Cet article traite des articles, du nom, de l’adjectif qualificatif et du numéral roumains du point de vue morphologique et, succinctement, des fonctions syntaxiques des formes casuelles des noms.
Comme dans les langues romanes occidentales, les mots de ces classes grammaticales se caractérisent par des traits tels que le nombre et le genre. Quant à ce dernier, la particularité du roumain parmi les langues romanes est de distinguer, à côté du masculin et du féminin, un genre neutre, dans le sens qu’il y a un grand nombre de noms d’inanimés qui sont masculins au singulier et féminins au pluriel, mais il n’y a pas de neutre distingué formellement, comme dans les langues slaves.
Le roumain est une langue flexionnelle comme les langues romanes occidentales, mais il l’est dans une plus grande mesure que celles-ci, puisqu’il a conservé des éléments de déclinaison, et la flexion comporte beaucoup d’alternances phonétiques (vocaliques et consonantiques). Dans les grammaires du roumain, on prend en compte cinq cas : nominatif, génitif, datif, accusatif et vocatif. La forme de l’accusatif ne se distingue pas de celle du nominatif, c’est pourquoi on parle souvent de nominatif-accusatif. De même, la forme du datif est identique à celle du génitif, ce qui fait parler de génitif-datif. Lorsqu’on dit qu’un mot se décline, en général, on entend par cela qu’il a une forme de génitif-datif et, éventuellement, une de vocatif, différentes de celle du nominatif.
Les articles
Les articles pris en compte par les grammaires du roumain sont l’article indéfini, l'article défini (propres aux autres langues romanes aussi) et deux autres : l’article possessif et l’article démonstratif.
L’article indéfini
Comme dans les autres langues romanes, cet article provient de l’adjectif numéral latin unus, unaDexonline, article un.. Ses formes sont : masculin et neutre singulier : un perete (masc.) « un mur », un scaun (neutre) « une chaise » ; féminin singulier : o zi « un jour, une journée »Cojocaru 2003, ..
Au pluriel, au nominatif et à l’accusatif, l’article indéfini est le mot invariable niște (< latin nescio quid « je ne sais pas quoi ») pour les trois genresDexonline, article niște.. Son sens est proche de « quelques » et il est utilisé quand il implique ce sens : Te-au căutat niște studenți « Il y a des étudiants qui t’ont cherché(e) »Forăscu 2002, lettre a, articol..
Cet article peut être utilisé de façon facultative avec des noms au singulier. Dans ce cas, il a une fonction semblable à celle de l’article partitif français : Îmi mai trebuie niște făină « Il me faut encore de la farine ».
L’article indéfini se décline. Au singulier, son génitif-datif est unui (m.), unei (f.). Au pluriel, il y a supplétion, c’est-à-dire que la forme de nominatif-accusatif est niște, alors que celle de génitif-datif est unor pour les trois genres (voir plus loin Déclinaison du nom et de l’adjectif).
Le caractère indéfini du nom peut être exprimé par l’absence de tout déterminant, y compris l’article indéfini, et ce plus souvent qu’en français. Au singulier, celui-ci est même à omettre, comme en français, quand le nom exprime l’appartenance de quelqu’un à une catégorie de personnes, et qu’il n’a pas d’épithète ni de complément (El este student « Il est étudiant »Cojocaru 2003, .), mais aussi dans d’autres cas : Ea are familie « Elle a une famille ». Niște partitif est le plus souvent omis : Îmi mai trebuie făină « Il me faut encore de la farine ». Au pluriel aussi, il y a des cas d’absence de déterminant, comme en français (Ei sunt elevi « Ils sont élèves », Au fost aleși delegați « Ils ont été élus délégués ») et d’autres, où en français il faut utiliser au moins « des » : Pe stradă trec soldați « Il y a des soldats qui passent dans la rue »Avram 1997, ..
