Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata sont des répressions sanglantes qui suivent les manifestations nationalistes, indépendantistes et anticolonialistes survenues le dans le département de Constantine pendant la colonisation française de l'Algérie. Ces évènements se déroulent pendant le mandat du président du gouvernement provisoire de la République française Charles de Gaulle. Ils durent sept semaines et prennent fin le ..

Pour fêter la fin des hostilités de la Seconde Guerre mondiale et la victoire des Alliés sur les forces de l'Axe en Europe, un défilé est organisé. Les partis nationalistes algériens, profitant de l'audience particulière donnée à cette journée, appellent à des manifestations pour rappeler leurs revendications. Celle de Sétif est conduite par les nationalistes du Parti du peuple algérien (PPA), qui demandent l’autonomie depuis 1943, et exigent la libération de leur leader, Messali Hadj. Les manifestations sont autorisées par les autorités à la condition que seuls des drapeaux français soient agités. À Sétif, après des heurts, un policier tire sur Bouzid Saâl, un scout musulman âgé de , tenant un drapeau de l'Algérie, et le tue, ce qui déclenche plusieurs émeutes et actions meurtrières des manifestants, avant que l'armée n'intervienne..

Il y a cent deux morts parmi les Européens.. Le nombre des victimes algériennes, difficile à établir, est encore sujet à débat quatre-vingt ans plus tard. Les autorités françaises de l'époque fixent le nombre de tués à (rapport du général Duval). Le gouvernement algérien reprend, par la suite, le nombre de avancé par le Parti du peuple algérien. En , devant l'Assemblée, le parti communiste algérien demande au ministre de l'Intérieur d'annoncer Par Pierre Fayet représentant des syndicats et dirigeant du parti communiste algérien, Journal officiel de la République française. Débats de l'Assemblée consultative provisoire du 11 juillet 1945.. Les estimations récentes des historiens vont de .

Commémorée chaque année en Algérie, Charles-Robert Ageron, « Les Troubles du Nord Constantinois en mai 1945 : une tentative insurrectionnelle ? », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, , octobre 1984, . et même de Claire Arsenaul, « Le 8 mai 1945, à Sétif, premier acte de la guerre d’Algérie », rfi.fr, 7 mai 2015.. L'ambassadeur de France en Algérie, dans un discours officiel à l'université de Sétif en , a décrit cet événement comme une ..

Prélude Le contexte La mise en œuvre des principes de la révolution nationale et des lois du régime de Vichy en Algérie, en particulier par Weygand, avait concouru à y maintenir l'ordre colonialSylvie Thénault, « Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy », Annales. Histoire, Sciences Sociales, , , 2002, .. Mais, avec le débarquement américain en novembre 1942, les conditions politiques changent. L'entrée en guerre de l'Afrique du Nord aux côtés des Alliés qui se prépare se traduit par une importante mobilisation : d'Afrique du Nord sont mobilisés, soit vingt classes. La population d'Européens en Afrique du Nord étant à cette époque de Meyer, Algérie, mémoire déracinée, 192-193., l'effectif sous les drapeaux en représentait 15,6 %, soit une personne sur six ou sept. Il faut donc souligner la faiblesse des effectifs laissés sur placeDenise Bouche, Histoire de la colonisation, , ..

Pour la première fois est appliquée la conscription aux musulmans qui jusqu'alors en étaient dispensés, ce qui en conduit environ, sur quelque sept millions, sous les drapeaux. Ferhat Abbas, dirigeant des Amis du manifeste et de la liberté, demande que les musulmans qui s'apprêtent à entrer en guerre soient assurés de ne pas rester Message remis au gouvernement général et aux autorités alliées, texte dans : Kaddache Mahfoud, Histoire de l'Algérie contemporaine, , PUF 1980, ..

Le , le Comité français de libération nationale adopte une ordonnance attribuant d'office la citoyenneté française, sans modification de leur statut civil religieux (qui était considérée comme une apostasie de l'islam par l'association des oulémas lors de la décennie précédente.), à tous les indigènes disposant de décorations militaires et de divers diplômes tels que le certificat d'études En 1945, environ en bénéficient, ce qui suscite diverses oppositions dans certains milieux européens en Algérie. Les dirigeants nationalistes algériens espèrent alors beaucoup de la première réunion de l'Organisation des Nations unies à San Francisco le .

