thumb|right|upright=1.2|Chevaux de trait Suédois du Nord attelés. Un cheval de trait est un cheval sélectionné pour ses aptitudes à la traction de véhicules et de matériaux de toutes sortes, appartenant en général à une race puissante et de grande taille. La majorité des races de trait n'existent pas avant le . En Europe, ces animaux sont sélectionnés pour les besoins militaires, notamment la traction des chariots d'artillerie lourde, puis les travaux agricoles. Leur développement accompagne la révolution industrielle et le perfectionnement du matériel, notamment des charrues au cours du . Ces chevaux effectuent aussi le halage de bateaux et le déplacement de nombreux véhicules hippomobiles pour le transport de personnes ou de matériaux. Ils sont présents dans la plupart des pays développés, entre autres en Europe de l'Ouest, aux États-Unis, en Australie et au Japon.
L'utilisation des chevaux de trait évolue avec le progrès. L'arrivée du chemin de fer les prive d'une partie de leurs fonctions mais ne fait pas pour autant diminuer leur nombre, des chevaux restants requis pour le transport depuis les gares. Plus tard, la modernisation des transports en commun et la motorisation des bateaux entraîne l'obsolescence des tramways hippomobiles, du halage et des diligences, cantonnant le cheval de trait aux seuls travaux agricoles. Avec l'arrivée du tracteur agricole, les chevaux de trait perdent la dernière de leurs fonctions et disparaissent en masse des pays où ils sont historiquement élevés et utilisés.
En France et en Belgique, notamment, l'élevage de ces animaux est réorienté vers la production de viande pour la consommation humaine : on parle alors de cheval lourd. La plupart des races de trait disparaissent faute de demande. Depuis les années 1990, le cheval de trait retrouve ses anciennes fonctions avec le renouveau de l'équitation de loisir, de l'attelage et de l'utilisation au travail. Il reste néanmoins majoritairement élevé pour sa viande en France. La France possède le plus grand nombre de races de trait, à savoir neuf. Un cheval sur quatre né en France est un cheval de trait.
Étymologie et terminologie Le terme de désigne étymologiquement n'importe quel cheval, quelle que soit sa race, s'il est employé pour la traction hippomobile. Cependant, dans les pays comme la France, la Belgique et les États-Unis où des races de chevaux spécifiques ont été sélectionnées pour les besoins de cette activité, le terme de ( en anglais) désigne un ensemble de races différenciées des chevaux légers et des poneys par un ensemble de caractères morphologiques spécifiques.
Description thumb|Comparaison entre la morphologie d'un cheval de trait percheron et d'un cheval léger de type quarter horse.
Les chevaux de trait forment un ensemble de races qui ont pour points communs leur grande taille (de à plus de ), leur poids important (de 500 à plus de ) et une morphologie bréviligne extrêmement puissante. Ils ont généralement des épaules verticales, un dos court et une croupe très musclée qui facilitent leurs actions de tractionneurs. Une caractéristique commune à la majorité des chevaux de trait est leur ossature lourde et la présence de fanons abondants au bas de leurs jambes. Ces chevaux possèdent la plupart du temps un profil rectiligne ou convexe.
Ils appartiennent habituellement aux races dites , à l'exception de certains chevaux de trait léger. Croisés avec des chevaux légers, ils donnent de la taille et du poids à leur descendance, et tendent à augmenter la puissance et la « portée » des mouvements du poulain.
Poids Le poids peut énormément varier parmi les races de chevaux de trait, notamment en raison de leur utilisation. Les chevaux destinés à la boucherie sont toujours plus lourds que ceux qui sont destinés à l'utilisation. L'alourdissement des chevaux de trait pour la boucherie pose des problèmes, car certains de ces animaux portent sur leurs membres un poids trop élevé, à l'origine de problèmes de santé au niveau des reins et des aplombs.
Histoire
La notion de cheval de trait apparaît pour la première fois dans les sources au , par distinction du cheval porteur.. Le cheval de trait est historiquement un animal de travail au service des sociétés humaines, dans tous types de zones habitées, en temps de paix comme en temps de guerre. Il permet de pallier le manque de force physique des hommes pour une foule de travaux, allant de la traction de matériel d'artillerie à celle de la charrue dans les champs. Il devient une source de « puissance » pour l'agriculture, le transport de fret et le transport des passagers, en particulier avant la mise en place des chemins de fer. Dans l'agriculture, sa grande force et sa docilité font merveille, le cheval a en effet l'avantage d'être plus vif et plus maniable que le bœuf devant une charrue.
Antiquité
Le cheval est un animal de trait bien avant d'être une monture. Les plus anciennes traces de domestication prouvent que le premier emploi de cet animal est la traction de chars funéraires, bien avant la généralisation des cavaliers. Dès l'Antiquité, les Romains mentionnent aussi une race chevaline massive et apte à la traction sous le nom d'equus magnus. Les populations humaines ont besoin de chevaux de travail pour effectuer des tâches diverses et une distinction s'effectue assez vite entre le cheval de travail, animal calme, trapu, robuste et patient, et le cheval d'équitation et de transport rapide, plus fin et énergique.
thumb|Cheval de labour au Moyen Âge, muni d'un collier d'épaule afin de tirer la herse. Mois d'octobre, Les Très Riches Heures du duc de Berry, musée Condé, Chantilly, ms.65, f.10, vers 1440.
