|Juvénile à Maui (noter le bec noir).
Le héron garde-bœufs niche en colonies, qui sont souvent, mais pas toujours, trouvées autour de plans d'eau. Les colonies sont habituellement trouvées dans les forêts près des lacs ou des rivières, dans les marais, ou sur les petites îles côtières ou terrestres qui sont parfois partagées avec d'autres espèces d'oiseaux des zones humides, comme les hérons, les aigrettes, les ibis et les cormorans. La saison de reproduction varie en Asie du Sud. Dans le nord de l'Inde, la période de reproduction commence avec le début de la mousson, en mai. La saison de reproduction en Australie va de novembre à début janvier, avec une seule couvée par saison. En Amérique du Nord, la saison de reproduction dure d'avril à octobre. Aux Seychelles, la saison de reproduction de la sous-espèce B. i. seychellarum va aussi d'avril à octobre.