Messali Hadj, chef du principal mouvement nationaliste algérien, le Parti du peuple algérien, interdit, reste quant à lui emprisonné et c'est le et le que plusieurs manifestants ont appelé à sa libération..

Mouvement nationaliste algérien

vignette|Messali Hadj.|220x220px Le , Messali Hadj fonde le parti nationaliste Parti du peuple algérien (PPA), qui réclame l'indépendance. À Guelma, dès le mois d', Messali Hadj rassemble lors d'une réunion publique. En 1939, Guelma comptait une section PPA, composée essentiellement de très jeunes hommes qui diffusaient le journal messaliste El Ouma..

Le est adoptée la charte de l'Atlantique, une déclaration solennelle de Franklin Delano Roosevelt qui appelle à respecter , qui est largement commentée dans les milieux nationalistes.

Dès l'été 1943, les services de renseignement alliés et français constataient que l'Algérie était au bord de l'explosion. Un rapport du Psychological Warfare Branch (PWB), portant sur la période - et que relate l'historien Alfred Salinas dans son ouvrage Les Américains en Algérie 1942-1945 (L'Harmattan, 2013, ), fait état des observations recueillies dans le Constantinois par un informateur français qui écrit notamment : .

À cette période, Ferhat Abbas réunit toutes les forces politiques algériennes (élus, membres du PPA et oulémas) autour d’un projet politique commun : le manifeste du peuple algérien. Le , se réunissent à Alger, chez l’avocat et homme politique Ahmed Boumendjel, des personnalités représentant le PPA comme Lamine Debaghine et Asselah Hocine, des membres de l’association des oulémas comme Larbi Tébessi et Ahmed Taoufik El Madani, des représentants des élus musulmans comme le docteur Abdennour Tamzali, Ghersi Ahmed et Cadi Abdelkader et le président de l'Association des Étudiants Musulmans d'Afrique du Nord (AEMAN) Mohammed el Hadi Djemame. Ferhat Abbas fut chargé d'écrire le texte du manifeste, qu’il rédigea à Sétif, dans une pièce au-dessus de sa pharmacie. Messali Hadj, par l'intermédiaire de messagers, approuve le manifeste publié le , il y ajoute un additif pour la « constituante souveraine » en avril-. Les AML (Amis du Manifeste des libertés) sont créés en pour le défendre, et appelleront aux manifestations du ..

Le , à Guelma, ont lieu des réunions privées entre colons à la caisse agricole pour la création d'une milice armée illégale. Des armes sont distribuées aux 176 colons miliciens, ainsi que 23 véhicules et les camions du minotier Marcel Lavie sont mis à leur disposition par le sous-préfet André Achiary. Le , le bureau des AML organise un repas à l'hôtel grand Orient de Mohamed Reggi, où Ferhat Abbas soutient Mohamed Reggi pour représenter les musulmans aux futures élections locales.

Au printemps 1945, l'ambiance est tendue parmi la population européenne où circulent des bruits alarmistes prédisant un soulèvement musulman, d'autant que l'Algérie connaît depuis quelques mois une situation alimentaire catastrophique, résultat de l'absence de presque tous les hommes valides. Messali Hadj, principal dirigeant du Parti du peuple algérien (PPA), est déporté à Brazzaville le . Le PPA organise le , dans tout le pays, des manifestations qui se veulent pacifiques et sans armes, et pour la première fois est brandi un « drapeau algérien ». Les manifestations se passent dans le calme sauf à Alger et Oran où ont lieu des affrontements avec la police ; la répression est brutale et fait plusieurs morts, deux à Alger et un à OranPierre Montagnon, La France coloniale, , Pygmalion-Gérard Watelet, 1990, .. Quelques jours plus tard, c'est l'annonce de la reddition allemande et de la fin de la guerre : des manifestations sont prévues un peu partout pour le .

