Mustela erminea, l'Hermine, mais plus spécifiquement désignée sous le nom d'Hermine d'Eurasie, ou plus improprement sous celui d'Hermine d'Europe, est une espèce de mammifères carnivores de la famille des Mustélidés. Elle est originaire d'Eurasie et des régions septentrionales d'Amérique du Nord. En raison de sa large distribution circumpolaire, elle est classée en « préoccupation mineure » sur la liste rouge de l'UICN.

Le mot « hermine » désigne également l'animal lorsqu'il revêt son pelage d'hiver blanc pur, ainsi que sa fourrure elle-même. Au , la fourrure d'hermine était prisée par les monarques catholiques, qui l'utilisaient parfois pour confectionner leur mosette. Elle orne depuis longtemps les robes de cérémonie des membres de la Chambre des lords au Royaume-Uni. On la retrouve aussi sur les capes de certaines représentations religieuses, telles que l'Enfant Jésus de Prague. Mais en francophonie, elle est surtout connue comme la composante principale des manteaux de rois de France, ainsi qu’un symbole fort de la Bretagne.

L'hermine a été introduite en Nouvelle-Zélande à la fin du afin de contrôler les populations de lapins. Cependant, elle a eu un impact dévastateur sur les populations d'oiseaux endémiques ; l'espèce figure ainsi sur la liste des 100 « espèces envahissantes parmi les plus néfastes au monde ».

Dénominations Nom scientifique valide : Mustela erminea Linnaeus, 1758 selon ; Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Hermine (stricto sensu), Hermine d'Europe, Hermine d'Eurasie, Belette hermine, Belette à queue courte ; Noms vernaculaires (langage courant) : Roselet(parfois orthographié Rosselet), Stoat, Belette, Herminette ; Noms vulgaires et vernaculaires régionaux : erbinude zuri (basque), erminete (wallon), ermini (catalan), erminig (breton), grousst wisel (luxembourgeois), hermelin (luxembourgeois).

Étymologie vignette|Illustration de la « Belette hermine » (Mustela erminea) dans l’Atlas de poche des mammifères de France, de la Suisse romane et de la Belgique, par Martin René, 1910.|gauche La plupart des sources s’accordent à dire que le substantif féminin Hermine, attesté dans le milieu du , plus précisément en 1140, proviendrait de l’expression en latin classique Mus armenius « souris / rat d’Arménie », de par la forte abondance de l’animal en Asie mineure .

Si aujourd’hui le mot tend à désigner l’animal quelle que soit son espèce ou sa forme, les acceptions les plus anciennes limitaient son utilisation qu’à la forme blanche arborée par le mustélidé en hiver. La forme estivale, était alors, et est toujours désignée en français sous le nom de Roselet, mais dont l’étymologie, dérivée de rose, est bien plus récente, puisqu’elle remonte au . Selon John Guillim dans son traité Display of Heraldrie, le terme « hermine » dériverait d'Arménie, pays dont on pensait que l'espèce était originaire, bien que d'autres auteurs le rattachent au normand issu du teutonique (et de l'anglo-saxon ). Ce dernier semble lié au mot lituanien . En Amérique du Nord, elle est parfois appelée belette à queue courte. Le mâle est parfois désigné en anglais sous les termes de dog, hob ou jack, et la femelle par le mot jill. Un groupe d'hermines se dit gang ou pack.

Le mot anglais pour le roselet, « stoat », provient probablement soit du néerlandais (« audacieux »), soit du gothique (stautan, « pousser »).

Taxonomie L’espèce Mustela erminea est présente dès la dixième édition de Systema Naturæ parue en 1758, elle y est présentée comme l’espèce-type du genre Mustela et donc de toute la famille des Mustélidés.

Autrefois considérée comme une espèce unique dotée d'une très vaste répartition circumpolaire, une étude phylogénétique publiée en 2021 a scindé M. erminea en trois espèces distinctes : M. erminea sensu stricto (Eurasie et Alaska), Mustela richardsonii (majeure partie de l'Amérique du Nord) et Mustela haidarum (plusieurs îles de la côte du Nord-Ouest Pacifique).

