La famille Évellin est une famille française d'orfèvres, bronziers et chasubliers-brodeurs, spécialisée en art liturgique, en paramentique et en création et restauration d'orfèvrerie.

La société actuelle porte le nom de Évellin Orfèvre..

Depuis la création de l'activité à Nantes en 1822, plusieurs orfèvres se sont succédé de père en fils. L'activité grossit rapidement en famille pour permettre en 1924, l'ouverture d'une filiale à Rennes. La famille Évellin est alors fournisseur des évêchés, avec des productions d'orfèvrerie ou de broderie qui se distinguent pour leur qualité d'exécution ; certaines productions sont aujourd'hui protégées au titre des monuments historiques. Une importante activité de revente existe également.

À partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, et à la suite des réformes induites par le Concile Vatican , l'activité de fabrication d'orfèvrerie et de paramentique est progressivement abandonnée pour se focaliser sur la revente ou la restauration : l'activité à Nantes cesse en 1960, l'atelier de broderie de Rennes ferme en 1967, la boutique de Rennes ferme en 2002. Toujours actif en 2019, l'atelier de Rennes, dernière trace du plus grand atelier de fabrication de Haute-Bretagne, est aujourd'hui spécialisé dans la restauration d'orfèvrerie.

Histoire Les débuts gauche|vignette|Acte du de la mairie de Nantes, autorisant le sieur Evellin à construire une petite forge à son domicile. Jean-François Évellin exerce depuis la fin du la profession de marchand-épicier au rez-de-chaussée du 14À cette époque, il s'agit du numéro 21, la renumérotation étant intervenue à une date inconnue. Basse-Grand-Rue (actuelle rue de la Marne) à Nantes.

Le ., son fils aîné François Évellin (1803 - 1881), « jouailler et bijoutier », reçoit l'autorisation municipale d'installer dans une pièce de l'immeuble familial « une forge »Extrait du registre des Arrêtés du Maire de Nantes, Bureau des Travaux Publics – Archives municipales de Nantes.. En 1833, il transforme la boutique paternelle en magasin d'orfèvrerie et de produits religieux.. François est désigné alternativement comme bijoutier, orfèvre et horloger, jusqu’à son mariage, où il prend le titre d'orfèvre. Ses travaux d'orfèvrerie sont de type néo-gothique, pour lesquels il réintroduit l'usage de l'émail, alors peu prisé..

À partir de 1832, François s'associe à son frère Dominique-Joseph (horloger et orfèvre, 1808-1879.), sous le nom Évellin frères. En 1833, il agrandit l'affaire en profitant des étages pour installer un atelier de broderie. Les ateliers sont quelques rues plus loin, au 19, quai du Port-Maillard, avec un passage vers le 11, rue de la Juiverie..

Deux des fils de François reprennent le métier : Émile-Dominique (1841-1895), après s'être formé à Paris, notamment chez Placide Poussielgue-Rusand., et Marie Louis (1844-1899.Marie Louis ne restera pas orfèvre. Il exercera par la suite la profession d'entrepreneur des pompes funèbres.). Les deux aînés ne sont pas orfèvres : François (1835-1910) devient philosophe ; Athanase (1839-1910) est zouave pontifical puis homme d'affaires.

Les fils orfèvres travaillent avec leurs aïeux, Émile effectuant notamment des travaux de restauration, dont une croix de procession du signée Germain Menfaix.. À cette époque également, Louis Évellin, membre de la société archéologique de Nantes et de Loire-Inférieure, exerce comme chasublier.. De cette période faste, il n'est pas facile de déterminer le travail de chacun..

En 1866, François rachète l'atelier de broderie Picou, un des deux ateliers de Nantes, ce qui agrandit l'affaire. Après sa mort et celle de son épouse, son fils Émile-Dominique lui succède en 1886 à la tête de l'entreprise, alors dans une situation précaire.. Au décès d'Émile-Dominique en 1895, sa veuve Marie-Thérèse s'occupe de l'affaire et la fait vivre en achetant des produits finis ou semi-finis, conseillée par François, tuteur des enfants depuis Paris.. L'affaire comprend alors, hors membres de la famille, douze brodeuses et quatre couturières, ainsi que trois à quatre ouvriers pour l'orfèvrerie. Une fois Émile-Louis en âge d'entrer en apprentissage, Marie-Thérèse l'envoie en formation à Paris..

