vignette|Saint Luc écrit une icône de la Vierge Marie. Selon la Tradition chrétienne, Saint Luc en aurait écrit trois, ce qui ferait de lui le premier iconographe chrétienLéonide Ouspensky, La Théologie de l'icône dans l'Église orthodoxe. Paris, Cerf, 1980, –40..

Liconodulie (du grec / eikôn, image et / douleia, service) est un courant de pensée en faveur des images religieuses, ou icônes, et de leur vénération, en opposition à l'iconoclasme.

Le terme est actuellement utilisé en relation à l’iconomachie byzantine (726-843)Le terme iconoclasme (destruction des images) est traditionnellement employé par les auteurs modernes pour désigner cette controverse. Néanmoins, les Byzantins employaient davantage l’expression iconomachie (conflit des images). Voir Leslie Brubaker et John Haldon, Byzantium in the Iconoclast Era, c. 680-850 – A History. Cambridge University Press, 2011, p. 7.. Les iconodules les plus renommés sont Germain de Constantinople, saint Jean Damascène, Théodore Studite et Nicéphore Ier de ConstantinopleJean Meyendorff, Initiation à la théologie byzantine. Paris, Cerf, 1975, –70.. La controverse est lancée par l'empereur byzantin Léon III l'Isaurien en 726 Andrew Louth, Greek East and Latin West, The Church AD 681 – 1071. Crestwood, St Vladimir’s Seminary Press, 2007, -49.. Jean Damascène affirma que l'interdiction des icônes équivaut à nier l'Incarnation, soit la présence de Dieu dans le monde terrestreJean Damascène, Troisième discours apologétique de notre père saint Jean Damascène contre ceux qui rejettent les images saintes, chap. XII, tiré de Jean Damascène, Le Visage de l’invisible, trad. Anne-Lise Darras-Worms. Paris, Migne, 1994, .. Si dans l'Ancien Testament les images de Dieu sont interdites, cette interdiction est levée puisque, par la venue de son Fils, Dieu s'est laissé voirGermain de Constantinople, Lettre de Germain, bienheureux patriarche de Constantinople, à Jean, évêque de Synada, tiré de Stéphane Bigham, Les Images chrétiennes de Constantin le Grand à la période posticonoclaste (313 – 900). Montréal, Médiaspaul, 2010, .. Le deuxième concile de Nicée (787) affirme que « l'honneur rendu à l'image remonte au prototype »Cette citation est de Basile le Grand, reconnu comme un Père de l’Église par tous les chrétiens. Voir Basile le Grand, Traité sur le Saint-Esprit, tiré de Stéphane Bigham, Op. cit., . Le Horos du concile de Nicée II peut être retrouvé dans Léonide Ouspensky, Op. cit., –118., autrement dit à la personne représentée, et non à l'image en soi. L'iconodulie triompha définitivement en 843Léonide Ouspensky, Op. cit., -109..

Liconophilie (du grec / eikôn, image et / philia, amour) désigne ce courant de pensée pour d'autres périodes historiques.

Une même religion peut passer de l'aniconisme à l'iconisme (qui peuvent être l'un et l'autre globaux ou sélectifs), puis à l'iconophilie, en traversant des crises d' (fait d'être opposé, en théorie, aux images), l'attitude des iconophobes n'impliquant pas nécessairement, en pratique, une iconomachie (lutte contre les images) ou une iconoclastie (destruction des images)..

Survol historique de la crise iconoclaste (726-843)

