Le Groupe Fides, anciennement les éditions Fides ou Fides (maison fondée en 1937 par le père Paul-Émile Martin), est une maison d’édition québécoise cofondée en par Stéphane Lavoie, alors directeur général et seul actionnaire privé. Le groupe naît après l’achat de Fides par les Éditions Saint-Martin, ce dernier ayant fusionné avec Fides pour créer la nouvelle entité. La maison Fides est connue pour avoir publié et réédité les œuvres des plus grands écrivains et intellectuels québécois, tels Marius Barbeau, Alfred Desrochers, Lionel Groulx, Germaine Guèvremont, Félix Leclerc, Laure Conan, Émile Nelligan ou Hector de Saint-Denys Garneau, et de romancier comme Yves Beauchemin et Louis Gauthier, des essais comme ceux de Pierre Vadeboncoeur et de Benoît Melançon, ou des livres religieux ou de spiritualité comme ceux d’Henri Nouwen et Benoît LacroixService des bibliothèques et archives de l'Université de Sherbrooke, Fonds Éditions Fides, Fonds Éditions Fides (P64), https://www.usherbrooke.ca/biblio/documents-administratifs-et-archives/trouver-des-archives/archives-privees/p64-editions-fides.
Histoire
Début Dès son entrée au scolasticat chez les pères de la Congrégation de Sainte-Croix, Paul-Aimé Martin participe à la rédaction du journal de l’organisation Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), et met sur pied un groupe d’étudiants de rédaction de fiches de lecture qui sont diffusées à l’interne. C’est après l’annonce, dans une conférence sur l’état des finances du scolasticat, que le père Martin propose comme projet, et source de revenus possible, de créer une revue qui publiera les fiches de lecture. C’est surtout l’idée de faire contribuer les jeunes au projet et de l’intérêt que pourrait rapporter économiquement la revue qui convint le directeur de la JEC. Le premier numéro de la revue Mes Fiches est publié en . C'est la JEC qui assurera sa publication, par le fait que son secrétariat se trouve dans le Scolasticat de Sainte-Croix, et que le public cible premier de la revue étant les pensionnaires, les professionnels de la formation, les étudiants, et les membres de la JEC.
Très vite, le succès grandissant de la revue, avec l’ajout de publication de tracts et d’ouvrages, et le désire de répondre à la demande venant de ses publications annexes, va amener le père Martin et ses collaborateurs à fonder une maison d’édition.
Fondation et essor Face au succès de ses publications et des rééditions d’ouvrages de l’Action française dû à l’occupation de la France, l’organisation se tourne de plus en plus vers un programme éditorial. Le succès financier de la revue convint les pères de Sainte-Croix d’approuvé le projet du père Martin de fonder une maison d’édition. C’est ainsi que le que les Éditions Fides voient le jour, officiellement constitué en Corporation sans but lucratif, autonome sur le plan civil, mais dépendant sur le plan canonique de la Province canadienne de la Congrégation de Sainte-Croix. L’équipe du père Martin agissait déjà comme une maison d’édition et sa première collection, Face au mariage, publiée depuis , affichait déjà le nom de Fides. Cette nouvelle entité reste la propriété de la Congrégation des pères de la Sainte-Croix, mais cette dernière lui accorde une grande autonomie, se basant sur une responsabilité de laïcs et de religieux. L’implication de membres laïques et son autonomie administrative le distingue des autres maisons d’édition religieuses au Québec. Le père Martin délaisse le nom Mes Fiches pour celui de Fides, puisque ce nom répond à la connotation de la mission socio-religieuse que la maison d’édition souhaite transmettre, et que le mot, même en latin, est connu à l’internationale. Comme il est inscrit dans sa charte de fondation, son objectif est « de promouvoir chez les individus l’humanisme intégral et dans la nation l’ordre social-chrétien par le moyen d’éditions de toutes sortes et par la mise sur pied de services bibliographiques »; d’où son slogan Au service de l’humanisme intégral et de l’ordre social-chrétien.
vignette|droite|Les membres du conseil d'administration en 1944: Cécile Martin, Paul-Aimé Martin, Paul Poirier et André Cordeau.
Dès sa création, Fides est en pleine expansion. À l’étranger, elle a un partenariat avec la société Apostolate Press, où elle importe des ouvrages américains pour le Québec et qui sont traduits par elle, et exporte vers les États-Unis par le biais de cette dernière. Elle ouvre deux succursales à l'étranger : une à São Paulo en 1945 qui durera , l’autre à Paris, qui lui donne un pied à terre en Europe et une vitrine pour elle et la littérature canadienne-française. Voulant rejoindre les francophones hors Québec et les catholiques anglophones, elle ouvre quelques succursales, notamment dans l’Ouest canadien. Tandis qu’au Québec, elle devient la première entreprise québécoise à mettre en place une chaîne de librairies, plusieurs succursales et dépôts sur le territoire. Elle profite des nombreuses librairies indépendantes régionales, pour étendre son influence au Québec et faciliter son implantation; de même, elle est associée avec trois librairies diocésaines québécoises.
