Yvan Delporte, né le à Saint-Gilles (Bruxelles) et mort le à Bruxelles (région de Bruxelles-Capitale), est un scénariste belge francophone de bande dessinée et le rédacteur en chef du périodique illustré Spirou de 1955 à 1968 durant l'âge d'or de l'hebdomadaire.

Il entre chez Dupuis en 1945 comme homme à tout faire, puis grimpe les échelons jusqu'à être propulsé officieusement à la tête de la rédaction du journal Spirou en 1955 où il fait profiter le périodique de sa fantaisie grâce à de nombreuses animations et des numéros spéciaux. Il forme une équipe d'auteurs composée de grands noms comme André Franquin, Peyo, Morris, Maurice Tillieux ou encore Jean Roba. En 1968, il est licencié par sa direction officiellement pour un malentendu avec Peyo, officieusement pour sa gestion administrative, comptable et commerciale chaotique.

Il écrit aussi des scénarios pour plusieurs auteurs dont le plus fameux reste l'histoire Le Schtroumpfissime. C'est surtout après son départ de Spirou qu'il scénarise sérieusement plusieurs séries pour des auteurs comme René Follet ou Dino Attanasio. Il crée, avec Raymond Macherot, la série Isabelle pour Will. Il anime ensuite cette série avec André Franquin jusqu'en 1994. En 1977, il crée dans Spirou un supplément qui se déclare indépendant, qu'il appelle Le Trombone illustré et qui réunit les auteurs les plus en vogue à l'époque. Malgré l'arrêt de l'expérience un an après, à la suite de plusieurs censures de l'éditeur, cette expérience marque toute une génération d'auteurs et de lecteurs.

Dans les années 1980, il participe à la création de la série animée Les Schtroumpfs du studio Hanna-Barbera Productions. De plus, il écrit de nouveau des scénarios notamment pour Frédéric Jannin, Jean Roba (avec l'histoire Globe-trotters) ou encore Carine De Brab. Il multiplie les activités avec la création d'un syndicat, le dessin animé Les Tifous et il participe à la création du journal Schtroumpf !. À la mort de Peyo, il reprend le scénario de Johan et Pirlouit pendant quelques épisodes. En 1995, il devient le chanteur d'un groupe de musique composé d'auteurs de bandes dessinées.

Biographie Jeunesse Yvan Delporte naît le à Saint-Gilles, une commune de la région bruxelloise. Son père travaille dans le commerce international et sa mère fait un peu de couture. Son père meurt lorsqu'il a six ou sept ans et sa mère essaye tant bien que mal de subvenir aux besoins d'Yvan et de son frère aîné Philippe. Yvan Delporte est un enfant qui lit beaucoup : romans policiers, histoires juives, légendes mythologiques nordiques et grecques, mais surtout un texte qui devient l'un de ses préférés, Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand. Il lit aussi des bandes dessinées que ce soit des traductions de bandes dessinées américaines ou des séries comme Tintin et Nic-Nac. Durant l'Occupation, la famille quitte Bruxelles pour s'installer à Charleroi. Son frère rejoint la Résistance intérieure belge, mais disparaît en 1943 lors d'une opération contre l'occupant.

Le barbu farfelu À Charleroi, il se fait une bande d'amis parmi lesquels figure entre autres Maurice Rosy. Yvan Delporte détonne dans cette ville de province où il est considéré comme un farfelu et un bohème qui aime se faire remarquer par son comportement, comme lorsqu'il s'allonge au milieu du pont de la ville. C'est à cette époque qu'il se laisse pousser la barbe, prétendant qu'il oubliait jour après jour d'acheter du savon ou de la mousse à raser.

L'époque Dupuis Les débuts comme homme-à-tout-faire Souhaitant devenir dessinateur de bande dessinée, Yvan Delporte entre aux éditions Dupuis en 1945 par l'intermédiaire de son oncle qui est un ami intime des fils de l'éditeur Jean Dupuis. Il commence comme aide-photograveur, une tâche qu'il n'apprécie pas beaucoup, mais se voit aussi confier toutes sortes de corvées. Une de ces tâches consiste notamment à retoucher les multiples bandes dessinées américaines qui sont publiées dans le journal Spirou, en rallongeant les jupes et en cachant les décolletés des personnages féminins pour ne pas choquer les lecteurs catholiques, ainsi qu'à redessiner les titres de certaines séries comme Jo Lumière. Comme les produits toxiques le rendent malade dans l'atelier de photogravure, Yvan Delporte est transféré à la rédaction de Spirou, Le Moustique et Bonnes Soirées, trois publications des éditions Dupuis. Il y fait de la mise en page et, comme il parle anglais, de la traduction. Il tient une rubrique au Moustique en 1948 qui a pour titre Le Pithécanthrope, mais il s'occupe de plus en plus de Spirou. Il devient ainsi rédacteur pour Spirou, mais commence aussi à écrire des scénarios pour des auteurs du journal. Son premier est proposé en 1949 à Eddy Paape avec l'histoire À la poursuite de Max Clair de la série Jean Valhardi. C'est Paape, alors bloqué dans son histoire, qui lui demande d'écrire la fin. Pour écrire ses textes, il reste chez lui pour s'isoler de l'agitation de la rédaction, et arrive très souvent en retard. Pour éviter que ses retards ne fassent contagion et s'étendent au reste du personnel, il est licencié par la famille Dupuis. Le lendemain, Yvan Delporte se présente au journal en disant qu'il a appris le remerciement d'un employé la veille et qu'il postule pour le poste : la famille Dupuis le réembauche. Quelque temps après, il fait embaucher son ami Maurice Rosy chez Dupuis en tant que .