L’article défini
Le latin n’avait pas d’article défini, mais les langues romanes en ont créé un, le roumain à partir du pronom démonstratif ille, illa. La particularité du roumain est que cet article est le plus souvent enclitique, c’est-à-dire attaché à la fin du nom et écrit en un mot avec celui-ci, comme dans trois autres langues des Balkans : le bulgare, le macédonien et l’albanais (voir Union linguistique balkanique). Les articles définis roumains sont les suivantsCojocaru 2003, . : -l : ajouté aux noms masculins et neutres singuliers terminés par une voyelle : fiul m. « le fils », teatrul n. « le théâtre » ; précédé de la voyelle de liaison -u-, pour les noms masculins et neutres singuliers terminés par une consonne : bărbatul (m.) « l’homme », dicționarul (n.) « le dictionnaire » ; -le, pour les masculins et les neutres singuliers en voyelle : peretele m. « le mur », numele n. « le nom » ; -a : pour les féminins singuliers en -ă, que l’article remplace : mașină « machine » → mașina « la machine » ; pour les féminins singuliers en -e, l’article s’ajoutant directement au mot : legea « la loi » ; pour les féminins singuliers en -a, avec la semi-voyelle de liaison -u // : cafeaua « le café » ; pour les féminins singuliers en -ie [je], l’article remplaçant -e : femeie « femme » → femeia « la femme » ; -i, pour les masculins pluriels : fiii « les fils », bărbații « les hommes » ; -le, pour les féminins et les neutres pluriels : mașinile « les machines », legile « les lois », cafelele « les cafés », femeile « les femmes », teatrele « les théâtres », dicționarele « les dictionnaires ».
Dans le cas des nominaux munis de l’article défini, c’est en fait celui-ci qui se décline presque toujours et, dans un cas, il se place devant le nom (voir plus loin Déclinaison du nom et de l’adjectif).
À la différence du français, en roumain, il y a des cas où le nom est déterminé de façon définie en l’absence de tout déterminant. C’est valable pour les noms employés avec préposition (à l’exception de cu « avec ») et sans épithète ni complément. Exemple : Cartea e pe masa mare « Le livre est sur la grande table », mais Cartea e pe masă « Le livre est sur la table ».
L’article possessif
C’est un article qui donne au nom un caractère défini, mais il a d’autres fonctions aussi : Utilisé avec un nom au génitif, il se réfère à l'objet possédé, s'accordant avec celui-ci. ExemplesCojocaru 2003, . :
– masculin/neutre singulier : computerul cel nou al fratelui meu « l’ordinateur neuf de mon frère » ; – féminin singulier : casa cea nouă a părinților mei « la nouvelle maison de mes parents » ; – masculin pluriel : pantofii cei noi ai verișoarei mele « les chaussures neuves de ma cousine » ; – féminin/neutre pluriel : cărțile cele noi ale profesorului meu « les nouveaux livres de mon professeur ».
Avec les adjectifs possessifs, il forme les pronoms possessifs : al meu « le mien », a ta « la tienne », ai săi « les siens », ale noastre « les nôtres » f.
L’article démonstratif
Les formes de cet article proviennent des pronoms démonstratifs d’éloignement : cel (m./n. sg.), cea (f. sg.), cei (m. pl.), cele (f./n. pl.), au génitif-datif celui (m./n. sg.), celei (f. sg.), celor (pl.).
À côté d’une fonction semblable à celle de l’article défini, ce pronom a d’autres fonctions également : Il sert à former le superlatif relatif : prietenul cel mai bun ou cel mai bun prieten « le meilleur ami »Avram 1997, .. Il peut participer au syntagme nom + épithète ou complément du nom. On peut bien dire, par exemple, fata harnică ou fata cea harnică « la fille travailleuse », mais avec cet article, on insiste sur le deuxième terme. Il sert à substantiver l’adjectif : cei leneși « les paresseux » (synonyme syntaxique : leneșii, avec l’article défini). Il est le seul qui serve à substantiver l’adjectif numéral : Au venit deja cele două? « Ces deux-là sont-elles déjà venues ? »Cojocaru 2003, ..
Le nom et l’adjectif qualificatif
Genre des noms et des adjectifs
En roumain, les noms peuvent être masculins (m.), féminins (f.) ou neutres (n.). C’est la seule langue romane où le nom a conservé le neutre, mais non pas comme en latin. En fait, les neutres sont masculins au singulier et féminins au pluriel, ce qui veut dire que l’adjectif s’accorde avec le nom seulement au masculin ou au fémininSection d’après Avram 1997, ..
