Le Kinkajou (Potos flavus) est une espèce de mammifères carnivore de la famille des procyonidés. Cet animal arboricoles et nocturnes vit dans la forêt humide des Guyanes, de l'Amazonie, des Andes, en Amérique centrale et méridionale.

Unique représentant du genre des Potos (Potos). Le kinkajou est réputé pour son aspect étrange, même pour les populations autochtones, si bien qu’il fut longtemps resté inclassable dans la taxonomie moderne.

Appartenant au sous-ordre des caniformes, faisant de lui, un lointain parent, du raton laveur, des coati, ou plus encore des panda roux, des ours ou même des chiens, il a mis à rude épreuve les naturalistes élaborant une nomenclature scientifique et reste une curiosité biologique parmi les carnivores non carnassiers, tant par sa physiologie, qui le fait ressembler à un primate, que par son comportement, en particulier son langage sifflé et sa polyandrie, liée à une transmission patrilinéaire des territoires. De multiples mythes témoignent de la fascination qu'il a toujours exercée et qui ne laisse pas d'interroger les rapports entre l'homme et la Nature. Bien qu’il soit fréquent sur l’ensemble de son aire de répartition, faisant de lui une espèce classée comme « préocupation mineure » (Least concern, LC) par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le Kinkajou reste emblématique des questions de la pérennité des milieux tropicaux et du risque sanitaire associé aux animaux exotiques.

Dénominations et étymologies Nom scientifique valide : Potos flavus (Schreber, 1774) selon , et ; Nom vernaculaire typique et recommandé en français : KinkajouMeyer C., ed. sc., 2015, Dictionnaire des Sciences Animales. . Montpellier, France, Cirad.kinkajou, nom en français d'après Termium plus, la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du CanadaNom en français d'après l'Inventaire National du Patrimoine Naturel, sur le site Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) ; Noms vulgaires spécifiques : Kinkajou potto, Kinkajou à queue enroulée ; Noms générique : Poto, PotosAnnexes au Journal officiel des Communautés européennes du 18 décembre 2000. Lire en ligne, Cercolepte ; Autres noms vulgaires ou noms vernaculaires (langage courant) pouvant désigner éventuellement d'autres espèces : singe de nuit (Senj lan nouit en Créole de Guyane française).

Autres dénominations locales Au Mexique, son nom de martucha rappelle son rapprochement erroné avec la martre. Il est plus fréquent au Chiapas où il est appelé mico de noche (« singe de nuit ») jusqu'à la Guyane, où il est connu sous le nom de senj lan nuitInventaire national du Patrimoine naturel 2003-2010 (France), Muséum national d'histoire naturelle (France), Paris, décembre 2010 ; Kinkajou, MNHN. En Colombie et au Venezuela, il est nommé cuchicuch, dans l'Amazonie pré-andine, tchochna.E. Klebelsberg, Informe Final del trabajo de tesis realizado con CIMA entre el 7 de Diciembre del 2004 y el 24 de Junio del 2005, et tableaux XIV, XV & XVII, CIMA, Lima, 2005, mémoire de thèse de l'université Humboldt , et dans l'Amazonie brésilienne jupara, jurupara ou macaco da meia noite (macaque de minuit) dictionnaire en ligne ou encore macaco da noite, mico da noite.. Au Guatemala, au Honduras, au Salvador, il est surnommé micoleon (singe-lion), mono noturno , , IUCN/SSC, Mississippi State University, avril 2007, compte-rendu d'observations avec des caméras automatiques. (singe nocturne) au Costa Rica, et au Belize (promeneur nocturne).

