Carnets est un ensemble d'ouvrages autobiographiques de l'écrivain Albert Camus paru à titre posthume, en trois volumes qu'on trouve séparés la plupart du temps.

Présentation et contenu Les Carnets couvrent pratiquement toute la vie d'Albert Camus et se présentent en trois volumes : Carnets I : - (1962) ; Carnets II : - (1964) ; Carnets III : - (1989).

Bien que Camus ait considéré ces Carnets avant tout comme des instruments de travail, ils se rapprochent parfois du journal intime, surtout le dernier tome, assez décousu dans la mesure où il regroupe des éléments épars, des notations parfois de quelques lignes ou d'une seule phrase. Il y évoque surtout ce qui se passe autour de lui, la vie d'un écrivain qui a aussi une vie de famille, son travail chez Gallimard, ses engagements, l'élaboration de ses ouvrages et les difficultés à faire coexister ses différentes activités.

On peut suivre ainsi l'état d'esprit d'Albert Camus à telle ou telle époque de l'élaboration d'un livre, son engagement et les difficultés qu'il rencontre au même moment, par exemple ce constat d'un homme qui doute devant l'incompréhension qu'il rencontre : « Trois ans pour faire un livre, cinq lignes pour le ridiculiser et des citations fausses, » toutefois assez lucide pour écrire aussi : « Les doutes, c’est ce que nous avons de plus intime. » On y trouve beaucoup de réflexions tantôt optimistes, tantôt amères : «(…) j'ai toujours pensé que si l'homme qui espérait dans la condition humaine était un fou, celui qui désespérait des événements était un lâche »Albert Camus, « Ni victimes ni bourreaux - Vers le dialogue », in Combat, 30 novembre 1946, publié dans Actuelles I. Écrits politiques (Chroniques 1944-1948), éd. Gallimard, 1948, rééd. Gallimard/Folio, 1997 ou « Si l'homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout, » ou encore un peu plus sibylline « L'intellectuel est quelqu'un dont le cerveau s'absente lui-même.»

Carnets I (mai 1935-février 1942) De 1935 jusqu'à sa mort, Albert Camus a pris des notes dans ce qu'il appelait « ses cahiers » (au nombre de sept) qui ont été publiés sous le titre de Carnets pour ne pas les confondre avec ses autres œuvres posthumes publiées sous la référence Les Cahiers Albert Camus. Dans ce premier volume, dactylographié et annoté par Camus lui-même, on trouve une foule d'indications sur la réflexion qui accompagne l'écriture d'œuvres comme L'Envers et l'Endroit, L'Étranger, Noces et Le Mythe de Sisyphe.

Structure générale Cahier : de à Cahier : de à Cahier : d' à

Contenu et références Cahier : de à Il commence par une phrase souvent reprise : « Ce que je veux dire : on peut avoir la nostalgie d'une pauvreté perdue. Une certaine somme d'années vécues misérablement suffisent à construire une sensibilité… » On y trouve des réflexions qui explicitent les thèmes des ouvrages de cette époque Noces, de La Mort heureuse, de L'Étranger (pages 24 et 46), Le Mythe de Sisyphe (pages 38-39), Caligula (page 43)… et même de La Chute

Cahier : de à Ce cahier est surtout centré sur son roman La Mort heureuse Publié à titre posthume dans Les Cahiers Albert Camus puis à L'Étranger dans la mesure où les deux romans sont profondément liés, avec quelques réflexions dont certaines « préfigurent les thèmes majeurs de L'Homme révolté », des fragments repris dans Le Mythe de Sisyphe et dans La Peste (pages 135 à 138)Note de Roger Quilliot pages 105, 119 et 135.

