Le cours Belsunce est une voie située dans le de Marseille, entre la rue d’Aix et le cours Saint-Louis. Il est l'axe principal du quartier du même nom. C'est d'abord l'artère majeure de l'agrandissement de Marseille prescrit par Louis XIV, créée en sur les lices de la ville médiévale, et assurant l'articulation entre celle-ci et les nouveaux quartiers de la ville moderne. Cette grande place baroque, dont l’ordonnancement des façades est attribué à Pierre Puget, a été considérée comme l'une des plus belles d'Europe. Il n’en reste plus que quelques témoins dont l’hôtel Pesciolini, la Maison aux deux médaillons, et quelques éléments de modénature sur les façades de la rive est. Au et au c’est le plus vaste espace public de la cité, lieu de promenade et de visibilité mondaine. Au cours du il perd de son prestige et de son unité architecturale, et passe du statut de place publique à celui de voie de circulation. En , après l’ouverture de la rue Colbert, dernière percée haussmannienne dans Marseille, une voie carrossable nord-sud prend place sur le terre-plein central. Puis, à partir de , avec la démolition du quartier « derrière la Bourse » la plupart des immeubles de la rive ouest disparaissent. Un terrain vague va y subsister jusqu’à la construction entre et de l’ensemble immobilier dit des « Tours Labourdette » puis du Centre Bourse en . En la bibliothèque de l’Alcazar ouvre ses portes sur la rive est. Le cours Belsunce, qui accueille dès une première ligne de tramway en direction du nord de la ville, est profondément transformé par l’arrivée d’une nouvelle ligne de tram mise en service en . L’axe historique de circulation automobile disparaît, hormis une voie de service sud-nord, au bénéfice d’une quasi piétonisation de l’espace.

Situation et accès Il relie la rue de Rome et le cours Saint-louis à la rue d'Aix. C'est l'axe principal du quartier du même nom. Il a été considéré comme une des plus belles places de l'Europe baroque dont il ne reste plus que quelques vestiges.

right|thumb|160x160px|Tramway sur le cours en 2012 Le cours Belsunce est traversé par la ligne 2 Arenc Le Silo-La Blancarde du tramway, mise en service le , et par la ligne 3 Arenc Le Silo-Castellane, mise en service le . Il est desservi par la station Belsunce-Alcazar.

La station de bus Canebière-Bourse du réseau de bus de Marseille, terminus des lignes de bus desservant le nord de l’agglomération, jouxte le cours.

Origine du nom Le cours se nomme d’abord « Cours Saint-Hommebon », la congrégation de Saint-Hommebon y étant implantée à l’emplacement de l’actuelle bibliothèque de l’AlcazarAtlas archéologique de l'INRAP., puis simplement « Le Cours » ou « Le Grand Cours ».. Au milieu du cette dénomination persiste encore : selon Augustin Fabre Fabre, historien et alors conseiller municipal marseillais : ..

Dans un contexte politique marqué par la réaction à la Révolution républicaine de 1848 le Conseil municipal entreprend d’honorer François-Xavier de Belsunce de Castelmoron, l'évêque de Marseille qui s'est distingué lors de la grande peste de Marseille en . Il décide de lui ériger une statue sur le cours, à l'endroit où celui-ci a célébré une messe expiatoire le puis, par un vote du , de donner son nom au cours.

Le cours s'est aussi nommé « Cours des Phocéens » pendant la Révolution, et de façon éphémère en 1870 « Cours de la Fédération ».

Historique L'origine du cours left|thumbnail|Extrait du plan geometral de la ville citadelles port et arcenaux de Marseille dressé par Joseph Razaud (ingénieur militaire, cartographe), 1743 (n°14ː le Cours, n°12 la Canebière) Le Grand Cours, artère majeure de l'agrandissement de Marseille prescrit par Louis XIV (lettres patentes du ), est créé en 1670. Il se situe entre la vieille ville et les faubourg des Roubauds et des Oliers qui connaissement un début d'urbanisation, sur un glacis militaire à l’est du rempart voués à la démolition. Cet espace, dit Lou grand Caire (le grand côté) est déjà un lieu de promenade agrémenté de fontaines et, d’arbres d’ornement..