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale mobilise tous les hommes, qui partent au front, hormis Émile-Louis et un ouvrier, trop vieux. La production est quasiment arrêtée pour ce qui est des bronzes et de l'orfèvrerie, mais les brodeuses ne manquent pas de travail, avec les enseignes et drapeaux pour les troupes (dont des insignes pour les Américains à partir de 1917) et des catafalques.. 1914, 1915 et 1916 sont cependant des années déficitaires..

Nantes et Rennes

En 1916, Marie-Thérèse souhaite prendre sa retraite. Pour cela, le février 1916, Émile-Louis et Auguste créent une société en nom collectif et, le , Marie-Thérèse leur cède l’affaire Évellin Frères..

À la fin de la guerre, les voisins des frères Évellin, les frères Eugène et Jules Decré, sont intéressés par les immeubles occupés par la boutique et les ateliers de broderie afin de s'agrandir. Les frères Évellin sont propriétaires du 16 et locataires du 14.. Après plusieurs offres auprès du propriétaire du 14, Decré achète les deux maisons de la rue de la Marne en 1921, tout en laissant aux deux frères jusqu'au 24 août 1928 pour déménager.

À l'occasion du centenaire de l'entreprise, et à la demande de Monseigneur Le Fer de la Motte, évêque de Nantes, le pape Pie XI accorde le sa bénédiction apostolique à la Maison Évellin.. Cette année-là, les deux frères achètent les immeubles qui abritent les ateliers de la rue de la Juiverie.

Afin de diversifier leurs ressources, les frères prennent une décision : Auguste reste à Nantes et Émile-Louis part pour Rennes en .. En 1926, après le passage de l'entreprise au statut d’entreprise à responsabilité limitée (ERL) avec les deux frères pour responsables, Marie-Thérèse procède au partage de ses biens pour aider ses enfants..

Le climat post-guerre a fait oublier les divisions sociétales liées à la loi de séparation des Églises et de l'État. On voit alors une reprise des processions et des constructions d'églises. Le travail ne manque pas, mais la majorité de l'orfèvrerie et des bronzes vendus sont des pièces achetées sur catalogue à de gros fabricants ; les créations, rares et chères, portent principalement sur des pièces uniques.. Des pièces sont exportées depuis l'atelier de Rennes pour les congrégations d'Eudistes en Colombie, au Venezuela, au Canada ou en Haïti..

Des tensions apparaissent entre les deux frères : la plus grande réussite de l'atelier rennais (plus d'affaires et moins de frais généraux), le coûteux déménagement du magasin nantais ou le non-respect des clauses de gestion de l'entreprise les fâchent.. Ces tensions ne sont résolues qu'en , peu de temps avant la date limite fixée par le statut d'ERL pour la séparation de l'atelier rennais et de l'atelier nantais en deux affaires distinctesActe enregistré le au tribunal de commerce de Nantes, et le à celui de Rennes..

Nantes Après le déménagement d'Émile-Louis Évellin vers Rennes en 1924, Auguste Évellin poursuit son activité à Nantes assisté de son épouse Marguerite. Il déménage le magasin et les ateliers de la rue de la Marne, vendu à Decré, vers un magasin et deux étages loués au 35, rue de Verdun. En 1930, le magasin et l'atelier sont regroupés au 4, rue de Châteaudun (actuelle rue du Général-Leclerc), dans un lieu qui nécessite de coûteux travaux. L'activité est alors un peu réduite du fait d'une vive concurrence. Les effectifs comprennent, hors membres de la famille, deux vendeuses, quatre brodeuses, deux couturières et deux bronziers-doreurs. Au départ des vendeuses, deux couturiers sont embauchés pour fabriquer des soutanes, mais cette activité ne prospère pas et l'affaire commence à décliner. Auguste est alors obligé de licencier en 1937-1938 les soutaniers, trois brodeuses et une couturière..