Le début de la crise iconoclaste (726-754) Au début du , l'iconoclasme gagna certains évêques de l'EmpireStéphane Bigham, Op. cit., – 195. L’étude des trois lettres de Germain de Constantinople à différents évêques amène Stéphane Bigham à conclure qu’il est difficile de déterminer avec exactitude si c’est l’empereur qui influença les évêques, ou si ce sont les évêques qui influencèrent l’empereur, ou encore s’il y eut une influence de la sorte., puis l'empereur Léon III l'Isaurien (717-741), qui l'adopta en 726 et l'officialisa en 730, lorsqu'il demanda au patriarche Germain de Constantinople (715-730) d'y souscrire Andrew Louth, Op. cit., -49. De nombreux auteurs affirment que l’empereur aurait promulgué l’iconoclasme par le biais d’un édit impérial en 726. Cette version est mise en doute par Leslie Brubaker et John Haldon, Op. cit., -127. Ces derniers démontrent l’absence de preuves historiques contemporaines à Léon III l’Isaurien faisant référence à un tel édit. L’empereur aurait plutôt adopté l’iconoclasme à titre personnel en 726, avant de l’officialiser en 730. Mais encore, même l’année 730 ne semble pas marquer la mise en place d’une politique de destruction systématique des icônes à travers l’Empire : l’empereur aurait tout au plus exigé du patriarche de Constantinople, ainsi que du pape de Rome Grégoire II, auquel il a écrit, qu’ils soutiennent ses opinions iconoclastes.. Les catastrophes militaires du John Meyendorff, Imperial Unity and Christian Divisions, The Church AD 450 – 608. Crestwood, St Vladimir’s Seminary Press, 1989, -361. et du début du Leslie Brubaker et John Haldon, Op. cit., -79., ainsi que les éruptions volcaniques sur les îles de Théra et Thirassia dans la mer ÉgéeIbid., ., convainquirent l'empereur que son Empire s'était attiré la colère de Dieu en raison de la vénération des imagesIbid., -22. L’idéologie théocratique byzantine voulait que l’empereur soit choisi de Dieu pour régner sur un empire sanctionné par Lui et pour protéger le people romain, choisi par Lui. Dans cette optique, toutes les catastrophes militaires du , contre les Perses puis contre les Arabes, mais aussi les victoires militaires contre les Perses, ont été invariablement attribuées à une colère ou à une récompense divine, soit en raison d’une doctrine jugée hérétique – en l’occurrence le monothélisme – adoptée par l’empereur, soit en raison du rejet de cette hérésie par un autre empereur.. La réaction iconoclaste au culte des images est aussi due à l'intensité nouvelle que prenait ce culte depuis la fin du  : les images chrétiennes avaient certes toujours existé, mais l'intensité de leur vénération s'était récemment décuplée, ce que certains considérèrent comme une innovation condamnableIbid., –66..

C'est dans ce contexte historique que l'empereur adopta l'iconoclasme. Toutefois, il ne semble pas avoir instauré une politique iconoclaste à grande échelle accompagnée d'une destruction systématique des images religieuses dans tout l'EmpireIbid., –151, 153–155, aboutissent à cette conclusion après une revue des preuves documentaires et artisanales contemporaines à Léon III l’Isaurien. Cette conclusion nuance énormément l’image exagérément iconoclaste que les auteurs iconodules postérieurs ont attribuée à l’empereur et qui a été systématiquement reprise par de nombreux auteurs modernes.. Aussi, certains évêques avaient aussi adopté l'iconoclasme pour des raisons proprement théologiques : ils invoquaient les interdits vétérotestamentaires (qui relèvent de l'Ancien Testament), notamment le commandement (Exode 20, 4), et accusaient les iconodules d'idolâtrieLéonide Ouspensky, Op. cit., . Norman H. Baynes, « The Icons before Iconoclasm ». Harvard Theological Review, 1951, vol. 44, no 02, , mentionne l’attitude de l’évêque Hypatios d’Éphèse au pour expliquer l’apparition soudaine de l’iconoclasme parmi le clergé : cette apparition ne serait pas réellement soudaine, puisqu’un certain malaise face au culte des icônes aurait toujours marginalement existé au sein de l’Église. Cela dit, Leslie Brubaker et John Haldon, Op. cit., , mettent en doute l’authenticité de la correspondance d’Hypatios d’Éphèse, sans pour autant nier qu’un malaise avait toujours existé face aux images religieuses. Pour ce faire, ils citent des auteurs chrétiens, tels que Tertullien, Clément d’Alexandrie, Origène et Théodoret de Cyr. Or, Tertullien, Origène et Théodoret de Cyr n’ont pas d’autorité canonique et ont été condamnés par l’Église pour des raisons indépendantes de leurs positions vis-à-vis des images. Le premier a quitté l’Église à la fin de sa vie pour rejoindre la secte montaniste. Les thèses néoplatoniciennes du second ont été jugés étrangères à la doctrine biblique au concile de Constantinople II (553). Quant à Théodoret de Cyr, sa doctrine est trop proche du nestorianisme pour être acceptée comme canonique par l’Église, lui-même a failli être condamné au concile de Chalcédoine (451) et plusieurs de ses écrits ont été condamnés au concile de Constantinople II (553) dans le cadre de la condamnation des Trois chapitres. En ce qui concerne l’apologète Clément d’Alexandrie, il semble exagéré de lui apposer une étiquette iconoclaste : il ne semble pas avoir condamné l’art liturgique en soi, mais seulement l’art païen, qui veut se substituer à la vérité chrétienne. D’ailleurs, l’apologète ne condamne pas les symboles chrétiens populaires de son temps. En somme, il y avait certes un malaise face aux images religieuses, mais il est erroné d’attribuer ce malaise à l’ensemble de l’Église. Pour Tertullien, Origène, Théodoret de Cyr et Clément d’Alexandrie, voir respectivement Justo L. Gonzalez, The Story of Christianity – Volume 1: The Early Church to the Dawn of the Reformation. New York, HarperCollins Publishers, 1984, ; John Meyendorff, Op. cit., -235 ; Ibid., , 235-245 ; Léonide Ouspensky, Op. cit., -15.. Les iconodules répondirent à ces accusations par des arguments christologiquesIbid., -104. Voir plus bas..

