Abdou Diouf (), né le à Louga, est un homme d'État sénégalais, président de la République de 1981 à 2000, après avoir été Premier ministre de 1970 à 1980.

Premier ministre puis successeur de Léopold Sédar Senghor à la présidence de la République de 1981 à 2000, ses différents mandats furent placés sous le signe de l'approfondissement de la démocratie, la libéralisation progressive de l'économie et la décentralisation de l'administration.

Il a également contribué à faire entendre la voix du Sénégal dans le monde, grâce à une diplomatie efficace et des participations remarquées aux grandes rencontres internationales. Il aura, en outre, beaucoup œuvré pour une plus grande unité entre les États africains, par le biais d'une coopération plus vive.

Il devient par la suite secrétaire général de la Francophonie, chapeautant ainsi l'ensemble des institutions et opérateurs des pays ayant le français en partage (l'Organisation internationale de la Francophonie, TV5Monde, l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, l'Agence universitaire de la Francophonie et l'université Senghor d'Alexandrie), et ce, de 2003 à 2015. Après des réformes internes importantes, il leur donnera une meilleure visibilité et une reconnaissance internationale, grâce à une action politico-diplomatique affirmée et une mise en avant des réseaux associatifs francophones.

Parcours scolaire

Originaire de Louga, Sérère de père et Halpulaar de mère, Abdou Diouf, fils de postier, est très tôt envoyé chez sa grand-mère à Saint-Louis. Il y restera jusqu'au baccalauréat.

Vers l'âge de cinq ans, Abdou Diouf suit des cours d'instruction religieuse à l'école coranique. À sept ans, il commence sa scolarité par des études primaires à l'école Brière-de-l'Isle (actuelle école Émile Sarr) puis secondaires au lycée Faidherbe (actuel lycée Cheikh Omar Foutiyou Tall), à Saint-Louis. Au lycée, il suit la naissance du Bloc démocratique sénégalais, organisation politique fondée par Léopold Sédar Senghor, et pour laquelle sa tante milite.

En 1955, à l'issue de son baccalauréat de philosophie, il s'inscrit en licence de droit à l'Institut des hautes études à Dakar (actuelle université Cheikh-Anta-Diop), avec notamment Michel Alliot comme professeur. Durant ces années, il s'implique dans le monde associatif. Il est président de l'Amicale scolaire et universitaire de Louga, qui regroupe les lycéens et les étudiants en vacances à Louga. Il organise à travers cette association des cours de vacances pour les élèves de sa ville et des événements culturels. Il est également président de la CECAS, la Coordination des associations scolaires et universitaires du Sénégal. Lauréat de la faculté de droit en 1957, il obtient sa licence en 1958.

La même année, il réussit le concours de l'École nationale de la France d'outre-mer (ENFOM) de Paris. Envisageant une carrière dans les finances publiques, il effectue un stage au ministère des Finances. Durant ces deux années, il s’intéresse au syndicalisme et devient proche de l'Association des étudiants sénégalais et de la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France. En 1960, dans un contexte de décolonisation, il fait partie de la dernière promotion de l'ENFOM, dont il sort major avec un mémoire intitulé L'islam et la société wolof.

Carrière et fonctions Débuts Le Sénégal accède à l'indépendance en 1960.. Abdou Diouf démissionne de la fonction publique française et rentre à Dakar afin de se mettre à la disposition du nouvel État. Il commence sa carrière dans différents cabinets ministériels.

Il occupe très tôt de hautes fonctions administratives au Sénégal. Le , il est nommé gouverneur de la région du Sine Saloum à l'âge de 26 ans, avant de devenir directeur de cabinet du président Léopold Sédar Senghor en 1963, puis secrétaire général de la présidence de la République en 1964.

En 1968, à la suite de la réélection de Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf est nommé ministre du Plan et de l'Industrie.

Il est chargé de piloter la réalisation du troisième plan mis en place par la République du Sénégal. Cela comprend l'industrie, l'agriculture, les infrastructures, l'éducation. C'est à cette époque que sont mises en place les négociations avec le Canada, comme partenaire, pour la création d'une École polytechnique à Thiès. Il s'investit également dans le développement économique de la Casamance.

En 1970, à la suite d'une révision constitutionnelle, la fonction de Premier ministre est créée et Abdou Diouf y est nommé à 35 ans, poste qu'il occupera pendant dix ans.

Président de la République du Sénégal Le , à la suite de la démission du président Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf devient le de la République du Sénégal.

En effet, la Constitution sénégalaise prévoyait que le Premier ministre termine le mandat présidentiel jusqu'à la prochaine élection en cas de vacance du pouvoir.

À peine installé dans ses nouvelles fonctions, Abdou Diouf poursuit la démocratisation déjà engagée par son illustre prédécesseur, en élargissant le multipartisme, jusque-là limité à quatre formations politiques, mettant ainsi fin au numerus clausus.

Dans la même lancée, il supprime les délits de presse avant de libéraliser progressivement le secteur des médias permettant la parution de nouveaux titres et la création de nouvelles stations radios.

En guise de symbole, il donnera à l'université de Dakar le nom du chercheur et spécialiste de l'Égypte antique, Cheikh Anta Diop. Auparavant, il avait permis à ce dernier de devenir professeur d'université, ce que le président Senghor n'avait pas voulu, du fait de l'engagement politique du savant.

Tout en restant dans le sillage de son prédécesseur, Abdou Diouf aura réussi à moderniser l'économie de son pays tout en y instaurant une démocratie durable, et ce, dans un contexte difficile, fait de crises économiques, agricoles avec plus d'une décennie de sécheresse, et politique avec une opposition redoutable.