Moyen Âge
Une certaine sélection semble se mettre en place pour élever différents types de chevaux dès le Moyen Âge, où l'on distingue clairement l'animal de travail, de basse qualité et destiné à être exploité, du destrier, animal noble et prestigieux , Saint-Dié-des-Vosges, rapport d'une conférence du festival international de géographie, 2007 (consulté le 12 février 2019). Avant l'invention du collier d'épaule, le bœuf est préféré au cheval pour la traction de matériel agricole. Les chevaux de traction n'ont pas encore le modèle très massif connu depuis le , au , ils restent petits, et l'homme cherche déjà des moyens d'augmenter leur puissanceMarcel Girault, Attelages et charrois au Moyen Âge, cité par .
De nombreuses races de trait modernes sont censées descendre des destriers de guerre, qui portent les chevaliers en armure au Moyen Âge. Le Great horse, cheval anglais de robe généralement noire, très apprécié comme monture de guerre au Moyen Âge, serait à l'origine des races du frison et du shire« Le Shire, du cheval de guerre au cheval de trait », sur le site de l'association Shire Horse France.. Certains historiens soutiennent que le destrier avait la taille et la conformation d'un cheval de trait moderne Ralph Henry Carless Davis, The Medieval Warhorse, Londres, Thames and Hudson, 1989, mais une analyse poussée de différentes pièces d’armure indique que le matériel était porté par des chevaux de la taille et la constitution d’un cheval de chasse ou d’équitation ordinaire Christopher Gravett, English Medieval Knight 1300-1400, Oxford, Osprey Publishing, 2002 , . Une analyse sur les chevaux de transport suggère qu’au les destriers sont de constitution trapue mais ne mesurent pas plus de à . Trois siècles plus tard, les chevaux de bataille ne sont pas significativement plus grands ni plus lourds. L’une des raisons de cette croyance répandue considérant que le cheval de guerre médiéval ne pouvait être qu’un énorme cheval de trait est l’hypothèse, encore soutenue par de nombreuses personnes, selon laquelle l’armure médiévale est extrêmement lourde. Ces charges peuvent en réalité être portées par un cheval pesant de 550 à , un cheval de trait n’est donc pas nécessaire .
Les recherches indiquent clairement que ni les chevaux de travail médiévaux ni les destriers n'étaient aussi grands que les races de trait modernes. De toutes les races modernes de chevaux de trait, le percheron est peut-être la plus proche du cheval de guerre médiéval Joseph Mischka, The Percheron Horse in America, Mischka Press/Heart Prairie, 1991, , 162 p.. L'arrivée de l'artillerie sur les champs de bataille rend les destriers inutiles à la guerre, cependant, des chevaux de traction deviennent nécessaires pour déplacer ces lourdes pièces d'artillerie.
Jusqu'aux années 1850 Les chevaux de trait modernes sont plus vraisemblablement les descendants des chevaux de travail au tempérament flegmatique utilisés pour différents petits travaux de ferme, et plus tard pour la traction de wagons d'artillerie militaires. Durant le , la mise en place du réseau routier en France permet aux véhicules hippomobiles de circuler plus facilement, et développe l'élevage de chevaux carrossiers. À la même époque, Colbert crée les haras nationaux pour développer et organiser l'élevage des chevaux. Cette organisation profite surtout au cheval de guerre, le monde paysan doit se débrouiller. Les races commencent à se spécialiser grâce aux sociétés des écuyers.
Dans les campagnes, les chevaux de travail sont essentiellement de petits bidets de labour rustiques, très frugaux, mais au physique fréquemment défectueux. Les famines font que seuls restent en vie les plus résistants d'entre eux.
Industrialisation
L'emploi de chevaux de trait se développe avec la révolution industrielle. La recherche du rendement, en Grande-Bretagne et aux États-Unis dans un premier temps, bouleverse la pratique de l'agriculture. Des machines de plus en plus lourdes sont créées, mais ne peuvent pas toujours être efficacement tractées par les carrossiers certes rapides, mais peu puissants. Le transport, et notamment le halage fluvial porté par la création de réseaux de canaux aux et svoir L'utilisation des canaux lors de la révolution industrielle., est également en demande de chevaux plus puissants. La méthode la plus utilisée pour l'amélioration des races de trait est le croisement, mais si les plus riches propriétaires ont les moyens d'importer des étalons reproducteurs étrangers de qualité, les éleveurs paysans sont plus limités. Le développement des races de trait accompagne largement la mécanisation de l'agriculture et la multiplication des transports hippomobiles, facilités par le damage et l'empierrage des routes de plus en plus praticables. Le matériel et les animaux circulent par chemin de fer et par bateau, de plus en plus vite.
Une distinction entre deux types de chevaux de trait émerge : le cheval de trait léger est destiné à la traction rapide, notamment celle de véhicules postiers et de cabriolets, tandis que le cheval de trait lourd est destiné aux travaux agricoles et d'autres lourdes charges, au pas.
La demande en chevaux pesant plus de s'accroit : il faut des animaux de haute taille, au dos musclé, puissants et dotés d'une bonne capacité de propulsion. L'apport des chevaux de trait au progrès agricole et industriel est « inestimable ». Plus d'un demi-million d'entre eux servent pendant la Première Guerre mondiale à soutenir l'effort militaire.
Industrialisation française thumb|left|upright=1.2|Une charrue brabant, modèle souvent tracté par des chevaux de trait pour labourer les champs jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, avant la généralisation des tracteurs qui permettent de manœuvrer des charrues beaucoup plus lourdes.