Le Verdon (Verdoun en occitan provençal de norme mistralienne) est une rivière française qui prend sa source au pied de la tête de la Sestrière, entre le col d'Allos et les Trois-Évêchés, et se jette dans la Durance, près de Vinon-sur-Verdon, après avoir parcouru .
Hydronymie Le nom du Verdon (Virdones, Viridionis vers 1030)Daniel Thiery, « La Mure-Argens », Aux origines des églises et chapelles rurales des Alpes-de-Haute-Provence, publié le 22 décembre 2010, mis à jour le 11 décembre 2011, consulté le 6 janvier 2014., appelé Vardu par les Gaulois, vient du terme préceltique vara, qui sert à désigner l’eau, il repose sur une racine pré-celtique ou celtique vara / vird- signifiant « l'eau » ou « la rivière ».
Géographie Dans son cours supérieur, le Verdon a l'allure d'un torrent et présente une pente importante : à Saint-André-les-Alpes, à de sa source, la rivière est déjà à d'altitude. En aval de ce point, progressivement grossi par ses affluents, le Verdon franchit plusieurs chaînons montagneux par des gorges imposantes, les gorges du Verdon, dont plusieurs ont été équipées de barrages hydroélectriques.
Sources du Verdon Le Verdon prend sa source dans les Alpes du Sud, dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (département des Alpes-de-Haute-Provence).
Le Verdon naît de la confluence de trois torrentsM. Jorda, « Les montagnes du Haut Verdon, Étude géomorphologique », Méditerranée, Deuxième série, Tome 20, 1-1975. . : le Verdon de la Foux, né sur la montagne des Trois-Évêchés ; le torrent de Bouchier, né sur le massif du Mont Pelat ; le Chadoulin, émissaire du lac d'Allos.
Communes traversées Dans les trois départements des Alpes-de-Haute-Provence; des Bouches-du-Rhône et du Var, le Verdon traverse trente-deux communes.
Principales localités arrosées Le Verdon s'écoule pour l'essentiel dans le département des Alpes-de-Haute-Provence ; cependant sur plusieurs tronçons de son parcours, il sert de frontière entre ce département et celui du Var ; les tout derniers kilomètres sont dans le Var. Le confluent avec la Durance est dans les Bouches-du-Rhône à proximité de Cadarache.
Allos, Colmars, Saint-André-les-Alpes, Castellane, Les Salles-sur-Verdon, Aiguines et Sainte-Croix-du-Verdon à travers le lac de Sainte-Croix, Montmeyan, Quinson, Esparron-de-Verdon, Gréoux-les-Bains, Vinon-sur-Verdon (Var) et à proximité immédiate : Moustiers-Sainte-Marie.
Toponymes Le Verdon a donné son hydronyme aux communes suivantes de Les Salles-sur-Verdon, Sainte-Croix-du-Verdon, Esparron-de-Verdon, Vinon-sur-Verdon, Artignosc-sur-Verdon, Saint-Laurent-du-Verdon, La Palud-sur-Verdon, Saint-Julien-du-Verdon et Baudinard-sur-Verdon.
Bassin versant Son bassin versant est ou de .
Organisme gestionnaire L'organisme gestionnaire est le parc naturel régional du Verdon, syndicat mixte et structure porteuse du SAGE du bassin versant du Verdon.
Affluents Principaux affluents (d'amont en aval) la Lance (rgAbréviations : rd pour rive droite et rg pour rive gauche.), sur la commune de Colmars sans affluent. l’Issole (rd), à Saint-André-les-Alpes le Jabron (rg), à la clue de Carejuan le Bau ou Baou (rd), à l'entrée du Grand canyon l’Artuby (rg), à la Mescla le Colostre (rd), peu avant Gréoux-les-Bains vignette|centre|650px|Gorges du Verdon.
Rang de Strahler
Hydrologie Le Verdon est une rivière fort abondante, comme tous les cours d'eau issus des régions alpestres. Son régime hydrologique est dit nivo-pluvial. Climat
Le Verdon à Vinon-sur-Verdon Son débit a été observé sur une période de (1969-2006), à Vinon-sur-Verdon, au niveau de son confluent avec la Durance. Le bassin versant de la rivière y est de , c'est-à-dire sa quasi-totalité de .
