Le Grand Prix du Mexique 1967 (), disputé sur le circuit de Mexico le , est la cent-soixante-et-unième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la onzième et dernière manche du championnat 1967.

Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis la saison précédente, la Formule 1 a adopté la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :

pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur

Supérieures à leurs rivales en performance pure, les Lotus 49 à moteur V8 Ford-Cosworth n'ont cependant pas permis à l'équipe de Colin Chapman de s'imposer au championnat, la fiabilité de ces monoplaces révolutionnaires laissant encore à désirer. Champion du monde 1966, le pilote-constructeur Jack Brabham conserve une petite chance de conserver sa couronne face à son coéquipier Denny Hulme à qui une place d'honneur au Mexique suffirait pour s'assurer le titre. Bien que comptant trois victoires cette saison (contre deux chacun pour Brabham et Hulme), Jim Clark et sa Lotus avaient déjà perdu leurs dernières chances de titre à l'issue du Grand Prix d'Italie.

thumb|upright=1.15|right|alt=Autódromo Hermanos Rodríguez|Le circuit Magdalena Mixhuca est tracé dans la banlieue sud-est de Mexico. Chances des prétendants au titre Brabham est champion du monde 1967 s'il gagne et que Hulme ne se classe pas mieux que cinquième. Hulme est champion du monde 1967 s'il se classe au moins quatrième, quel que soit le classement de Brabham ; si Brabham ne gagne pas la course, le titre revient à Hulme quel que soit son résultat.

Le circuit

Inauguré en 1959, l'autodrome Magdalena Mixhuca est un circuit permanent des plus modernes, disposant d'une impressionnante capacité d'accueil des concurrents et des spectateurs. Situé dans la banlieue sud-est de Mexico, il est constitué d'une partie routière et d'un anneau de vitesse. Il est depuis 1962 le théâtre du Grand Prix du Mexique, disputé sur un tracé de cinq kilomètres combinant le circuit routier et une partie de l'ovale. Son altitude élevée (2 285 mètres) nécessite des réglages de moteur spécifiques, la perte de puissance par rapport aux circuits habituels étant de l'ordre de vingt pour cent. Depuis 1966, le record officiel de la piste est détenu par Richie Ginther, qui sur sa Honda avait accompli un tour à 158,2 km/h de moyenne lors du Grand PrixRevue L'Automobile n°248 - décembre 1966.

Monoplaces en lice : les puissances des moteur, basées sur les mesures des bancs d'essais, sont données à titre indicatif : en raison de l'altitude élevée, les puissances disponibles sur le circuit de Mexico sont inférieures à celles indiquées. Brabham BT24 "Usine" thumb|upright=1.1|right|alt=Brabham BT24|La Brabham BT24 de Denny Hulme. Les deux BT24 de Jack Brabham et Denny Hulme sont inchangées depuis Watkins Glen. Ces monoplaces à châssis multitubulaire, dérivées de la BT23 de Formule 2, sont dotées d'un moteur V8 Repco à simples arbres à cames en tête, d'origine Oldsmobile. L'alimentation est assurée par un système d'injection mécanique Lucas, la puissance maximale étant de 330 chevaux à 8000 tr/min. La transmission est assurée par une boîte de vitesses Hewland DG300 à cinq rapports. Les BT24 pèsent 510 kg à vide et sont chaussées de pneus Goodyear.

Brabham BT20 privée Le pilote privé Guy Ligier est présent avec la BT20 utilisée en début de saison par Denny Hulme, qu'il a rachetée en juillet dernier. Après la casse de son V8 à Watkins Glen, Ligier a dû monter son moteur de réserve, une des premières versions du V8 Repco, développant 285 chevaux. Pesant 570 kg, sa BT20 est dotée de pneus FirestoneRevue Sport Auto - .

Ferrari 312 "Usine" Pour la première fois depuis le Grand Prix de Belgique, la Scuderia Ferrari n'a pas limité sa participation à une seule voiture, Chris Amon étant épaulé par le Britannique Jonathan Williams, qui a cette saison défendu les couleurs de l'écurie italienne en endurance et en CanAm. Amon dispose de la version allégée (510 kg à vide) de la 312/67, monoplace à structure monocoque dotée d'un moteur V12 48 soupapes alimenté par injection indirecte Lucas, développant 405 chevaux à 10200 tr/min. Pesant 550 kg, la voiture de Williams est dotée du V12 en version 36 soupapes, d'une puissance de 390 chevaux. Les Ferrari sont équipées de pneus Firestone.

Cooper T81B "Usine" Un différend opposant Jochen Rindt au directeur sportif Roy Salvadori au sujet de la prime de départ a précipité la rupture entre l'équipe britannique et le pilote autrichien, absent au Mexique. Après les nombreuses casses de moteurs subies lors du précédent Grand Prix, seule la T81B a été amenée par le constructeur de Surbiton. Elle est confiée à Pedro Rodríguez, qui effectue son retour après quelques mois d'inactivité à la suite de son accident d'circuit d'Enna-Pergusa. Le pilote mexicain a encore des difficultés pour marcher et s'appuie sur une canne mais assure à son entourage qu'il est de nouveau en mesure de piloter. Il bénéficie pour cette course d'un moteur neuf, un V12 Maserati à quatre arbres à cames en tête, 36 soupapes et double allumage, donné pour 380 chevaux à 10000 tr/min. La transmission est assurée par une boîte cinq vitesses Hewland. Le poids à vide de cette monoplace à structure monocoque est de l'ordre de 580 kg. Elle est chaussée de pneus Firestone.

thumb|upright=1.1|right|alt=Cooper T81|La Cooper T81 de Joakim Bonnier. Cooper T81 privées Rob Walker aligne son habituelle T81 de 1966 pour Joseph Siffert. Pesant 605 kg à vide, elle est motorisée par une version 24 soupapes et double allumage du V12 Maserati, d'une puissance de 360 chevaux à 9000 tr/min. Le pilote privé Joakim Bonnier pilote une voiture identique, mais ne bénéficie pas du double allumage et se contente de 330 chevaux. Ces deux voitures utilisent des pneus Firestone.