Cahier : d' à Le lyrisme de Noces à Tipasa apparaît dans cette description : « Alors que les cyprès sont d'ordinaire des taches sombres dans les cils de Provence et d'Italie, ici, dans le cimetière d'El Kettar, ce cyprès ruisselait de lumière, regorgeait des ors du soleil. » Il poursuit sa réflexion solitaire à partir de thèmes repris dans Le Malentendu (page 157), Il commence aussi à parler de sa vie, de Pascal Pia son complice d'Alger-Républicain puis de Combat, de son passage devant la commission de réforme, une visite de musées en Italie, joint un texte Lettre à un désespéré (pages 178 à 182), évoque la ville d'OranIl reprendra ses fragments de textes (pages 188, 198, 221 et 228) dans une nouvelle Le Minotaure ou le halte d'Oran reprise ensuite dans le recueil L'Été, parle en de Paris qu'il découvre et n'aime guère (pages 205-208). En , il est à Lyon mais évoque surtout l'Italie. Le , grande joie : « Terminé Sisyphe. Les trois Absurdes sont achevés. Commencements de la liberté. » Il note ensuite une idée d'essai sur la tragédie : « 1. Le silence de Prométhée - 2. Les élizabéthains - 3. MolièreSuivent des notes relatives à Tartuffe et cette citation : « Il n'y a chose si innocente où les hommes ne puissent porter du crime » (préface à Tartuffe) - 4. L'esprit de révolte. » Il termine par des citations de Marc-Aurèle dont celle-ci : « Ce qui arrête un ouvrage projeté devient l'ouvrage même. »

La mort heureuse (publié à titre posthume) L'Envers et l'Endroit, écrit en 1935-36, éditions Charlot, 1937 Noces, écrit en 1936-37, éditions Charlot, 1937, réédité en 1947 chez Gallimard Le Minotaure ou mla halte d'Oran, écrit en 1939, éditions Charlot, 1950, repris dans L'Été L'Étranger, terminé en , publié chez Gallimard en 1942 Le Mythe de Sisyphe, achevé en , publié chez Gallimard en 1942 Révolte dans les Asturies, création collective en 1935, publié par les éditions Charlot Caligula, écrit en 1938 et publié chez Gallimard en 1944Pour la version Caligula 1941 voir Les Cahiers Albert Camus

Le temps du mépris d'André Malraux Le paquebot Tenacity de Charles Vildrac Le retour de l'enfant prodigue d'André Gide La femme silencieuse de Ben Jonson Le Prométhée d'Eschyle Les frères Karamazov de Fedor Dostoïevski Don Juan de Pouchkine Les Bas-fonds de Maxime Gorki La Célestine de Fernando da Rojas Le baladin du monde occidental de Synge

Carnets II : janvier 1942-mars 1951 (1964) Ce deuxième tome des Carnets repose aussi sur une version dactylographiée mais que Camus n'avait pas relue, que Francine Camus et Roger Quilliot qui ont réalisé la version publiée, ont pour cela comparé à une version antérieure. Les passages relatifs aux voyages que Camus avait entrepris en Amérique du Nord (mars à ) et en Amérique du Sud (juin à ) ont été retirés des Carnets pour être publiés ultérieurement sous le titre Journaux de Voyage publiés chez Gallimard en . Structure générale Cahier : à Cahier : à Cahier : à

Contenu et références Cahier : à « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort » écrit-il en préambule. Il réfléchit à propos de Gide et de Stendhal, « c'est dans la disproportion du ton et de l'histoire que Stendhal met son secret. »« Manqué si Stendhal avait pris le ton pathétique » ajoute-t-il (pages 14, 23 et 29) Il ponctue son Carnet de tableaux, de mini-nouvelles, Psychose de l'arrestation ou Le grand-pèreÉléments qu'il reprendra dans La Peste, (pages 17-19) , Valence (pages 98-99), La justice (pages 130, 132). À cette époque, Camus se repose au Panelier dans la Haute-Loire pour soigner sa tuberculose. Il prend de nombreuses notes sur BudejovicePièce qui deviendra Le Malentendu (pages 39, 45, 63-65 et 95) mais la guerre le rattrape, il est bloqué en France, « comme des rats » écrit-il le . À partir de , il travaillera à Paris chez Gallimard. Il entreprend un long travail sur La Peste où l'on trouve force notesLes principaux passages sont pages 66-74, 76-81, 89, 100, 118, 122, 174-175 et 181 et sur ce qu'il nomme alors « l'Essai sur la révolte »Dont on trouve les éléments principaux pages 81-82, 123 et 125

Cahier : à Ce cahier de l'immédiat après-guerre, commence par cette question : « Le seul problème contemporain : peut-on transformer le monde sans croire au pouvoir absolu de la raison. » Il est alors tourné vers L'Homme révolté, note ses réflexions, les idées à développerVoir 'Esthétique de la révolte' pages 144-146.. Ces recherches sont constellées d'idées de scénarios ainsi que de notes éparses qu'il appelle « création corrigée »'une Tragédie' (pages 147 à 151), 'Mort d'un vieux comédien' pages 166 à 170), 'Roman Justice' (page 173).