Parallèlement à son travail chez Dupuis, il aménage en 1951 avec sa bande d'amis un petit club semi-privé dans le grenier d'un cinéma qui appartient à l'une de ses connaissances à Charleroi. La bande baptise l'endroit avec l'idée d'en faire un rendez-vous d'artistes en tous genres comme à Saint-Germain-des-Prés. Ils y installent un bar, une scène, un piano et des tables. Ils organisent des concerts de jazz et servent à boire aux spectateurs venus écouter la musique. Yvan Delporte en profite pour jouer un peu de piano et devient l'un des conseillers artistiques du club. Des vedettes de l'époque comme Danièle Delorme ou Ray Ventura passent dans ce lieu après avoir présenté leur film dans le cinéma de l'étage inférieur. La chanteuse Barbara passe quelque temps à pour y chanter pendant une période de creux artistique et loge chez Yvan Delporte. Il est possible qu'il lui ait écrit des chansons et qu'il soit l'auteur des paroles de la chanson Dis, quand reviendras-tu ?. Après le départ de Barbara, Yvan Delporte et elle ne se perdront jamais de vue. À la suite de , la bande ouvre un autre club au-dessus d'un garage qu'ils appellent , mais celui-ci est totalement privé. Ils créent aussi La Sarbacane, un petit journal dans lequel Yvan Delporte s'occupe aussi bien de la rédaction des textes que de la mise en page et où sont publiés des textes surréalistes. Dans cet esprit, ils créent un mouvement avec une doctrine décalée et farfelue.

Rédac’ chef : le tandem Delporte-Rosy

vignette|Entrée des anciens locaux des éditions Dupuis et de la rédaction du journal Spirou dans la Galerie du Centre à Bruxelles.|alt=Locaux de Dupuis et Spirou En 1953, Yvan Delporte part faire son service militaire à l'hôpital militaire de Liège, ce qui lui permet de ne pas tenir un fusil entre les mains. Profondément antimilitariste depuis la disparition de son frère à la guerre, il passe son temps à l'armée à faire des corvées et des blagues comme celle de se déclarer musulman, obligeant ainsi l'armée belge à faire une plaque d'identité militaire musulmane spécialement pour lui. À la fin de son service militaire en 1955, la rédaction du journal Spirou quitte Marcinelle pour s'installer dans la Galerie du Centre à Bruxelles, dans le même immeuble que la World Press avec lesquels collaborent les éditions Dupuis et qui fournit beaucoup de matériel à l'hebdomadaire. La World Press et Dupuis s'associent alors pour lancer un nouveau périodique de bande dessinée nommé Risque-Tout. Maurice Rosy prend le titre de rédacteur en chef de cette publication, car Georges Troisfontaines, propriétaire de la World Press, et Yvan Delporte ne s'apprécient guère. Malgré cela, Maurice Rosy considère qu'Yvan Delporte mérite plus ce poste que lui et il n'hésite pas à lui demander des conseils ou des corrections pour ses textes. L'expérience de Risque-Tout tourne court et c'est au terme de cette éphémère publication qu'Yvan Delporte prend complètement les rênes de Spirou.

Charles Dupuis souhaite donner un ton plus humoristique au journal et Yvan Delporte est, selon lui, la personne idéale pour cela. Yvan Delporte découvre en feuilletant par hasard le journal qu'il a le titre de rédacteur en chef, bien que le véritable patron de Spirou reste le propriétaire Charles Dupuis. C'est ce dernier qui accepte ou refuse les scénarios et les publications dans le journal alors qu'Yvan Delporte est chargé de filtrer les textes et de donner son opinion à Charles Dupuis sur ceux qu'il transmet. Il a notamment la responsabilité de rassembler, avec Charles Jadoul, les rédactionnels à publier dans l'hebdomadaire. C'est Maurice Rosy, devenu directeur artistique chez Dupuis après l'aventure Risque-Tout, qui a pour mission de former les nouveaux auteurs susceptibles d'intégrer les pages de Spirou.

À partir de ce moment, l'ambiance dans la rédaction change. Yvan Delporte souhaite construire autour de lui une équipe qui rassemble l'ensemble des auteurs de Spirou. Les réunions entre auteurs sont fréquentes afin de trouver de nouvelles idées pour le journal mais aussi pour créer une émulation et pour que chacun améliore toujours plus sa propre série. Les réunions ont lieu le plus souvent chez Peyo ou chez Charles Dupuis en présence des familles. Spirou devient alors une grande famille où les auteurs participent à l'animation du journal et s'entraident pour partager des idées dans la bonne humeur.

La création de Gaston Lagaffe vignette|alt=Logo de la bande dessinée Gaston|Yvan Delporte est à l'origine des traces de pas bleues autour des gags de Gaston Lagaffe. Ici, le logo de la série dans les Spirou numéros 989 à 1024.

C'est dans cette ambiance travailleuse et farfelue qu'un jour André Franquin arrive dans le bureau d'Yvan Delporte avec l'idée de créer un héros sans-emploi. Enthousiasmés par cette idée, les deux auteurs la peaufinent dans une taverne proche de la rédaction. André Franquin crée le graphisme du futur personnage alors qu'Yvan Delporte imagine les premiers gags. Le personnage est baptisé « Gaston » en l'honneur de l'ami d'Yvan Delporte, Gaston Mostraet, considéré comme un véritable gaffeur. Si André Franquin est à l'origine de Gaston, c'est l'enthousiasme d'Yvan Delporte pour ce personnage qui convainc Franquin de se lancer dans la création de gags pour animer les pages du journal. L'idée de base est alors de trouver une gaffe à lui faire commettre chaque semaine. Publié dans Spirou à partir du en , les premiers scénarios et textes de Gaston sont d'Yvan Delporte, ainsi que l'idée d'entourer les dessins de petites traces de pas bleues.