Selon Benjamin StoraLa Tribune, 21 mai 2005., les Français pensaient déjà depuis 1939 que les nationalistes d'Afrique du Nord étaient pilotés par les fascistes italiens ou les nazis allemands et que le Parti du peuple algérien était proche du Parti populaire français, bien que Messali Hadj ait soutenu avant guerre le Front populaire et la République espagnole. Ce sentiment fut renforcé par le fait que le soulèvement eut lieu le jour de la victoire.

Le 8 mai 1945 à Sétif vignette|Déroulement de la manifestation du 8 mai 1945 à Sétif. À Sétif, une manifestation nationaliste, géographiquement séparée des manifestations officielles, est autorisée à condition qu'elle n'ait pas de caractère politique : ..

Cette manifestation commence à envahir les rues dès , estimée à plus de Ali Habib, « Mai 1945 : répression à Sétif », Le Monde, 15 mai 1995 ; repris dans La Guerre d'Algérie, 1954-1962, recueil d'articles sélectionnés et présentés par Yves Marc Ajchenbaum, Librio/Le Monde , ., chantant l'hymne nationaliste Min Djibalina (De nos montagnes), défilent avec des drapeaux des pays alliés vainqueurs et des pancartes , et . Vers surgissent des pancartes et en tête de la manifestation Aïssa Cheraga, chef d'une patrouille de scouts musulmans, arbore un drapeau vert et rouge. Tout dérape alors : devant le Café de France, avenue Georges ClemenceauRoger Vétillard, Sétif, mai 1945 – Massacres en Algérie, 2008, ., le commissaire Olivieri tente de s’emparer du drapeau, mais il est jeté à terre. Selon un témoignage, des Européens en marge de la manifestation assistant à la scène se précipitent dans la foule.. Les porteurs de banderoles et du drapeau refusent, témoignage de Zighad Tayeb, dans Redouane Aïnad-Tabet - 8 mai 1945 en Algérie, Alger, 1987, . de céder aux injonctions des policiersRoger Vétillard, Sétif, mai 1945 – Massacres en Algérie, , .. Des tirs sont échangés entre policiers et manifestantsMohammed Harbi, Le dictionnaire du , 2005, : ..

vignette|« L'emblème national porté par le chahid Bouzid Saâl lors des manifestations du 8 mai 1945 » (musée du moudjahid de Sétif).

Un jeune homme de 26 ans, Bouzid Saâl, s'empare du drapeau (blanc et vert avec croissant et étoile rougesSur la description précise du drapeau les témoignages divergent, dans un entretien à Liberté Alger Chawki Mostefaï dit avoir dessiné un drapeau vert et blanc avec un croissant à cheval sur le vert et l'étoile sur le blanc. Dans son rapport écrit le 26 mai 1945, le général de gendarmerie Paul Toubert signale que la police a saisi un drapeau tricolore rouge (à la hampe) blanc et vert avec un croissant et une étoile rouges à cheval sur le blanc et le vert. Enfin Roger Vétillard (Sétif, mai 1945 : massacres en Algérie, 2008, , note 106) parle d'un drapeau vert et blanc avec croissant et étoile rouges mais également une main surmontée d'une phrase en arabe Allah Akhbar., couleurs et symbole qui deviendront, en 1962, le drapeau officiel de l'Algérie) mais est abattu par un policier. Les manifestants en colère s'en prennent aux Français, au cri de (, le mot 'nessara' signifiant ), d'après Roger Vétillard, Sétif, mai 1945 – Massacres en Algérie, , ., et font en quelques heures 28 morts et 48 blessés chez les Européens. Il y aurait de et de chez les Roger Vétillard, Sétif, mai 1945 – Massacres en Algérie, , : ; rapport Tubert, §9, message téléphoné des RG du », dans Roger Benmebarek, Événements de Sétif, mai 1945, , .. Albert Denier, secrétaire local du Parti communiste algérien, est grièvement blessé à plusieurs endroits, les manifestants l'ayant pris pour un colonialiste en raison de son chapeau.. Il doit subir une amputation médicale des deux bras en raison de ses blessures aux poignets..