BRM P83 & P115 "Usine" Pour cette dernière course du championnat, le constructeur de Bourne avait prévu d'engager sa nouvelle monoplace à moteur V12, mais les essais menés à Goodwood ont révélé un manque de mise au point et les débuts de la P126 ont été ajournés. En conséquence, les voitures engagées au Mexique sont celles déjà vues à Watkins Glen, la P115 étant une nouvelle fois confiée à Jackie Stewart, Mike Spence disposant d'une P83 de 1966. Les deux modèles, à structure monocoque, utilisent la même mécanique (moteur seize cylindres en H développant 400 chevaux à 10000 tr/min, boîte six vitesses) mais la P115 bénéficie d'une coque affinée et allégée ; elle pèse 665 kg à vide, contre 700 pour la P83. Les BRM utilisent des pneus Goodyear.

BRM P83 privée Le Reg Parnell Racing aligne une P83, en tout point identique à celle de Spence et également chaussé de pneus Goodyear, pour Chris Irwin.

Lotus 49 "Usine" Au sein du Team Lotus, on retrouve la même formation qu'à Watkins Glen, Moisés Solana épaulant une nouvelle fois Jim Clark et Graham Hill. Ils disposent chacun d'un modèle 49 dont les suspensions arrière ont été renforcées depuis la dernière course. Ces voitures se caractérisent par leur châssis monocoque réduit à la partie avant et au cockpit, le moteur V8 Ford (développé par Cosworth), directement boulonné à l'arrière de la coque, supportant le train arrière. Doté de deux doubles arbres à cames en tête et d'une distribution à 4 soupapes par cylindre, ce V8 ne pèse que 168 kg, embrayage et accessoires inclus. Il est alimenté par injection indirecte Lucas et développe 400 chevaux à 9000 tr/min. Les Lotus 49 sont les plus légères des F1 modernes, leurs poids à vide approchant le seuil minimal de 500 kg. Elles sont chaussées de pneus Firestone.

Lotus 33 privée Déjà présent au dernier Grand Prix du Canada, le pilote américain Mike Fisher engage son ancienne Lotus 33 à moteur V8 BRM (1998 cm3, 260 chevaux). Lestée pour atteindre le poids minimal de 500 kg, elle est chaussée de pneus Firestone.

thumb|upright=1.1|right|alt=Honda RA300|La Honda RA300 a été conçue en partenariat avec Lola. Eagle T1G "Usine" Dan Gurney dispose de la version allégée de l'Eagle T1G, avec coque à base de titane et magnésium. Afin de pallier la fragilité de la suspension arrière, les tirants ont été modifiés. Elle est équipée d'un V12 Weslake à double arbre à cames en tête et 48 soupapes développant 410 chevaux à 10000 tr/min. Le moteur monté sur sa voiture ainsi que les deux de rechange ont bénéficié d'une révision complète. Gurney utilise des pneus Goodyear. Soutenu par Castrol, le Canadien Al Pease avait envisagé sa participation sur une T1F à moteur quatre cylindres Climax FPF de 2,7 litres (260 chevaux) mais a finalement renoncé.

Honda RA300 "Usine" John Surtees s'est fortement impliqué dans le développement de la Honda RA300, dont le châssis a été conçu et réalisé en collaboration avec l'usine Lola de Slough. Monoplace à structure monocoque, la RA300 a des éléments communs avec la Lola T90 victorieuse avec Graham Hill aux 500 miles d'Indianapolis 1966. Le moteur Honda est fixé sur un cadre tubulaire boulonné à l'arrière du cockpit. Doté de deux doubles arbres à cames en tête actionnant 48 soupapes, ce V12 délivre 400 chevaux à 10500 tr/min. Bien que la partie châssis soit optimisée, la voiture atteint 600 kg sur la balance à cause du poids relativement élevé de son moteur. L'équipe japonaise utilise des pneus Firestone.

McLaren M5A "Usine" Le pilote-constructeur Bruce McLaren est pour l'heure le seul à bénéficier du nouveau V12 BRM, alimenté par injection indirecte Lucas et doté d'une distribution à quatre arbres à cames en tête, développant 380 chevaux à 9500 tr/min. Il est monté sur sa petite M5A, monoplace à structure monocoque dérivée de la M4A de Formule 2. Elle est équipée d'une boîte «cinq» Hewland et pèse 535 kg à vide. McLaren a opté pour des pneus Goodyear.

Matra MS7 "Usine" Choisi par Matra Sports pour conduire la future F1 à moteur V12 du constructeur français, Jean-Pierre Beltoise continue son apprentissage de la discipline au volant d'une MS7 de Formule 2 lestée pour parvenir au poids minimal de 500 kg. Son petit quatre cylindres Cosworth FVA de 1594 cm3 qui l'anime est alimenté par injection mécanique Lucas et développe 230 chevaux à 9500 tr/min. La Matra est chaussée de pneus Goodyear.

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