Le module de la rivière à Vinon-sur-Verdon est de . Pour les chiffres qui vont suivre, il est nécessaire de garder à l'esprit que le profil de la rivière a été modifié par la série de barrages-réservoirs construits sur son cours.
Le Verdon présente des fluctuations saisonnières typiques d'un régime hydrologique à dominante nivale ou régime nivo-pluvial. On y distingue en effet deux périodes de crue. La moins importante est celle des hautes eaux d'automne causées par les pluies de cette saison. Le débit mensuel moyen monte alors à , en novembre. Cette période est suivie d'une légère baisse de débit jusqu'à en décembre et 27,4 en février, une bonne partie des précipitations étant retenue dans la haute montagne sous forme de neige. Suit alors une deuxième montée du régime aboutissant à un second sommet — le plus important — en avril () et surtout en mai ().
Il est dû à la fonte des neiges associée aux pluies de printemps. Dès lors, dès le mois de juin, s'amorce la décrue suivie des basses eaux d'été qui se déroulent de juillet à septembre inclus et mènent le débit moyen à son plancher du mois d'août avec une moyenne mensuelle de /s. Au total, les oscillations saisonnières paraissent ainsi peu importantes, puisque les débits mensuels moyens se situent tous dans la fourchette comprise entre , mais les fluctuations sont bien plus prononcées observées sur de plus courtes périodes, et aussi selon les années.
Étiage ou basses eaux À l'étiage, le VCN3 peut chuter jusque , en cas de période quinquennale sèche, soit seulement , ce qui est extrêmement bas.
Crues Les crues ne sont généralement guère importantes, et surtout sans commune mesure avec celles de la Durance ou du Var voisins. La rivière est désormais puissamment régularisée grâce à la série de barrages dont elle est dotée. Les crues millennales sont estimées à au confluent de la Durance ; cependant, on a relevé une crue de le Jean-Paul Clébert et Jean-Pierre Rouyer, La Durance, Privat, Toulouse, 1991, dans la collection Rivières et vallées de France, , .
Ainsi, les QJX 2 et QJX 5 valent respectivement 110 et . Le QJX 10, ou débit journalier calculé de crue décennale, est de , le QJX 20 de , tandis que le QJX 50 se monte à . Ces débits de crue sont plus ou moins trois fois plus faibles que ceux de la Sèvre nantaise par exemple, alors que les deux bassins sont de dimension fort proche. Mais cela signifie cependant que, par exemple, tous les deux ans, on doit s'attendre à une crue de l'ordre de cubes, et que tous les cinq ans, une crue de cubes doit statistiquement se produire.
Le débit journalier maximal enregistré a été de le . En comparant cette valeur à l'échelle des QJX de la rivière, il apparaît que cette crue était plus de deux fois plus importante que la valeur calculée pour une crue cinquantennale, et donc fort improbable et certainement très exceptionnelle. Lame d'eau et débit spécifique Au total, le Verdon est une rivière abondante, alimentée par les précipitations, elles aussi abondantes, qui prévalent dans la région, et surtout dans la partie supérieure de son bassin. La lame d'eau écoulée dans son bassin versant est de 466 millimètres annuellement, ce qui est élevé, largement supérieur à la moyenne d'ensemble de la France tous bassins confondus (plus ou moins 320 millimètres), et aussi à la totalité du bassin de la Durance (479 millimètres à Jouques-Cadarache). Le débit spécifique de la rivière (ou Qsp) atteint par seconde et par kilomètre carré de bassin.
Le Verdon a un profil sans ruptures de pente importantesDonnées ayant permis de réaliser ces constatations (et le tableau ci-dessous) : site Géodésie de l'IGN (http://geodesie.ign.fr/fiches/index.php?module=e&action=e_profils&context=accueil). En amont de la Foux d'Allos, la pente du Verdon est de 175 pour mille. Entre la Foux d'Allos et Thorame-Haute, elle n'est plus que de 28 pour mille. De Thorame-Haute jusqu'à Rougon, la pente est de 8,9 pour mille. Et 6,5 pour mille entre Castellane et Rougon. Entre Rougon et la sortie des gorges du Verdon (c'est-à-dire une moyenne sur toutes les gorges), au niveau d'avant le barrage de Sainte-Croix, la pente est de 7 pour mille (à comparer au 6,5 pour mille précédents), certes faible mais avec des portions plus pentues. Jusqu'à Quinson, elle n'est plus qu'à 4,1 pour mille. Le Verdon a une pente d'environ 3,4 pour mille de Quinson jusqu'au confluent.
thumb|upright=2.2|center|Profil en long du Verdon.