Sous-espèces {| class="wikitable" style="width:100%;" |+ Liste des sous-espèces d’Hermines d’Eurasie selon : |- style="background:#115a6c; color:white;" ! Sous-espèce et Image ! Description ! Répartition ! Synonymes |- | M. e. ermineaLinnaeus, 1758(Sous-espèce type)150px|sans_cadre|gauche | De taille petite à moyenne avec une région faciale relativement courte et large. | La péninsule de Kola, la Scandinavie. | hyberna (Kerr, 1792)maculata (Billberg, 1827) |- | M. e. aestivaKerr, 1792 | De taille moyenne avec un pelage d'été sombre, fauve ou châtaigne. | Russie européenne (sauf la péninsule de Kola), Europe centrale et Europe occidentale. | algiricus (Thomas, 1895)alpestris (Burg, 1920)giganteus (Burg, 1920)major (Nilsson, 1820) |- | M. e. arcticaMerriam, 1896 | Grande sous-espèce au pelage d'été brun-jaune foncé, au ventre jaune intense et dotée d'un crâne massif ; elle ressemble plus aux formes eurasiennes qu'aux autres formes américaines. | Alaska, nord-ouest du Canada et archipel arctique canadien (sauf l'île de Baffin). | audax (Barrett-Hamilton, 1904)kadiacensis (Merriam, 1896)richardsonii (Bonaparte, 1838) |- | M. e. augustidensBrown, 1908

| M. e. ferghanaeThomas, 1895 | Petite sous-espèce au pelage très clair, brun-paille ou grisâtre, court et doux. Des taches claires sur le cou forment parfois un collier. Ne devient pas blanche en hiver. | Montagnes du Tian Shan et du Pamir-Alay, Afghanistan, Inde, ouest du Tibet et franges chinoises du Tian Shan. | shnitnikovi (Ognev, 1935)whiteheadi (Wroughton, 1908) |- | M. e. hibernicaThomas & Barrett-Hamilton, 1895 | Plus grande quaestiva mais plus petite que stabilis. Se distingue par le tracé irrégulier de la ligne de démarcation sur les flancs (bien que 13,5 % des individus présentent une ligne droite typique). Ne blanchit pas en hiver. | Irlande et Île de Man.

| M. e. kadiacensisMerriam, 1896 | | Île Kodiak (Alaska).

| M. e. kaneiiBaird, 1857 | Taille moyenne, plus petite que tobolica, avec de fortes similitudes avec arctica. Le pelage d'été est relativement clair, déclinant des teintes brun-jaune variables. | Sibérie orientale et Extrême-Orient russe, y compris le Kamtchatka (sauf l'oblast d'Amour et l'Oussouri), la Transbaïkalie et les monts Saïan. Présente aussi à Hokkaidō (Japon). | baturini (Ognev, 1929)digna (Hall, 1944)kamtschatica (Dybowski, 1922)naumovi (Jurgenson, 1938) |- | M. e. karaginensisJurgenson, 1936 | Très petite, avec une livrée d'été couleur châtaigne clair. | Île Karaguinski (côte est du Kamtchatka).

| M. e. lymaniHollister, 1912 | Taille moyenne ; pelage moins dense que chez tobolica. Teintes rousses estivales faiblement développées. Crâne similaire à aestiva. | Montagnes du sud de la Sibérie jusqu'au lac Baïkal et zones limitrophes de la Mongolie.

| M. e. martinoiEllerman & Morrison-Scott, 1951

| birulai (Martino, 1930) |- | M. e. minimaCavazza, 1912150px|sans_cadre|gauche | | Suisse, vallées alpines.

| M. e. mongolicaOgnev, 1928 | | Province de Govi-Altai (Mongolie).

| M. e. nipponCabrera, 1913 | | Nord de l'île de Honshū (Japon).

| M. e. ogneviJurgenson, 1932

| M. e. polarisBarrett-Hamilton, 1904 | | Groenland.

| M. e. ricinaeMiller, 1907 | | Les Hébrides (Écosse).

| M. e. salvaHall, 1944

| M. e. stabilisBarrett-Hamilton, 1904 | Plus grande que les hermines d'Europe continentale. | Grande-Bretagne ; introduite en Nouvelle-Zélande.

| M. e. teberdinaKorneev, 1941 | Petite sous-espèce, pelage estival couleur café à roux-fauve. | Pente nord de la partie centrale de la chaîne du Caucase. | balkarica (Basiev, 1962) |- | M. e. tobolicaOgnev, 1923 | Grande sous-espèce, un peu plus forte qu'''aestiva, pourvue d'une fourrure longue et dense. | Sibérie occidentale, vers l'est jusqu'au Ienisseï, Altaï et Kazakhstan.

