La grotte Chauvet, grotte ornée du Pont d'Arc, grotte Chauvet-Pont d'Arc, est une grotte ornée datant du Paléolithique située sur le territoire de la commune de Vallon-Pont-d'Arc (sud de l'Ardèche, France). Découverte en 1994, elle a d'abord été nommée grotte ornée de la Combe d'Arc (du nom du lieu-dit où elle se trouve) mais porte aujourd'hui le nom d'un de ses inventeurs Jean-Marie Chauvet.

Elle fait partie d'un ensemble de grottes ornées attribuées au Paléolithique supérieur qui s'égrènent le long des gorges de l'Ardèche et parmi lesquelles figurent la grotte Chabot, la grotte du Figuier, la grotte des Deux-Ouvertures, la grotte aux points d'Aiguèze et la grotte de la Tête du Lion.

Le site comporte un millier de peintures et de gravures, dont 447 représentations d'animaux de quatorze espèces différentes... Plusieurs datations directes par la méthode du carbone 14 sur les charbons de bois, de la datation uranium-thorium sur les planchers de calcite, de thermoluminescence de traces de feu sur les parois ou de la datation cosmogénique par le 36Cl au niveau du porche ont donné des résultats cohérents qui indiquent que la grotte a connu deux phases d'occupation, l'une à l'Aurignacien ( avant le présent en âge calibré.), l'autre au Gravettien (31 à avant le présent en âge non calibréValladas, H., Tisnérat-Laborde, N., Cacher, H., Kaltnecker, É., Arnold, M., Oberlin, Ch. et Évin, J. (2005) - « Bilan des datations carbone 14 effectuées sur des charbons de bois de la grotte Chauvet », Bulletin de la Société Préhistorique Française, t. 102, , La grotte Chauvet à Vallon-Pont-d'Arc : un bilan des recherches pluridisciplinaires Actes de la séance de la Société préhistorique française, 11 et 12 octobre 2003, Lyon, .). Les peintures et les gravures, réalisées pendant la première phase, comptent parmi les plus anciennes au mondeNotamment, elles sont deux fois plus anciennes que celles de Lascaux.. La diversité et la maîtrise des techniques (gravure, préparation des parois par raclage, dessin digité ou au fusain souvent suivi d'une estompe en écrasant la couleur avec les doigts pour obtenir des nuances diverses, détourage des contours, utilisation de techniques mixtes..) dont elles témoignent ont profondément remis en cause l'idée d'un art préhistorique évoluant très lentement et de manière linéaire et ascendante.

La grotte est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis Grotte ornée du Pont d’Arc, dite « grotte Chauvet-Pont d’Arc », Ardèche...

Site vignette|centré|Vue aval du pont d'Arc. La grotte Chauvet se trouve au lieu-dit la Combe d'Arc, appelé également le cirque d'Estre, à une altitude entre et est située sous terre sur le plateau calcaire. La paléo-Ardèche qui s'écoulait sur les plateaux calcaires aplanis (surface d'aplanissement post-oligocène) dessinait des méandres en raison de la faible pente générale. Au cours de l'encaissement de la rivière, ces méandres se sont inscrits dans le massif calcaire. L'action de l'érosion, favorisée par le matériel abrasif de la rivière, accentue la sinuosité des méandres et entraîne l'amincissement de certains pédoncules. La combe constitue l'ancien méandre de l'Ardèche abandonné après le recoupement souterrain dans le tunnel du pédoncule calcaire par la rivière, qui a donné naissance à l'arche naturelle du pont d'ArcPréhistoire, art et sociétés, bulletin de la Société préhistorique Ariège-Pyrénées, volume 57, Société préhistorique Ariège-Pyrénées, 2002, ..

L'entrée de la grotte a subi plusieurs effondrements depuis avant d'être définitivement obstruée il y a au moins , formant une masse rocheuse de au pied du rocher d'Abraham qui domine l'entrée préhistorique. Cet éboulis a permis la préservation de l’écosystème de la grotte.