Le modèle du cours, élément caractéristique de la ville baroque italienne est introduit en France sous Marie de Médicis. Le terme italien corso vient d’une voie de la Rome Antique lieu de flânerie et de divertissements. Le cours à carrosses, large avenue hors les murs, est d’abord réservé aux nobles et à la bonne société qui s’y montrent en tenue d’apparat puis devient un lieu de processions, de foires et de marchés. Il est plantés d’arbres : marronniers, micocouliers, mûriers ou ormeaux, alors que ceux-ci sont absents à l’intérieur des remparts.. Dix ans avant Marseille Aix-en-Provence est la première ville française, après Paris, à se doter d’un cours à l'emplacement de son rempart sud. Les deux promenades assurent l'articulation entre vieille ville et nouveaux quartiers, mais le cours marseillais diffère de l'aixois par la régularité de ses façades dont l’ordonnancement parait inspirée par les palais italiens, en particulier ceux de la strada Nuova de Gênes....

L'influence de Pierre Puget En 1667, alors qu’il travaille à Gênes le sculpteur, dessinateur, peintre et architecte marseillais Pierre Puget reçoit des échevins marseillais la commande des plans d’extension de la ville. De toutes ses propositions, dont une place royale qui aurait dû se situer entre l’extrémité sud du cours et l’arsenal des galères, seul le Cours est réalisé, par son frère Gaspard Puget et par Mathieu Portal, maîtres-maçon et architectes, mais dans des dimensions réduites par rapport au projet initial jugé trop coûteux. Le principe du cours à carrosses est même un temps refusé par Nicolas Arnoul, membre de la commission chargée par Louis XIV de gérer les travaux dans l’agrandissement, partisan d’une simple voie permettant de traverser la ville nouvelle de la porte Royale à la porte de Rome.

thumb|235x235px|Exemple de modénature imposée sur le Cours au La part de Pierre Puget dans réalisation du cours fait débat, il semble que certains de ses biographes l’aient exagérée, peut-être du fait d'une confusion entre les deux frères Puget.. Mais le père Joseph Bougerel, son premier biographe au milieu du , qui a vu des dessins de Pierre Puget perdus depuis, témoigne de son influence. Il écrit : ..

L'architecture du cours left|thumbnail|Vue du Cours pendant la peste de 1720, tableau de Michel Serre Le Cours est l’une des premières réalisations de l'agrandissement. Les immeubles sont pour l’essentiel construits entre et selon un modèle imposé par le Bureau de l'agrandissement : soubassement avec entresol, deux étages encadrés par des pilastres, attique sous un entablement débordant, pierre de taille des carrières de la Couronne, balcons en ferronnerie, mascarons. Les portes peuvent être ornées de cariatides ou d'atlantes comme celle de l’hôtel Pesciolini, un des seuls exemples qui ait résisté au temps, inscrite aux monuments historiques en . La continuité des toitures veut donner l'impression d'une grandiose suite de palais, bien que, derrière les façades, les immeubles soient plus proches de la maison de rapport, avec des boutiques au rez-de-chaussée, que des prestigieux hôtels particuliers du cours à carrosses d'Aix-en-Provence.

Le tableau de Michel Serre : Vue du Cours pendant la peste de 1720, permet de se représenter l'imposante perspective du cours, exemple exceptionnel d'urbanisme baroque, dont l'historien Antoine de Ruffi a écrit à la fin du qu'elle fait de Marseille « l'une des belles villes du Royaume » cité dans ..

