L'expression « bataille de l'AtlantiqueSi l'on tient compte de celle ayant eu lieu pendant la guerre de Sept Ans, il s'agit de la troisième du nom, la deuxième étant celle du premier conflit mondial. » désigne l'ensemble des combats qui ont eu lieu dans l'Atlantique nord, pendant la Seconde Guerre mondiale. La paternité de l'expression est attribuée à Winston ChurchillMichel Vergé-Franceschi (dir.), Dictionnaire d'Histoire maritime, 2002, Robert Laffont, , , notice « Bataille de l'Atlantique », .. C'est la plus longue bataille de la Seconde Guerre mondiale, commençant le pour finir le .

Cette appellation est parfois étendue aux combats ayant eu lieu dans l'océan Arctique, l'Atlantique sud, voire la mer Méditerranée ou encore l'océan Indien. Une partie des campagnes de Méditerranée en constitue un prolongement.

La domination militaire de l'Atlantique a constitué un enjeu stratégique déterminant de la Seconde Guerre mondiale. L'économie britannique et l'effort de guerre de Londres ne pouvaient compter que sur des approvisionnements par voie maritime, et l'Allemagne cherchait donc à établir un blocus du Royaume-Uni pour étrangler et vaincre son dernier adversaire en Europe de l'Ouest.

Après l'engagement américain dans le conflit, l'enjeu devint plus important encore puisqu'il s'agissait d'empêcher l'acheminement en Europe du corps expéditionnaire américain, en plus des approvisionnements.

Cette bataille a principalement opposé les U-Boote allemands aux escorteurs et avions alliés. Elle a aussi donné lieu à des combats entre navires de surface, et a été l'occasion d'innovations techniques importantes.

Contexte Contexte historique Le traité de Versailles signé en 1919 entérine la défaite de l'Allemagne au cours de la Première Guerre mondiale. Elle ne peut plus posséder qu'une force défensive : il lui est interdit d'avoir une aviation, des sous-marins et des porte-avions. La marine est limitée à , et aucun navire ne doit jauger plus de .

Après l'arrivée au pouvoir de Hitler, un accord naval bilatéral entre le Royaume-Uni et l'Allemagne est conclu en 1935. Le traité dispose que l'Allemagne peut construire 35 % du tonnage de surface et 45 % du tonnage sous-marin de la Royal Navy.

Après la guerre sous-marine sans restriction menée par l'Allemagne au cours de la Première Guerre mondiale, les États ont cherché à encadrer, voire à éliminer l'arme sous-marine, sans y parvenir. Le traité de Londres impose que les sous-marins obéissent aux mêmes règles que celles s'appliquant aux corsaires de surface : attaquer en surface et mettre l'équipage en lieu sûr, avant de couler le navire intercepté (cf. article 22) ; ceci ne s'applique toutefois pas aux navires refusant d'obéir ou ripostant par les armes. Ces règles n'interdisaient pas d'armer les navires marchands mais cet armement les transformait ipso facto en auxiliaires de la marine de guerre ne bénéficiant plus de la protection prévue à Dönitz, Karl. Memoirs: Ten Years and Twenty Days ; von der Poorten, Edward P. The German Navy in World War II (T. Y. Crowell, 1969).

Contexte géographique vignette|Carte de l'océan Atlantique. La majeure partie des combats se sont tenus dans l'Atlantique nord. Un convoi voulant traverser l'Atlantique doit parcourir marins s'il part de New York pour Liverpool ; s'il part d'Halifax et s'il vient de Panama. Cette distance se traduit par une durée de 14 à de mer.

La partie nord de l'Atlantique, en raison de l'oscillation nord-atlantique, présente des conditions météorologiques fréquemment difficiles. En particulier en hiver, le passage de dépressions provoque des tempêtes qui peuvent suivre les cargos naviguant vers l'est tout au long de leur trajet, ou se succéder pour les navires allant d'Europe en Amérique. Ainsi, la corvette britannique HMS Pink fera état de vagues de à , le .