Le concile de Hiéreia (754) La réponse christologique des iconodules aux arguments vétérotestamentaires des iconoclastes entraîna ces derniers sur la voie christologiqueLéonide Ouspensky, Op. cit., -103. George Ostrogorsky, cité par Léonide Ouspensky, insiste sur l’ordre chronologique de l’usage d’arguments christologiques dans le débat : les iconodules ont utilisé ces arguments avant les iconoclastes, et non l’inverse. D’ailleurs, les traités iconodules de Germain de Constantinople et de Jean Damascène exploitent abondamment l’argumentation christologique et ils précèdent le concile de Hiéreia.. L'empereur Constantin V (741-775), fils de Léon III l'IsaurienEntre les règnes de Léon III l’Isaurien et de Constantin V, Artabasdos, le beau-frère de Constantin V, régna pendant environ un an. Considéré comme un usurpateur par Constantin V, ce dernier le délogea de la capitale impériale en 742 ou 743. Voir Leslie Brubaker et John Haldon, Op. cit., -163, pour une description détaillée des événements., rédigea vers la fin des années 740Ibid., . La question des images ne semble pas avoir préoccupé l’empereur durant les premières années de son règne. La peste qui affecta gravement l’empire en 748 semble avoir encouragé l’empereur à se préoccuper davantage de cette question, ce dernier considérant la maladie comme un signe de la colère divine. un traité théologique qui inspirera le Horos (définition dogmatique) du concile de Hiéreia (754) : les Peuseis Andrew Louth, Op. cit., -57.. Ce traité a formulé une doctrine liant la christologie du concile de Chalcédoine (451) avec l’iconoclasmeLéonide Ouspenksy, Op. cit., -109. Voir plus bas.. L’empereur durcit ses politiques iconoclastes en 765/766 et persécuta notamment des communautés monastiques, probablement en représailles à un complot contre sa personne Leslie Brubaker et John Haldon, Op. cit., -247..

L'entre-deux iconodule (780-815) et le concile œcuménique (Nicée II, 787) Léon IV le Khazar (775-780), fils de Constantin V, succéda à ce dernier en 775. Il perpétua la politique iconoclaste de son père, mais l'appliqua moins sévèrement. À sa mort, en 780, son fils Constantin VI (780-797), âgé de dix ans, lui succéda. La régence de l'Empire alla à sa mère, Irène (797-802). Celle-ci, manifestement iconodule, convoqua le deuxième concile de Nicée, qui deviendra le concile œcuménique de l'Église, en 787, et qui rétablit la vénération des icônes Andrew Louth, Op. cit., -61..

La deuxième phase de la crise iconoclaste (815-843)