Élu successivement dès le premier tour en 1983, en 1988 puis en 1993, Abdou Diouf perd les présidentielles de 2000, au second tour avec 41,51 % des suffrages.

Il reconnaît sa défaite et appelle dès le lendemain son adversaire et opposant historique, Abdoulaye Wade pour le féliciter.

Il décide ensuite de se retirer de la vie politique nationale de son pays, s'imposant ainsi une obligation de réserve, comme le fut en son temps, le président Senghor.

Économie gauche|vignette|Abdou Diouf en 1988. Abdou Diouf entame la construction d'un État moderne, doté d'un tissu économique et industriel fort.

Plusieurs entreprises sont ainsi créés pour faire face à la demande de biens et services telles que Sonatel - en séparant les activités de télécommunication et des postes au sein de l'Office des Postes et des Télécommunications - en 1985, la Société nationale de distribution (Sonadis), la Société nationale des commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos), les Industries chimiques du Sénégal (ICS)

Il ouvre le Sénégal au tourisme avec la création de stations balnéaires comme celle de Saly Portudal en 1984, mais également en jetant les bases d'un tourisme d'affaires prospère, par la mise sur pied du Centre international du commerce extérieur du Sénégal (CICES) en 1986, où se tiennent tout au long de l'année des salons régionaux et des foires nationales.

Il y a eu également la construction de complexes hôteliers pour accroître la capacité d'hébergement du pays, avec notamment Le Méridien Président, devenu depuis le King Fahd Palace., qui sera doté d’un palais des congrès pouvant accueillir simultanément plusieurs rencontres internationales.

La dévaluation du franc CFA (monnaie commune des pays de l'Afrique de l'Ouest et centrale) intervenue en 1994, conduira Abdou Diouf à diligenter une politique d'ajustement structurel.

Cette dernière, qui selon ses mots « fut très difficile pour les populations », a permis d'assainir l'économie sénégalaise à la fin des années 1990.

Ainsi, le Sénégal affichait en l'an 2000, un taux de croissance de 6 %, tiré essentiellement de l'économie du tourisme avec près de 800 000 visiteurs par an, des télécommunications avec ce fleuron qu'est devenu le groupe Sonatel, et des ICS.

Depuis 2000 d'ailleurs, le pays continue sur cette dynamique, avec une croissance régulière entre 3 et 5 %, qui permet d'investir de façon significative, dans les infrastructures et l’économie sociale.

Social Grâce à la politique de décentralisation mise en œuvre par ses gouvernements successifs, les services publics se déploient sur toute l'étendue du territoire national. Des hôpitaux régionaux sont construits ou réhabilités dans les grandes villes, suppléés par des centres de santé ou des dispensaires dans les petites communes afin de soulager les populations.

Il en sera de même pour l'éducation nationale avec des lycées édifiés dans les grandes agglomérations en sus des écoles élémentaires et des collèges afin de favoriser l'instruction dans tout le pays.

Tous les services de l'administration centrale se rapprochent ainsi des populations, épaulées dans leurs missions de proximité par les collectivités locales, à qui Abdou Diouf octroie de plus en plus de compétences et de moyens (loi de décentralisation de 1996).

L'accès à l'eau potable et la transformation des produits agricoles seront également des domaines prioritaires.

Les foyers des grandes villes seront raccordés au réseau de distribution d'eau et des forages sont mis en place dans les zones rurales pour remplacer progressivement les puits.

De plus, les artisans agricoles sont invités à se regrouper en coopérative ou GIE, afin d'accompagner leur mécanisation, comme ce fut le cas avec l'octroi des moulins à céréales.

En somme, au cours de ses mandats, le président Abdou Diouf s'évertuera à doter son pays de services publics efficaces et proches de ses administrés.

Le Sénégal accroît ainsi son attractivité dans la sous-région et continue d'attirer des ressortissants de pays voisins venus étudier ou se faire soigner à Dakar.

En outre, les forces de sécurité (police, gendarmerie et armée) sont très souvent sollicitées dans les missions de maintien de la paix de l'ONU, l'Union africaine ou de la CEDEAO.

Dans les prisons, à la fin des années 1980, un programme de réhabilitation basé sur la méditation transcendantale fut appliqué dans pénitentiaires sur une période de deux ans. détenus participèrent au programme. Parmi les détenus libérés par une amnistie en , le taux de récidive fut inférieur à dans les six mois après la libération des prisonniers (au lieu du taux moyen de récidive de 90 % dans le premier mois suivant l'élargissement). Si 80 % des récidivistes n'avaient pas intégré le programme, le nombre de pratiquants de la méditation transcendantale parmi l'ensemble des amnistiés n'est pas connu, et la fermeture des établissements pénitentiaires qui en a résulté a été remise en cause ultérieurement, à cause du surpeuplement pénitentiaire existant au . Cité dans ..

Diplomatie vignette|257x257px|Abdou Diouf au Forum mondial de la langue française. La diplomatie héritée du Président Senghor sera consolidée avec un Sénégal aux avant-postes des grandes questions internationales.

Symbole fort, le président Abdou Diouf sera l'un des tout premiers chefs d'État à accorder une ambassade à la Palestine afin de reconnaître à ce territoire sa qualité d'État aux yeux de l'opinion internationale.

Sur la question de l'apartheid aussi, il mena un combat farouche sur la scène internationale, en mobilisant son propre pays (élèves, étudiants, intellectuels, artistes), puis tout le continent en sa qualité de président en exercice de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) (devenu Union africaine) au milieu des années 1980, avant de porter la lutte à l'ONU.

De plus, en , Abdou Diouf organise à Dakar, avec la Fondation Danielle-Mitterrand - France Libertés, la première rencontre internationale des Sud-Africains multiraciaux libéraux et des représentants du Congrès national africain (ANC).