« , note-t-il, 33 ans dans un mois. » Moral morose, il pense à Jacques Rigaut mort suicidé, écrit « insupportable solitude — à quoi je ne puis me résigner »Voir ibidem page 189, ne sait comment « faire ces articles pour CombatIl s'agit probablement de Ni victimes ni bourreaux paru en octobre 1946. » Il imagine un dialogue avec Kœstler, Sartre, Malraux et Sperber, imagine une pièce sur « le gouvernement des femmes » quand les hommes ont échoué. En , il est de nouveau au Panelier où il écrit « merveilleuse journée », pense à la succession de cycles qu'il veut écrire après celui de l'absurde : La Révolte (déjà bien avancé), Le jugement (le Premier homme), L'amour déchiré, Création corrigée ou Le Système mais au retour ; il note cette pensée de Heine : « Ce que le monde poursuit et espère maintenant est devenu complètement étranger à mon cœur » et relit Schopenhauer. En préparation de sa pièce Les Justes, il lit beaucoup l'histoire russe, « Petrachevski et les idylliques, Bielinski et le socialisme individualiste… Netchaiev et le catéchisme du révolutionnaire » et les auteurs Bakounine, Tolstoï, Dostoïevski.

Cahier : à Son esprit est occupé par une nouvelle, « Le Bûcher » qu'il évoque à plusieurs reprisesPages 248, 251, 261, et par une pièce, L'inquisition à Cadix qui deviendra L'État de siège.Dont il choisit pour épigraphe cette phrases de Pascal : « L'Inquisition et la Société sont les deux fléaux de la vérité. » Il passe quelques jours dans le VaucluseProbablement chez son ami René Char où il se rend quelquefois puis part pour Alger « dix ans après… » Il refait son « programme », note « Obstination au travail. Elle surpasse les défaillances. … Depuis mes premiers livres (Noces) jusqu'à La CordePremier dénomination de sa pièce Les Justes et L'Homme révolté, tout mon effort a été en réalité de me dépersonnaliser… Ensuite, je pourrais parler en mon nom. »

: il pense à un roman sur l'amour « il y a un honneur dans l'amour. Lui perdu, l'amour n'est rien. » (pages 277-279) Mais il est victime d'une nouvelle rechute qui « l'accable ». Il note plusieurs fois des idées de romans qui n'auront pas de suite, écrit un court texte qui deviendra la nouvelle « La mer au plus près », incluse dans L'Été. Il fait le point à l'occasion d'une préface pour une réédition de L'envers et l'Endroit, pense à une épigraphe due à Claudel : « Rien ne vaut contre la vie humble, ignorante, obstinée »Paul Claudel, L'Échange.

En , il retourne à Cabris « se refaire une santé » puis va poursuive sa convalescence dans les Vosges, pense à des « cycles de mythes » : « 1. Le Mythe de Sisyphe (absurde) – 2. Le mythe de Prométhée (révolte) – 3. Le Mythe de Némésis. » Il termine par cette notation du : « Terminé la première rédaction de L'Homme révolté. Avec ce livre s'achèvent les deux premiers cycles. 37 ans. Et maintenant, la création peut-elle être libre ? »

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1942 : L'Étranger, Gallimard, terminé en , ''Le Mythe de Sisyphe, Gallimard, terminé en 1943 : Les exilés dans la Peste, L'intelligence et l'échafaud (Confluences), Première Lettre à un ami allemand (Revue libre) 1944 : Deuxième Lettre à un ami allemand (Cahier de Libération), Le Malentendu, Gallimard, terminé en 1943, Caligula, Gallimard, écrit en première version en 1938, préface à Chamfort (Incidences) 1945 : Remarque sur la révolte dans l'existence, Gallimard, préface au Combat silencieux d'André Salvet (Portulan) 1946 : Le Minotaure, L'Arche, écrit en 1939-40, préface à L'Espagne libre, Calmann-Lévy