Écologie de la rivière Malgré la segmentation du cours d'eau par les barrages, le Verdon abrite de nombreuses espèces piscicoles et invertébrées. Les densités de truites y sont très raisonnables, et font du Verdon l'une des destinations favorites des pêcheurs varois. Par ailleurs, une population d'Apron du Rhône (Zinger Asper, espèce protégée, liste rouge de l'UICN) dans les gorges du Grand Canyon fait l'objet, depuis 2012, d'un Arrêté de Protection de Biotope qui couvre de cours d'eau. Une population de chabots, également protégés, a été découverte sur la commune de Gréoux-les-Bains.
L'équilibre écologique de la rivière est toutefois fortement affecté par les ouvrages hydroélectriques du Verdon lui-même, mais aussi de la Durance. Ceux-ci empêchent la montaison d'espèces migratrices comme l'anguille, et fragmentent les populations des autres espèces. En outre, la maitrise du débit limite le transport solide et le remodelage du lit des crues de petite et moyenne amplitude. L'augmentation en 2012 des débits réservés à l'aval des retenues de Chaudanne et de Gréoux ont toutefois permis d'améliorer le dynamisme des écosystèmes aquatiques du Verdon.
L'écrevisse à pieds blancs, autrefois présente sur l'ensemble des cours d'eau du bassin versant, a vu son aire de répartition fortement réduite à la suite de l'introduction d'espèces exotiques, plus concurrentielles, et parfois porteuses saines de l'Aphanomycose (ou peste de l'écrevisse). Elle est néanmoins encore présente sur certains affluents.
D'un point de vue végétal, la ripisylve du Verdon présente des faciès très variés, entre influences alpines et méditerranéennes.
La couleur verte prononcée du Verdon est due au fluor et aux micro-algues qu'il contient. Toutefois, dans les lacs de barrage (lacs de Sainte-Croix ou retenue de Quinson, notamment), ses eaux présentent une couleur turquoise due aux fonds argileux.
Histoire
Le Verdon, dont le cours est surtout marqué par l'existence d'étroites et profondes gorges, a généralement joué un rôle de frontière plutôt que de voie de communication au cours de l’Histoire, à l'instar de la Durance dont il est un affluent. À ce titre, aujourd'hui encore, la rivière marque la limite entre les départements des Alpes-de-Haute-Provence et du Var. Enfin, il est notable qu'une partie du Grand canyon du Verdon n'ait été explorée qu'au seulement.
Préhistoire Néanmoins, comme nombre de rivières, le Verdon a attiré l’Homme dès la Préhistoire : si des traces d'occupation humaine existent dès le Paléolithique sur le bas Verdon, c'est surtout le Néolithique qui a livré en importantes quantités un matériel aujourd'hui principalement conservé au musée de Préhistoire des gorges du Verdon, à Quinson.
Durant la Protohistoire, le haut Verdon fait partie de l'aire alpine, tandis que le moyen et le bas Verdon font partie de l'espace méditerranéen provençal.
Antiquité Quelques noms de peuples de cette période sont connus : les Gallitae ou Gallites (littéralement « petits Gaulois ») à Allos (aux sources du Verdon), sont vraisemblablement des Gaulois de Gaule cisalpine – des Ombriens – ; les Suètres peuplent la vallée du Verdon dans les Alpes-de-Haute-Provence ; les Reii, qui ont donné leur nom à Riez, leur capitale, sont quant à eux l'ethnie la plus importante au nord du bas Verdon.
C'est surtout sur le cours du Colostre, affluent du Verdon, et à partir de ce dernier oppidum que semble alors s'être développée une importante occupation humaine : non loin de Saint-Martin-de-Brômes, l'oppidum de Buffe-Arnaud domine le confluent stratégique du Colostre et du Verdon. Ce dernier site a été fouillé à l'occasion de la rectification de la route départementale 952 en 1992 et a notamment livré un fragment de bracelet laténien de style plastique.