Historique Découverte vignette|Le rocher d'Abraham qui domine l'entrée préhistorique de la grotte Chauvet. La grotte est découverte, de manière inopinée, mais non fortuite, le , par Jean-Marie Chauvet (agent contractuel au ministère de la Culture, chargé de la surveillance des grottes ornées de l'Ardèche depuis .), Éliette Brunel (viticultrice) et Christian Hillaire (employé à EDF) dans le cadre de leurs activités spéléologiques privées. Vers 15 heures, après avoir emprunté un ancien chemin muletier qui, à mi-hauteur, débouche sur une vire à orbitolinesPhoto de la vire qui mène à l'entrée., les spéléologues repèrent en hauteur d'une falaise au nord du cirque d'EstreVue satellitaire de la falaise. une mince ouverture derrière une végétation densePhoto des deux entrées cerclées en rouge : à gauche la paléo-entrée, à droite l'entrée découverte en 1994., ils s’y faufilent, puis progressent dans un vestibule de plusieurs mètres de longueur et débouchent vers sur un « trou souffleur » (courant d’air s’échappant de la paroi) qui leur suggère que la cavité communique avec une autre galerie ou un puits.. Ils effectuent deux tirs d'explosifs à la chatière pour dégager l'entrée vers Source : « Grotte Chauvet, les vraies raisons du pacte secret », déjà cité. qui ouvre sur un puits de . Brunel entrevoit alors un sol. Ils retournent à leur fourgonnette pour s'équiper d'une échelle qui leur permet de descendre le puits et découvrir vers dans la première galerie deux tracés digitaux. L'exploration des premières salles ornées les émerveille. Ils sortent de la grotte vers et en obstruent l'accès..

Bien qu'ils n'aient pas l'accord des propriétaires pour prospecter, les spéléologues revisitent la grotte le avec trois amis spéléologues, Daniel André, Michel Chabaud et Jean-Louis Payan. Ils y réalisent des relevés topographiques, 300 clichés photographiques ainsi qu'un film vidéo. Ce n'est que le que la direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) à Lyon est mise au courant alors que Jean-Marie Chauvet, conformément à la loi du , se devait d'informer immédiatement le maire de la commune de Vallon-Pont-d'Arc..

Le conservateur régional commande un rapport d'expertise sur une grotte ornée exceptionnelle de Vallon-Pont-d'Arc. Elle a lieu le sous la conduite des découvreurs, avec Jean Clottes, spécialiste de l'art paléolithique, Jean-Pierre Daugas, conservateur régional de l'Archéologie, et son collaborateur Bernard Gély, qui travaille depuis des années dans les grottes de la région. Le , Jean Clottes remet son rapport d'expertise et préconise plusieurs mesures, notamment de ne pas ouvrir la grotte au public afin d'éviter les erreurs qui ont détérioré les peintures de Lascaux. Une première porte protégeant l'accès de la grotte est posée dès le . La découverte de la grotte est rendue publique le ..

Saga judiciaire Une longue procédure judiciaire s'est engagée après la découverte.

Trois hauts fonctionnaires antidatent un document d'autorisation temporaire de prospection aux découvreurs dans le but de leur contester tous droits photographiques sur les peintures. Le tribunal correctionnel de Lyon prononce le une condamnation pour faux en écriture... Un protocole d'accord, signé le ., attribue aux trois découvreurs trois millions de francs (soit ), nomme à cette occasion Grotte Chauvet la grotte découverte par les trois inventeurs, tandis que l’État s’engage à veiller

Les trois inventeurs déposent deux marques (« grotte Chauvet » et « grotte Chauvet-Pont d’Arc ») le , mais oublient de les renouveler, ce qui entraîne une nouvelle bataille judiciaire lorsque le syndicat mixte chargé de construire la réplique de la grotte dépose ces deux noms le et le . Ce même syndicat, en , dépose le nom « espace de restitution de la grotte Chauvet » pour la réplique, mais le tribunal de grande instance de Paris juge le que le syndicat a déposé frauduleusement les marques, lui reprochant notamment de n’avoir pas averti les découvreurs de leur oubli du renouvellement du dépôt des marques..