Auguste, dont la santé se fait alors mauvaise, prépare sa succession avec son fils Augustin. Celui-ci étudie l'art, apprend le métier et effectue des voyages de commerce pour vendre les ouvrages.. La Seconde Guerre mondiale vient bousculer l'affaire : Augustin est mobilisé, le travail se fait plus rare. Pour pallier son manque de revenus, Auguste, découragé, accepte l'emploi d'enquêteur à la police administrative de la ville qui lui est proposé par un adjoint au maire de Nantes. Il exerce en continu de 1942 à 1946, en étant également engagé dans la défense passive..

Augustin Évellin récupère le fonds de commerce en gérance libre à partir du août 1942. L'atelier se compose de deux brodeuses et d'un orfèvre. Il se marie avec Claire Guillemet, ancienne brodeuse à l'atelier, qui prend alors en charge l'encadrement des femmes.. L'activité est toujours mauvaise du fait de l'Occupation : Augustin travaille comme dessinateur pour une société d'assurances. Auguste récupère la gérance de l'entreprise en 1944..

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la raréfaction des reconstructions d'églises, un culte plus austère et la concurrence ne facilitent pas la marche de l'affaire d'Auguste.. Augustin, attiré par une carrière militaire, est pressé par ses parents et son oncle de reprendre l'affaire familiale. Auguste Évellin décède en 1947. Augustin est alors salarié de l'entreprise, la propriété étant toujours au nom de sa mère Marguerite.. La demande en pièces d'orfèvrerie étant en forte baisse, Augustin réalise des pièces d'orfèvrerie profane de haut standing, assisté par l'orfèvre Jean Herbert, salarié de l'entreprise, et des sous-traitants. Il marque les pièces du poinçon de son arrière-grand-père François-Jean, « F E » entourant une hermine..

La situation ne s'améliore pas pour autant, et Augustin prend alors la décision de réintégrer l'armée comme officier de réserve. Il est rappelé en en raison des événements d'Algérie, tout en restant stationné à Nantes, ce qui lui permet de s'occuper encore de l'affaire. Jean Herbert quitte la maison Évellin en .. Ces deux événements achèvent d'appauvrir la société et Augustin Évellin cesse son activité d'orfèvre et de commerçant le pour intégrer à nouveau l'armée française. Marguerite, assistée d'une vendeuse, tente de maintenir l'activité en confiant les fabrications et réparations à l'atelier de Rennes. Cela n'est cependant pas suffisant, et l'atelier nantais ferme définitivement le .

Rennes

Émile-Louis Évellin et sa femme Gabrielle s'installent en septembre 1924 dans le centre-ville de Rennes, reprenant ainsi un ancien projet de son père Émile-Dominique, qui y avait fait plusieurs stagesLes témoignages diffèrent quant au passage de Émile-Dominique à Rennes : il s'agissait de stages pratiques destinés à parfaire son apprentissage, d'une période de travail afin d'aider une partie de la famille, ruinée, ou d'une tentative (avortée) de monter une affaire de fabrication sur un marché fortement concurrentiel.. L'installation est en fait une reprise, celle de la maison Vaugeois « Au Sacré-cœur », tenue par son beau-frère Charles Jeusset, qui l'avait lui-même acquise en 1913Maison Folie, fondée en 1838, puis maison Alfred Couillard, puis maison Vaugeois et enfin Jeusset-Évellin..

Le magasin de Jeusset se trouve au et l’atelier au .. L'atelier du passage des Carmélites est réparti sur deux niveaux : au rez-de-chaussée, l'« atelier des hommes » et au premier étage, l'« atelier des femmes » qui travaillent sur les broderies, ainsi que des décorations militaires et drapeaux.. Le personnel est alors modeste : un orfèvre, une brodeuse et deux vendeuses.

Bien que Charles Jeusset souhaite se débarrasser de cette activité, lui et Émile-Louis travaillent en tant que fabricants d'ornements religieux, signant un temps de leurs deux noms.. Ils ont alors le titre de « fournisseurs de l’archevêché »..