Contexte stratégique Vu du côté allié Après la chute de la France, le Royaume-Uni, pour continuer son combat contre l'Allemagne nazie, doit compter en immense partie sur un ravitaillement venant d'outre-mer, principalement de son empire colonial ou du continent américain. En 1939, le Royaume-Uni est le plus gros importateur du monde. La majorité des importations concernent l'alimentation, humaine ou animale, la laine et le coton ; le pétrole et ses dérivés comptent pour autant que les importations alimentaires. Les importations de nourriture vont baisser de vingt-deux millions de tonnes à quinze puis onze millions de tonnes, avec la quasi-disparition des aliments pour le bétail. L'effort de guerre britannique est constamment tributaire des importations de pétrole et de matières premières, et de la moitié de l'alimentation humaine (en calories). Tout repose sur la capacité de transport disponible. Un cargo moyen, comme les Liberty ships, transporte de fret. Un seul de ces cargos peut transporter l'équivalent de trois cents chars, trois millions de fusils ou de viande, ce qui équivaut à une ration hebdomadaire individuelle d'un kilogramme pour dix millions de personnes, la population de Londres.

À côté de l'approvisionnement de la population britannique, l'effort de guerre nécessite des moyens considérables. Pour donner un exemple, larguer un million de tonnes de bombes sur l'Allemagne représente le chargement de cent Liberty ships, avec cent autres pour fournir le carburant aux bombardiers. Au moment des préparatifs du débarquement, les besoins augmentent. Le transport d'une division d'infanterie américaine représente de fret. En 1944, la moitié du tonnage importé concerne les munitions.

Troisième élément à prendre en compte : les besoins de l'URSS. Elle est ravitaillée, en partie, par des convois passant par l'Arctique. Pour une bonne part, les fournitures transitent par les îles Britanniques ; le reste est apporté par les cargos des convois de l'Atlantique qui quittent ces îles pour gagner directement l'Islande. En , ce sont de nourriture qui sont envoyées aux Soviétiques.

Vu du côté de l'Axe

Pour affaiblir le Royaume-Uni, il faut ralentir suffisamment le flot d'approvisionnement dirigé vers les ports britanniques. Pour cela, le meilleur moyen est de couler davantage de capacité de transport que l'adversaire n'est capable d'en construire.

Les forces de l'Axe attaquent donc indistinctement tous les navires marchands alliés, qu'ils quittent l'Angleterre ou qu'ils cherchent à l'atteindre. Cela suppose de disposer de suffisamment de forces à la mer, donc produire le plus grand nombre possible de corsaires. Ce d'autant plus qu'un navire passe relativement peu de temps en mission, entre le temps de remise en état dans une base et celui de transit entre la base et son lieu d'action. Pour une flotte de submersibles, le tiers seulement se trouve au combat en mer, les deux autres tiers étant soit en transit, soit en entretien dans les bases sous-marines.

Dès l'élaboration du Plan Z de 1935 pour la reconstruction de la Kriegsmarine, la question de l'arbitrage entre les forces de surface et les sous-marins est posée. Ces derniers ont pour eux un coût et un délai de construction très favorable comparé à ceux de navires de surface, mais l'expérience de la guerre sous-marine en 1914-1918 montrait également leur grande vulnérabilité, 40 % des équipages et 229 des 345 U-boote étant perdus, et finalement leur échec.

Erich Raeder, le chef de la marine, tranche la question en faveur des navires de surface, au motif que sans eux les Britanniques seront en mesure d'empêcher les sous-marins de sortir de la mer du Nord. Le plan Z prévoit quand même une force sous-marine importante, de tous types, dont 152 (à savoir 90 de type VII b et 60 de type IX) correspondant à la vision de Dönitz. Les autres sont soit des sous-marins côtiers dont le rôle est défensif, soit des modèles en vogue comme des croiseurs sous-marins (similaires au Surcouf français), soit des « sous-marins d'escadre » destinés à ouvrir les routes aux forces de surface. Dönitz estimait que le besoin était du double (trois cents sous-marins d'interdiction commerciale), selon un livre qu'il publie en 1939Karl Dönitz, Die U-Bootenwaffe (« L'Arme sous-marine »), Berlin, 1939, Mittler. pour être en mesure d'atteindre son objectif. Sur ce nombre, 90 seraient en embuscade, par groupes de trois, pour intercepter les convois empruntant les trois principales routes identifiées : Atlantique nord, centre de l'Atlantique et le long des côtes africaines, passé Gibraltar. Et à l'ouverture des hostilités, le plan Z (dont l'horizon était un achèvement en 1945) est très loin d'être réalisé, Dönitz dispose en tout et pour tout de 57 U-Boote : 18 dans l'Atlantique, 21 en mer du Nord, 10 dans la Baltique et 8 autres non opérationnels.