Ce dépôt de marques et la bataille judiciaire entre les inventeurs et l'État explique que la grotte ardéchoise a hérité, lors de son classement sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, du nom de « grotte ornée du Pont d’Arc, dite grotte Chauvet-Pont-d’Arc »..

De même, de très nombreuses juridictions ont été sollicitées à la suite de la procédure d'expropriation engagée par l'État pour devenir propriétaire de la grotte. Le , la grotte et les terrains alentour sont classés « monument historique ». Par un arrêté ministériel du , déclarant l'utilité publique des fouilles et l'occupation temporaire des lieux, l'État devient donc propriétaire de la grotte aux dépens des résidents expropriés, mais il n'en a pas l'usage. Pour l'acquérir, il doit, en effet, dans un délai de cinq ans non renouvelable, s'acquitter d'une « juste et équitable indemnisation », mais l'évaluation financière de la grotte est très délicate. L'État leur accorde initialement une indemnité correspondant à la valeur d'un terrain non constructible, soit environ de franc le mètre carré et devient définitivement propriétaire le . Les propriétaires contestent cette indemnité et en , le Conseil d'État décide de les indemniser à la hauteur des richesses inestimables de la grotte. Un procès en appel, à Toulouse, débouche sur une décision plus favorable aux propriétaires, mais cette décision est annulée en cassation. La cour d'appel de Lyon, en , condamne l'État à indemniser les familles à hauteur de . La saga juridique se poursuit le devant la Cour européenne des droits de l'homme qui estime que les expropriés ont obtenu une somme , à savoir à répartir entre les 14 propriétaires, usufruitiers ou héritiers de parcelles des terrains de surface...

Enfin, après de longues négociations, le a vu entrer en vigueur un accord entre les inventeurs et l’État : le syndicat mixte de la Caverne du Pont-d'Arc, présidé par Pascal Terrasse député de l’Ardèche et composé du département de l'Ardèche et de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et du gestionnaire du site, s'engage à verser aux trois inventeurs, en contrepartie de la propriété intellectuelle des photos et des vidéos réalisées au moment de la découverte. Le syndicat pourra aussi utiliser librement le nom de Grotte Chauvet. Qui plus est, la société Kléber Rossillon, gestionnaire de la Grotte Chauvet 2 - Ardèche, ouverte en 2015 et qui propose une réplique détaillée à moins d'un kilomètre de la grotte originale, versera 1,7 % sur le prix de chaque billet d'entrée (fixé à ).

En , la réplique de la grotte Chauvet a déjà attiré plus de trois millions de visiteurs depuis son ouverture en .

Inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO

Parallèlement, les collectivités ont souhaité faire inscrire la cavité sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Un comité de soutien à cette candidature a été créé en à Vallon-Pont-d'Arc. Il réunissait début Un comité de soutien à la candidature. L'objectif était de réussir le défi « - » avant l'été 2014. Le , le gouvernement décide de présenter officiellement la caverne ornée de Vallon-Pont-d'Arc, pour une inscription à la liste du patrimoine mondial en lors du comité organisé au Qatar, après une phase d'expertise de 18 moisUnesco : La Grotte Chauvet Pont-d’Arc présentée par la France.

La démarche a finalement été couronnée de succès avec la décision prise à l'unanimité par la session du Comité du patrimoine mondial qui s'est tenue à Doha (Qatar) le : la grotte ornée du Pont-d’Arc, dite « grotte Chauvet », figure désormais sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.. Il s'agit du site du patrimoine mondial en France.

Un site préservé et consacré à la recherche vignette|gauche|upright|Entrée sécurisée de la grotte Chauvet.