Contrairement à d’autres langues, comme les langues slaves, en roumain il est difficile d’identifier le genre des noms par leur forme seule, parce qu’il y a de nombreuses exceptions. Sont en général du genre masculin les noms désignant les personnes de sexe masculin, les animaux mâles, les occupations traditionnellement masculines, les mois, la plupart des montagnes et des arbres, les unités monétaires, les lettres de l’alphabet. Les féminins nomment les personnes de sexe féminin, les occupations « féminines », les jours, les saisons, les fruits, la plupart des fleurs et des pays, ainsi que les continents. Sont en général neutres les noms de choses et de matières.
Les noms peuvent avoir de nombreuses terminaisons et seules quelques-unes sont spécifiques aux genres masculin et féminin : -ă – en général féminine : mamă « mère » ; -e atone – masculine, neutre ou féminine : frate m. « frère », nume n. « nom », carte f. « livre » ; -i semi-vocalique // – le plus souvent masculine ou neutre : tei m. « tilleul », rai n. « paradis » ; -o atone – assez rare, dans des emprunts, en général neutre : radio « radio » ; -u vocalique atone //– masculine ou neutre : ministru m. « ministre », lucru n. « chose » ; -u semi-vocalique // – masculine ou neutre : leu m. « lion », tablou n. « tableau » ; consonne – masculine ou neutre : sac m. « sac », lac n. « lac » ; //, // – masculine ou neutre : unchi m. « oncle », unghi n. « angle »[ʲ] représente un // à peine perceptible, appelé « asyllabique » ou « chuchoté », qui n’a pas de graphie différente de celle de la semi-voyelle proprement dite ni de //..
Pluriel des noms et des adjectifs
Le système de l'expression du pluriel des noms et des adjectifs est assez compliqué en roumain. Il y a plusieurs terminaisons de pluriel, en fonction du genre et de la terminaison au singulier, sans parler des exceptions. Parfois, la marque du pluriel est ajoutée à la forme du singulier, d’autres fois, elle remplace la terminaison du mot au singulier, d’autres fois encore ; le pluriel se forme par la suppression de la terminaison -e du singulier. Les cas de formation valables pour la plupart des noms et adjectifs sont les suivantsSection d’après Bărbuță 2000, , 94-96. :
+ Genre Marque du pluriel Terminaison du singulier Exemple Masculin -i [ʲ] consonne pom – pomi înalți « arbre(s) [fruitier(s)] hauts » -e frate cuminte – frați cuminți « frère(s) sage(s) » -u [w] fiu grijuliu – fii grijulii « fils attentionné(s) » -i [ʲ] -i [ʲ] ochi verzui – ochi verzui « œil (yeux) verdâtre(s) »Le pluriel est identique au singulier. -i [i] -u [u] ministru ilustru – miniștri iluștri « ministre(s) illustre(s) » Féminin -e -ă casă modestă – case modeste « maison(s) modeste(s) » -i [ʲ] -ă pisică mică – pisici mici « petit(s) chat(s) » -e lume veche – lumi vechi « monde(s) ancien(s) » -le -a tonique stea – stele « étoile(s) »Cette marque de pluriel n’existe pas pour les adjectifs. -uri -ă ceartă – certuri « dispute(s) » -e mătase – mătăsuri « soie(s) » ∅ i [j] + -e foaie verzuie – foi verzui « feuille(s) verdâtre(s) » Neutre -e consonne oraș – orașe « ville(s) » -u [u] timbru – timbre « timbre(s) » -u [w] muzeu – muzee « musée(s) » -uri consonne val – valuri « vague(s) » -u [u] titlu – titluri « titre(s) » -u [w] cadou – cadouri « cadeau(x) » i [i] + -i [ʲ] i [j] + -u fluviu – fluvii « fleuve(s) »
Le passage au pluriel amène de nombreuses alternances vocaliques et/ou consonantiques. Les plus fréquentes sont présentées ci-après.
Alternances vocaliques : a – ă: mare – mări « mer(s) » ; a – e: piatră – pietre « pière(s) » ; ă – e: măr – mere « pomme(s) » ; â – i: tânăr – tineri « jeune(s) » ; ea – e: dimineață – dimineți « matin(s) » ; o – oa: camion – camioane « camion(s) » ; oa – o: moară – mori « moulin(s) ».
Alternances consonantiques :