Étymologies

Le nom de l’espèce Kinkajou vignette|Image du Kinkajou dans un manuel scolaire illustrant la confusion rémanente avec la wolvérène.|gauche Kinkajou est l'orthographe anglaiseIl est possible que cette orthographe ait été favorisée auprès des marins par sa résonance avec le mot anglais , c'est-à-dire « tortiller », qui évoque l'élasticité de l'animal. Pennant ( plus loin) orthographie « Kinkajou » le « Quincajou » de Buffon. Quincajou est l'orthographe française jusqu'en 1776, date à laquelle Buffon adopte l'orthographe de Pennant, peut-être parce que l'anglomanie et l'exotisme à la mode dans le Paris de cette époque l'ont imposé. de quincajou, emprunt des coureurs des bois à l'algonquin qui nqua'a gheF. C. Mish, Dictionnaire collégial Merriam Webster - onzième édition, , Merriam Webster - Encyclopaedia Britannica Company, Springfield (Massachusetts), 2004., prononcé par palatalisation qui nqua'a dju en micmac et par rhotacisme… Ou substitution au radical qui du radical karha (suspendre), le carcajou à l’affût se suspendant aux branches pour se laisser chuter sur ses proies de passage… qa rqar djuJ.-M. Pierrel & alii, Centre national des ressources textuelles et littéraires (France), p. kinkajou, CNRS (France) (unité mixte de recherche ) ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française), Nancy, décembre 2010 ; étymologie de kinkajou, CNRTL, France. en montagnais, pour désigner le carcajou. Les noms de quincajou, employé par Nicholas DenysDenis, Description géographique et historique des côtes de l’Amérique septentrionale, , , Paris, 1672. qui habitait chez les Micmacs en Acadie, et de carcajou, introduit par le baron de la HontanJ.-M. Pierrel & alii, Centre national des ressources textuelles et littéraires, France, p. kinkajou, CNRS (France) (unité mixte de recherche ) ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française), Nancy, décembre 2010 ; étymologie de carcajou, CNRTL, France. et diffusé par le père CharlevoixP. de Charlevoix, Histoire et description générale de la Nouvelle-France, Nyon, 1722. qui fréquentèrent les Montagnais au Canada (i.e. Québec), ont désigné ce même et seul glouton des Amériques, tout en laissant croire, du moins en France métropolitaine, qu'il peuplait également les forêts tropicales. La méprise perdure depuis au moinsA. Rey & J. Rey-Debove, Petit Robert, I, 1061, Dictionnaires le Robert, Paris, 1986. 1672 jusqu'en 1776G. L. Leclerc comte de Buffon, Histoire naturelle, générale et particulière XII, , Imprimerie royale, Paris, France, 1764, Histoire naturelle XII., date à laquelle Buffon comprend que l'animal de Nouvelle-Espagne est différent de celui de Nouvelle-FranceG. L. Leclerc comte de Buffon, Histoire naturelle, générale et particulière - Supplément III, , Imprimerie royale, Paris, France, 1776, Histoire naturelle XXXII et lève définitivement l’ambiguïté en imposant arbitrairement deux significations différentes aux deux prononciations dialectales différentes de l'algonquien.