La promenade La promenade occupe le terre-plein central, le charroi passant par les deux allées latérales le long des immeubles. Des arbres d’alignement marquent la longue perspective, d’abord des micocouliers, puis de mûriers plantés en , des ormeaux en et des platanes en 1840. C’est l’un des seuls endroit de Marseille où l’on puisse se mettre à l’ombre note un voyageur à la fin du .. Dès la Ville fait installer sur les côtés des bancs de pierre. Contrairement au cours d’Aix-en-Provence pourvu de nombreuses fontaines, le cours marseillais n’en a que deux : la fontaine Saint-Louis au niveau de la Canebière, et, près de la rue Tapis-Vert, une fontaine plus monumentale avec cinquante jets d’eau, dite « fontaine des Méduses » probablement à cause de la présence de sculptures de méduses crachant de l'eau. En la Ville fait construire de chaque côté de celle-ci des abreuvoirs de marbre sculptés par Marchetti (ou Marquetti) que l’on continue à nommer « Méduses » après la suppression de la fontaine centrale. En les Méduses et la fontaine Saint-Louis sont remplacées par deux bassins octogonaux dotés de vasques en fonte portées par des dauphins, dont le dessin est dû à l’architecte Pascal Coste..

Le cours de la fin du XVIIe siècle aux années 1830 Le cours est tout au long du le lieu de visibilité mondaine le plus apprécié des Marseillais. Les classes populaires occupent le Petit Cours au nord de l’axe Grand Rue-rue Tapis Vert, alors que les investissent le Grand Cours Jusqu’à la rue Noailles. Les gravures du le représentent « peuplé de belles dames et de gentilshommes ». Selon Augustin Fabre, Augustin Fabre, , tome 5, ..

C'est également le lieu des entrées triomphales depuis la porte Royale (porte d’Aix), des parades, des cérémonies publiques et des processions vers la collégiale Saint-Martin. Le , durant l’épidémie de peste, Belsunce y célèbre la messe. Au même endroit, le , une autre messe y commémore le centenaire de la fin de l’épidémie. Pendant la Révolution, le , un autel consacré à la Patrie est dressé lors de la fête de la Fédération, à l'angle du Grand Cours et de la Canebière, des messes y sont célébrées ainsi que des serments d'obéissance aux lois. C’est à ce même carrefour qu’ont lieu les exécutions capitales, et que les condamnés sont exposés au pilori.

Les cafés sont nombreux sur le cours, le public s’y réparti selon son rang social et ses opinions politiques. Bonapartistes, royalistes et républicains ont chacun le leur et se défient volontiers en pleine rue..

Plus vaste espace public de la cité, le cours est également un lieu de commerce. Le marché s'y tient tous les matins. De nombreux commerces de détail, représentés sur le Plan LavastrePlan-relief représentant les lieux des journées insurrectionnelles 22 et 23 juin 1848 à Marseille : exposé au Musée d’histoire de Marseille, occupent les rez-de-chaussée des immeubles. La promenade accueille les deux grandes foires traditionnelles de la cité : la foire de la Saint-Jean à la fin du mois de juin, et la foire de Saint-Lazare, du au . Cette dernière, dont les baraques débordent sur la Canebière, s’y tient de à , avec un passage par les allées de Meilhan de à . Au début du s’y ajoute à Noël la foire aux santons, transférée en aux allées de Meilhan.

Mutations urbaines et déclin du cours au long du XIXe siècle De la monarchie de Juillet au Second Empire l'essor économique et le développement urbain de Marseille modifient profondément les fonctions du cours. La bourgeoisie marseillaise se déplace vers de nouveaux lieux à la mode : les grands cafés de la rue Beauveau puis de la Canebière, les riches demeures du boulevard Longchamp, du cours Bourbon puis de la promenade du Prado. Proche du nouveau port marchand de la Joliette ouvert en , et de la gare Saint-Charles mise en service en le « quartier Belsunce » voit arriver une population plus modeste. Si le cours perd de son prestige il n’en reste pas moins un lieu central et commercial, dont l’animation est décrite par le voyageur Stendhal en , et par le marseillais Horace Bertin en et ..

1891 : la promenade cède la place à une voie de circulation