D’abord installée dans les locaux de la JEC au 430 Sherbrooke Est, elle déménage rapidement ses locaux sur la rue Saint-Denis, devant le succès de sa revue. Elle doit engager d’autres employés, triplant le nombre de personnels, pour répondre à la demande. Cependant, devant l’importance grandissante que prend l’organisation sur le plan littéraire, elle déménage de nouveau ses bureaux le au 26 rue Saint-Jacques, dans l’édifice Ernest Cormier. L’inauguration est faite avec vaste et le cardinal Villeneuve y donne une conférence, qui sera à l’origine de la création de la revue Lecture la même année. Occupant quelques locaux de l’immeuble au début, Fides finit par l'occuper tout l'espace plus tard; le père Martin y aménage même une chapelle et doit acquérir un immeuble voisin, sur la même rue, pour répondre aux besoins de la maison d’édition. Toutefois, en 1961, le personnel apprend que leur immeuble sera exproprié pour la construction du nouveau palais de justice du Québec dans le quadrilatère où il se trouve, alors que pour répondre à leur besoin et à la librairie, Fides avait acquis d’un édifice voisin en début d’année. Après des recherches, la direction décide d’acheter un terrain pour recommencer à neuf. Situé au coin du boulevard Dorchester et de la rue Sainte-Élisabeth, il est acheté en 1962 et le contrat pour la construction signé en 1963. Pour avoir accès à un financement à long terme avec un taux raisonnable de la banque permettant de couvrir les coûts, Fides vend ses librairies les moins rentables; le reste étant couvert par les sommes reçues pour l’expropriation. Le nouveau siège social est immeuble de sept étages avec une librairie au rez-de-chaussée.
Au niveau de la littérature, voulant mettre de l’avant des œuvres nationales, le père Martin participe à l’élaboration de la Collection du Nénuphar, qui est lancée en 1944; le milieu intellectuel de l’époque jugeait comme trop tôt pour pouvoir désigner une œuvre dans le répertoire québécois comme classique.. Sur le plan de la lecture jeunesse, profitant du baby-boom de l’après-guerre, Fides se lance dans la création de périodiques destinés aux jeunes. Elle embauche Roland Canac-Marquis, un professeur de la Commission des Écoles Catholique de Montréal (CÉCM), pour gérer les publications jeunesses. Dirigeant la revue Hérauts depuis 1947, avec son expérience et sa connaissance des besoins du milieu scolaire, il propose de publier des fascicules pour l’enseignement au primaire. Après un premier refus, il revient plus tard avec l’idée de deux revues : l’une pour les enseignants et l’autre pour les élèves de à la année. Ces revues sont pour combler le manque d’outils d’enseignement venant de la nouvelle réforme scolaire de l’instruction publique de 1948. Elle profite du fait qu'il n’y a pas de contrôle sur la vente de périodiques dans les commissions scolaires pour vendre ses revues. Ces dernières seront autorisées officiellement, surveillées par un sous-comité catholique et la commission scolaire en 1955. Plusieurs revues sont créées, mais les revues L’Élève et Le Maître sont celles qui ont le plus de succès. Ils sont bien vus par le Comité catholique et l’épiscopat, puisque complémentaire utile à l’enseignement religieux et du petit catéchisme. À la suite du succès de la revue L’Élève, elle se lance dans les ouvrages scolaires en 1956. Devant le succès des ventes des périodiques et des livres scolaires, Fides achète l'imprimerie du journal Le Canada en 1953 pour répondre à la demande. Elle rachète l’autre moitié d’immeuble, où se trouve l'imprimerie, de la rue De Gaspé en 1958, devant la quantité de papier qui rentre pour les presses et des publications qui sortent de son imprimerie.
Toujours pour rejoindre les jeunes, elle lance le Club des deux livres en 1952, un club de lecture où les abonnés reçoivent deux livres à prix réduit sélectionnés par Fides, lui permettant de remplir sa mission de promotion de la lecture et d’écouler ses surplusCamélia Paquette, « Stratégies éditoriales, stratégies marketing : Fides et les journaux », 21 mai 2019 . Elle utilise le club pour écouler également ses nouveautés auprès des jeunes, et atteindre aussi les gens qui n’ont pas accès à une librairie. Elle change de modèle et de nom, Club canadien du livre, en 1958, pour essayer d’avoir plus d’abonnés, mais cesse ses activités en 1962 devant le peu de gens qui y s’abonnent.
Années troubles À partir du début des années 1960, Fides rentre dans des années troubles. Plusieurs succursales vont fermer en raison de leur faible rentabilité. Elle doit se départir de ses deux succursales de l’Ouest et du dépôt de Saint-Paul en 1964. Les deux succursales sont cédées à des groupes francophones. Quant aux succursales du Québec, ceux de Hauterive et Montmagny ferment en même temps que ceux de l’Ouest. Alors que Fides-Paris, changeant souvent d’adresse et essayant d’être rentable, son sort est scellé en . Même après l'ouverture d’autres succursales au Québec au début des années 1970, Fides les fermera toutes en 1974, ne gardant que celle de son siège social à Montréal.
En , le comité d’évaluation des ouvrages scolaires de la Commission des écoles catholiques de Montréal (CÉCM) remet un rapport où il recommande l’interdiction de la revue L’Élève pour plusieurs motifs, notamment de ces « déficiences en matière de nouvelles approches pédagogiques, tout comme il reproche à l’éditeur la promulgation d’un catholicisme de façade, où rien ne débouche vers un engagement » Adrien Rannaud, « Scandale au pays des éditions » et résistances de l’écrivain catholique au Québec dans les années 1960, 3 avril 2019 . Toute de suite après ce rapport, Fides revoit toute la revue pour répondre aux critiques; le père Martin soulignant que les critiques pointaient le Département d’instruction publique (DIP) que la revueGuy Ferland, « La revue L’Élève subirait de grandes transformations », La Presse, 26 mars 1963 , et Fides cherchant aussi à éviter que d’autres commissions scolaires ne l'interdisent. Toutefois, ces efforts pour éviter la polémique échouent, donnant l’effet contraire. Plusieurs personnes répondent à Fides via des lettres ouvertes qui sont publiées dans le quotidien La Presse, dénonçant la revue, sa mainmise dans le réseau scolaire, et son statut juridique qui lui permet d’éviter de payer certains impôts.