Cette ambiguïté aura duré plus d'un siècle, auprès du grand public jusque durant le J. J. Virey, Histoire naturelle du genre humain, , Crochard, Paris, 1824, Page 424, confusion du kinkajou et du cacajou en 1824., fortifiée par la croyance aristotélicienne des missionnaires de l'époque en une langue universelleP. Martin, Le Montagnais : langue algonquienne du Québec, , Collection SELAF - Peeters Press, Louvain, 1991, . que les « Sauvages » dispersés loin des premiers évangélisateurs auraient déforméeCette théorie d'une langue fondamentale, qui a pu faire croire que les mêmes mots se retrouvaient par-dessus les océans chez les Tupinambas comme chez les Micmacs, est issue du récit biblique de la tour de Babel. Très répandue chez les divers grammairiens ou pseudo-grammairiens du , qui soutenaient par exemple que le breton était de l'hébreu déformé, elle a été en quelque sorte officialisée par la théorie générale du langage de Leibniz d'une « caractéristique universelle » dégageant le formalisme commun à toutes les langues naturelles.. Elle est probablement due au père Arsène de Paris, qui participa de juillet 1611 à fin 1612 à l'expédition scientifique au MaragnanW.-Ch. van Dÿk, La Mission de Maragnan (Brésil - 1611), Frères Mineurs Capucins - Province de France, Paris, 22 septembre 2010 ; résumé de l'expédition de 1611 au Maragnan., visitant les villages des Topinambas sur le continent sud-américain, apprenant la langueC. d'Abbeville, Histoire de la mission des Pères Capucins en l'isle de Maragnan et terres circonvoisines, LXI, verso , Imprimerie de François Huby, Paris, 1614, Histoire de la mission des Pères Capucins en l'isle de Maragnan, sur le site de la Bibliothèque nationale du Portugal et observant avec ses collègues missionnaires les kinkajousC. d'Abbeville, Histoire de la mission des Pères Capucins en l'isle de Maragnan et terres circonvoisines, LXI, verso , Imprimerie de François Huby, Paris, 1614 ; « Joupara » in Histoire de la mission des Pères Capucins en l'isle de Maragnan, sur le site de la Bibliothèque nationale du Portugal. que les habitants appelaient joupara, prononcé « iupala i » en oyampi. Il dirigera par la suite, de 1632 à 1645, depuis le siège de Port-Royal la province de son ordre en Nouvelle-France. Durant son ministère en Acadie, il fit faire imprimer en France par le père Joseph des manuels élémentaires dans la langue des Micmacs et des Abénaquis et a donc eu l'occasion de faire parler d'un autre étrange animal, habitant tout comme le joupara le fin fond de la forêt et nommé quincajou par les Micmacs. La diffusion de cette confusion initiale, quel qu'en soit l'auteur, sous un même taxon, d'un animal de la taïga canadienne et d'un autre de la jungle guyanaise, a vraisemblablement été favorisée par le trafic des commerçants de Saint-Domingue naviguant entre la Nouvelle-France et la France équinoxialeJ. L. Fox, National Geographic, National Geographic Society, Washington, 2005, Kinkajou, National Geographic Magazine..

Le nom de genre Potos Les concurrents anglo-hollandais, marchands, flibustiers et pirates de Jamaïque trafiquant entre la Guinée et le Honduras britannique, la Guyane anglaise, le Pernambouc et les rives de la Nouvelle-Espagne ont entretenu une confusion transcontinentale semblable en appelant le « macoco » d'Amérique du nom du Potto. Ce nom diffusé en 1705 par la traduction du livreG. Bosman, Voyage de Guinée contenant une description nouvelle et très exacte de cette côte où l'on livre et où l'on trafique l'or, les dents d'éléphants et les esclaves, , Antoine Schouten, Utrecht, 1705. qu'a publié l'année précédente, deux ans après son retour, le représentant à Elmina de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, Guillaume Bosman, y désigne ce seul lémurien d'AfriquePotto de Bosman.. C'est un emprunt à une langue guinéenneA. Rey & J. Rey-Debove, Petit Robert, I, , Dictionnaires le Robert, Paris, 1986, vraisemblablement la langue du Kongo où le potto est endémique, langue qui avait déjà une très grande diffusion y compris aux Amériques, l'Angola étant alors le principal pourvoyeur d'esclaves. Poto signifie en effet « beau », « merveilleux », en kikongo. et il est plausible que Bosman ait pris pour un substantif un commentaire désignant l'un des animaux vendus sur le marché de Macoco, ville du Kongo située au sud est de la capitale de ce royaume et à l'est d'une des forêts habitées de singes où le perodicticus potto était endémique. Celui-ci l'est toujours dans les forêts plus profondes du Kivu.

Si le rapprochement opéré par les explorateurs, le père Arsène ou ses successeurs, avec cet autre carnivore qu'est le carcajou s'avèrera plus exacte, l'animal était perçu par les Tupis Emerillons et Oyampis comme une espèce de singeB. de Thoisy & M. Dewynter, Les Primates de Guyane : les espèces, leur biologie et leur avenir, Nature guyanaise, éditions Sepanguy, Cayenne, 2005., quiproquo rémanentA. M. Husson, The mammals of Suriname, , E. J. Brill, Leyde, 1978 , The mammals of Suriname.

Systématique Taxinomie vignette|Illustration du kinkajou (Potos caudivolvulus), planche d'Alcide d'Orbigny publiée dans Dictionnaire Universel d'Histoire Naturelle, 1849.