Acteurs

Forces de l'Axe Navires de surface allemands

Au début du conflit, l'Admiral Graf Spee écume l'Atlantique sud, coule 9 navires totalisant tonnes, mais, pourchassé, se saborde le à la suite des dégâts qu'il a subis lors de la bataille du Rio de la Plata. LAdmiral Scheer mène une opération similaire à partir d'octobre 1940, coulant pour plus de de navires de commerce devenant de loin le corsaire allemand qui a accumulé le plus de victimes en tonnage de toute la guerre, et réussit à rentrer en Allemagne le .

Après l'ajournement , fin 1940, de l'opération Seelöwe d'invasion de l'Angleterre, la guerre contre le commerce redevient la priorité. Sachant que la flotte allemande ne peut pas s'opposer à la Royal Navy, l'objectif de ces opérations est de s'attaquer seulement au commerce, avec interdiction de chercher l'affrontement. Du au le Scharnhorst et le Gneisenau mènent ensemble l'opération Berlin, qui est un succès : ils coulent ou capturent 22 navires totalisant plus de , et rentrent indemnes. Confiante à la suite de ce succès, la Kriegsmarine lance le le tout neuf cuirassé Bismarck et le Prinz Eugen dans l'opération . Cette fois, c'est un échec, la Royal Navy repère et pourchasse les navires allemands dès le détroit de Danemark, leur interdisant de mener leur action prévue, et si le Bismarck coule le le , il est lui-même coulé trois jours plus tard, tandis que le Prinz Eugen s'échappe. La Kriegsmarine renonce à utiliser ses grands navires comme corsaires dans l'Atlantique.

Dans un second temps, elle arme des corsaires marchands, comme croiseurs auxiliaires. Parmi les onze qui seront utilisés, l’Atlantis, l’Orion ou le Thor. Ceux-ci vont couler de cargos alliés, ce qui est assez peu en regard des que les U-Boote enverront par le fond.

U-Boote vignette|U-Boote de type VIIC et IX, en , devant leur base Dora de Trondheim. En 1939, la flotte allemande compte 57 U-Boote dont seulement une vingtaine capables d'opérer dans l'Atlantique. La plupart ne sont que des navires côtiers ou d'écolage.(20 U-Boote type VIIA & B et 7 U-Boote type IXA). À la fin du conflit, l'économie de guerre du Troisième Reich conduit à armer unités (non compris les sous-marins de poche), ce qui correspond à un sous-marin mis à l'eau tous les trois jours dans les arsenaux allemands.

Les U-Boote d'alors ne sont pas des sous-marins au sens où on l'entend à notre époque. Il faut plutôt les comparer à des « torpilleurs submersibles » : ils ne sont pas conçus pour rester continuellement en immersion. La plupart du temps, souvent la nuit, ils naviguent en surface aux moteurs Diesel, rechargeant leurs batteries qui alimentent les moteurs électriques pour la navigation en plongée. Ils plongent ponctuellement soit pour attaquer à la torpille, soit pour échapper à une contre-attaque. En immersion, leur vitesse est de l'ordre de quatre nœuds pendant quelques heures seulement, contre dix-sept nœuds, environ, en surface. Leur vitesse de surface est équivalente à celle de la majorité des escorteurs chargés de défendre les convois.

Seuls des sous-marins océaniques seront mobilisés dans la poursuite des convois, les sous-marins côtiers n'ayant pas un rayon d'action suffisant. Les principaux types seront les VII et les IX.

U-Boote type VIIC,