La Garde nationale en France est une unité militaire qui a eu un rôle important dans l'histoire contemporaine de la France. Troupe de recrutement populaire au départ, elle change de rôle et de composition au fil des régimes, et est plusieurs fois rebaptisée, voire dissoute.

Historiquement, la première Garde nationale créée en 1789 au début de la Révolution française, désigne l'ensemble des milices de citoyens formés dans chaque commune, à l'instar de la Garde nationale créée à Paris et placé sous le commandement de La Fayette. Pendant la Révolution française, elle est tantôt une force insurrectionnelle pendant les journées révolutionnaires, tantôt une force de maintien de l'ordre.

Sous le Premier Empire, elle est remplacée à Paris par une Garde municipale soldée mais maintenue dans les provinces comme force de réserve militaire et de garde-côtes. Pendant la campagne de France de 1814, elle sert de force militaire supplétive pour la défense du territoire national.

Le régime de la Restauration la ramène à ses missions d'ordre public mais Charles X s'en méfie et dissout à nouveau la Garde nationale parisienne. Une nouvelle Garde nationale se reconstitue spontanément pendant la révolution de 1830 et devient un des piliers de la Monarchie de Juillet, puis de la Deuxième République contre les révoltes ouvrières ou républicaines.

Napoléon III réduit ses attributions mais, en 1868, crée une garde nationale mobile, de nouveau employée comme force combattante avec une nouvelle Garde nationale pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871. L'engagement de nombreux « moblots » parisiens dans l'insurrection de la Commune de Paris du printemps 1871 entraîne une nouvelle dissolution de cette force. Dans son rôle de réserve militaire, elle est en partie remplacée par l'armée territoriale créée en 1872.

Recréée en 2016 sous la Cinquième République, c'est désormais une structure de réserve de l'armée, de la gendarmerie nationale et de la police nationale sur la base du volontariat.

Garde nationale de la Révolution de 1789-1799

Garde nationale sous Napoléon Consulat Au lendemain de la Révolution française, une commission de conseillers d’État proposa à Napoléon Iᵉʳ d’adopter le coq comme symbole national, mais l’Empereur refusa, estimant que “le coq n’a point de force, il ne peut être l’image d’un empire tel que la France”, et ce n’est qu’à partir de 1830 qu’une ordonnance stipula que le coq devait figurer sur les boutons d’habit et surmonter les drapeaux de la Garde nationale. vignette|redresse|Le coq de la Garde nationale. En 1799, la constitution de l'an VIII consacra l'existence de la garde nationale. L'article 48 distinguait la garde nationale en activité et la garde nationale sédentaire. La première, qui comptait essentiellement les hommes des armées de terre et de mer, était placée sous les ordres du gouvernement (Art. 47). La seconde ne dépendait que de la loi. En , le ministère de l'Intérieur rédigea un projet imposant le service à tous ceux qui exerçaient les droits du citoyen, mais en autorisant le remplacement. L'élection fut écartée et il fut prévu la nomination des officiers par le préfet et celle des sous-officiers par le chef de bataillon. La garde nationale était considérée comme impuissante par le nouveau régime.

Napoléon se méfiait de cette force bourgeoise, capable de maintenir l’ordre et de réprimer les émeutes aussi bien que de renverser le pouvoir établi. Le 12 vendémiaire an XI (), un arrêté des Consuls créait une garde municipale de , à Paris, placée sous les ordres de militaires nommés par le chef de l'État. La mission des gardes municipaux restait à peu près la même. Leur solde était désormais assurée par une contribution de , payée par la population parisienne. En contrepartie, les citoyens n'étaient plus tenus de faire un service régulier et journalier. Cette décision fut bien accueillie. La population se sentait déchargée d'un service militaire lourdement ressenti. Les artisans et autres travailleurs ne perdaient plus leur temps à monter la garde ou ne payaient plus de remplaçants.

Empire vignette|redresse|Garde nationale de Strasbourg en 1815 d'après Job. Pendant tout le règne de Napoléon, les gardes nationaux ont servi de réserve à l'armée et ont été mobilisés au gré des guerres de l'Empire. Ainsi, lors de la reprise de la guerre contre la Prusse, le , l'empereur ordonna la levée, le , de et chasseurs de la garde nationale de Bordeaux pour renforcer la défense des côtes. Le décret du , signé à Berlin, réaffirmait l'obligation de tous les Français âgés de d'effectuer le service de la garde nationale. Il en confirmait également l'incompatibilité pour ceux travaillant dans la fonction publique et dans l'administration ainsi que pour les ecclésiastiques. Les autres pouvaient se faire remplacer. Les compagnies de grenadiers et de chasseurs, composées d'hommes, si possible, de , pouvaient être appelées à effectuer un service intérieur dans les villes de plus de , ou un service militaire. Dans ce cas, elles étaient assimilées aux troupes de ligne.

Le , firent une tentative ratée de débarquement à Walcheren, aux Pays-Bas, alors aux mains des Français. Cet événement fit prendre conscience à Napoléon de la menace que représentait un éventuel débarquement anglais sur les côtes françaises. À partir de 1809, l'empereur décida d'appuyer, en partie, la protection des côtes et des frontières sur les gardes nationaux.

vignette|Bataille de Paris (1814), défense de la barrière de Clichy : le maréchal Moncey, commandant la Garde nationale de Paris, donnant des ordres au colonel Claude Odiot son subordonné, d'après Horace Vernet.