Évolution L'ancêtre direct de l'hermine était Mustela palerminea, un carnivore commun en Europe centrale et orientale au cours du Pléistocène moyen, qui a migré vers l'Amérique du Nord à la fin du Blancan ou au début de l'Irvingtonien. L'hermine est le fruit d'un processus évolutif amorcé il y a 5 à 7 millions d'années, lorsque les forêts septentrionales ont cédé la place à des prairies ouvertes, provoquant une diversification explosive de petits rongeurs fouisseurs. Plus grands à l'origine, les ancêtres de l'hermine ont vu leur taille se réduire pour s'adapter et exploiter cette ressource de nourriture souterraine. L'hermine est d'abord apparue en Eurasie, peu après que la Belette à longue queue, qui appartient à un genre distinct (Neogale), a émergé comme son équivalent écologique en Amérique du Nord il y a environ 2 millions d'années. L'hermine a prospéré pendant la dernière période glaciaire, son corps allongé et sa petite taille lui permettant d'évoluer sous le manteau neigeux et de chasser dans les terriers. Les deux lignées sont restées géographiquement isolées jusqu'à il y a 500 000 ans, période où la baisse du niveau de la mer a exondé le Pont de la Béringie.

Des restes fossilisés d'hermine ont notamment été retrouvés dans la grotte de Denisova. Les analyses phylogénétiques indiquent que ses parents vivants les plus proches sont l'Hermine d'Amérique (M. richardsonii) et l'Hermine Haïda (M. haidarum), cette dernière descendant partiellement de M. erminea par hybridation historique. Elle occupe une position basale vis-à-vis de la plupart des autres membres du genre Mustela, seules la Belette à ventre jaune (M. kathiah) et la Belette à dos rayé (M. strigidorsa) s'avérant plus basales. La Belette de montagne (Mustela altaica), autrefois considérée comme son espèce sœur, s'est révélée être bien plus éloignée. De même, les liens supposés avec les membres du genre Neogale ont été écartés à la suite de la création de ce nouveau genre.

Description Morphologie

L'hermine partage avec la petite belette des proportions générales, des postures et des mouvements similaires. Sa queue est toutefois relativement plus longue, dépassant toujours le tiers de la longueur du corps, mais restant plus courte que celle de la belette à longue queue. L'hermine possède un cou allongé, sa tête s'insérant très en avant des épaules. Le tronc est presque parfaitement cylindrique et ne présente pas de renflement abdominal. Sa circonférence maximale équivaut à un peu plus de la moitié de sa longueur totale. Bien que proche de celui de la belette, son crâne est proportionnellement plus long avec une boîte crânienne plus étroite. Les crêtes osseuses et les reliefs dentaires sont faiblement développés, mais demeurent plus marqués que chez la petite belette. Les yeux sont ronds, noirs et légèrement saillants. Les vibrisses, fort longues, sont de couleur brune ou blanche. Les oreilles sont courtes, arrondies et presque appliquées contre le crâne. Les griffes, non rétractiles, sont grandes par rapport aux doigts. Chaque membre se termine par cinq doigts. Le mâle possède un baculum incurvé muni d'un renflement proximal dont le poids s'accroît avec l'âge. Le tissu graisseux se dépose en priorité le long de la colonne vertébrale et des reins, puis sur le mésentère intestinal, sous les membres et autour des épaules. L'hermine est dotée de quatre paires de mamelles, visibles uniquement chez la femelle.

Les mensurations de l'hermine se révèlent variables, quoique de manière moins extrême que chez la petite belette. Fait singulier chez les carnivores, la taille du corps a tendance à diminuer aux latitudes élevées, ce qui contredit la règle de Bergmann. Le dimorphisme sexuel est prononcé : les mâles sont environ 25 % plus grands que les femelles et pèsent 1,5 à 2 fois leur poids. En moyenne, la longueur tête-corps des mâles oscille entre 187 et 325 mm, tandis que celle des femelles varie de 170 à 270 mm. La queue mesure de 75 à 120 mm chez le mâle et de 65 à 106 mm chez la femelle. Le poids moyen s'élève à 258 g pour les mâles, alors que les femelles pèsent généralement moins de 180 g.