Le , un décret demandait le recrutement de de recrutés par départements et proportionnellement au chiffre de la populationProjet de décret sur l'Organisation de la garde nationale.Sénatus Consulte concernant la division de la Garde nationale et l'appel de cent cohortes sur le ban et autres pages 100 à 114. Ils étaient chargés de renforcer la surveillance des côtes et des frontièresAu crépuscule De l’Empire ; l’exemple du 151 régiment d’infanterie de ligne. Le décret du absorba les cohortes de gardes nationaux dans 22 régiments de ligne. Les d'artilleurs furent incorporées dans le corps impérial de l'artillerie et leurs effectifs répartis dans des régiments à pied ou dans les compagnies en service dans la grande armée.

À partir du , la France était envahie. Les et furent pris les décrets levant .

Une partie de ces hommes, bien encadrés dans les divisions Pacthod et Amey, devait combattre héroïquement, le , au cours du second combat de Fère-Champenoise.

Le , Paris tombait malgré la participation à sa défense des gardes nationaux.

En 1815, les gardes nationaux participent aux combats de Vélizy et de Rocquencourt. En représailles, les Prussiens brûlèrent Vélizy.

Restauration Le , le comte d'Artois fut nommé colonel général des gardes nationales de France. Le général Jean Joseph Dessolles devint son major général tout en gardant le commandement de la garde parisienne. La création du poste de colonel général témoignait de la volonté de centraliser la direction de la Garde nationale. Une ordonnance du précisait que les gardes nationales ne devaient plus être que sédentaires. Leur déplacement en dehors de la ville ou du canton ne pouvait avoir lieu qu'exceptionnellement et serait déterminé par une loi spéciale. Le but de l'institution était de réunir les hommes les plus intéressés par le maintien de l'ordre et les propriétaires territoriaux ou les industriels. Seuls étaient admis au service ordinaire ceux qui pouvaient s'armer, s'habiller et s'équiper. Ils étaient peu nombreux.

vignette|redresse|Le comte d'Artois, futur Charles X en uniforme de colonel-général des gardes nationales.

Durant les Cent-Jours, les gardes nationales n'offrirent pas de résistance au retour de Napoléon. Elles n'y jouèrent pas non plus un rôle crucial.

En 1815, lors du second retour de Louis XVIII, la garde nationale retrouvait son organisation de 1814, avec le comte d'Artois à sa tête. Elle représentait à peu près la seule force sur laquelle pouvaient compter les préfets.

Le fut proclamé une nouvelle ordonnance. La garde nationale restait une obligation pour tous les Français de , imposés ou fils d'imposés, au rôle de contributions directes (Art. 3). Les listes étaient faites par des conseils de recensements composés du maire et de notables nommés par le préfet (17-20). L'ordonnance accordait toujours une dispense aux ecclésiastiques, aux militaires et aux fonctionnaires (23-29). Elle faisait la différence entre le « contrôle ordinaire » et le « contrôle de réserve » (21). Le premier concernait les citoyens aisés et le second les citoyens pour qui le service était une charge et ne pouvaient être requis qu'exceptionnellement. Les officiers étaient nommés par le roi (7). Le commandant de la garde communale dirigeait sous l'autorité du maire (6) et un commandant de la garde d'arrondissement dirigeait sous l'autorité du préfet (4). Il y avait des mesures restrictives à l'égard de la garde nationale, signe que le régime s'en méfiait. Il était interdit de se réunir pour prendre des délibérations (9). Interdiction pour le commandant de publier les ordres du jour sans l'autorisation du préfet (10). Interdiction de prendre les armes et de s'assembler sans ordres des chefs et de l'administration (35). Il était créé un conseil de discipline devant juger les fautes et délits des gardes nationaux durant leur service.

L'œuvre de centralisation de la garde nationale menée par le comte d'Artois fut finalement abandonnée par le régime. Le , le roi Charles X signait l'ordonnance de licenciement de la garde nationale parisienne. Là encore, la méfiance du pouvoir avait principalement motivé cette décision. Cette mesure fut malgré tout accueillie avec soulagement par des personnes qui n'avaient plus à faire leur service. Seuls les opposants au régime et les libéraux firent des protestations.

Révolution de juillet 1830 thumb|right| Le duc d'Orléans, futur Louis-Philippe Ier, nommé lieutenant général du royaume, accueilli en uniforme de la garde nationale dans la grande salle de l'Hôtel de Ville par la commission municipale le . Peinture anonyme conservée au musée du Carnavalet. Le , Charles X publia quatre ordonnances qui provoquèrent la révolution de Juillet. Dès le matin , des gardes nationaux reparurent spontanément en uniforme. Ils furent portés en triomphe par le peuple, aux cris de « Vive la garde nationale! ». Le , La Fayette, âgé de , fut nommé de nouveau à la tête de la garde nationale. Il rétablit la garde nationale parisienne. Le , il accueillit Louis-Philippe à l'Hôtel de ville de Paris. Louis-Philippe passa en revue la garde nationale de Paris, forte de . Devant les acclamations des contribuables en armes, il s'écria, en embrassant La Fayette : « Cela vaut mieux pour moi que le sacre de Reims ! ». Cela souligne l'importance attachée à la milice bourgeoise du régime, garante de l'ordre public et de l'alliance de la monarchie de Juillet et des propriétaires. Le roi confia à La Fayette le commandement de toutes les gardes nationales. Elles furent réactivées dans toute la France pour mettre fin aux échauffourées.

Monarchie de Juillet

vignette|L'attentat de Giuseppe Fieschi perpétré le contre la famille royale alors que Louis-Philippe passait en revue les troupes de la Garde nationale.